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Un été particulièrement chaud !
Lundi 28 mai. Comme tous les ans, le dernier lundi du mois de mai est jour férié aux États-Unis. C?est le Memorial Day, en souvenir des soldats américains morts sur des champs de bataille. Mais cette année, la commémoration, annonciatrice par ailleurs du début de l?été et de la saison de barbecues, prend surtout des allures de divergences sur le brûlant dossier iraqien. Au dernier décompte, un peu plus de 3 400 militaires US y ont péri et 25 000 blessés jusqu?ici dans un Irak, débarrassé de Saddam Hussein, censé être une vitrine de démocratie.
Mais la guerre n?est pas que militaire, elle est ici surtout politique. Les démocrates, qui contrôlent les deux Chambres du congrès, ne veulent plus suivre la Maison-Blanche dans sa dernière trouvaille pour justifier la guerre. Aux propos alarmistes de George W. Bush qui affirme que « if we leave Iraq, terrorists of Al Qaeda will follow us home », des dirigeants démocrates, désormais responsables des dépenses militaires, opposent leur refus d?y croire encore.
Le récent départ de Paul Wolvowitz à la tête de la Banque mondiale démontre que George W. Bush n?usurpe pas, à quinze mois de la fin de son mandat, le traditionnel surnom qu?on affuble ici aux présidents en partance : un « lame duck ».
Mais ce n?est pas fini pour Bush. Après Wolvowitz, il risque de perdre un autre fidèle lieutenant : le ministre de la Justice, Alberto Gonzales, qui se retrouve englué dans une controverse autour du limogeage de huit procureurs fédéraux, jugés pas suffisamment « bushistes » dans leur action.
Avec ces affaires qui se relaient à la une des journaux, le débat politique, en marge des présidentielles de 2008, est souvent éclipsé. Mais on sent monter une vague de changement, avec des démocrates s?apprêtant à prendre la relève de l?administration US (ce qui, par ailleurs, pourrait être bénéfique à Maurice pour obtenir la dérogation du Third Country Fabric, qui nous permettrait de mieux profiter de l?AGOA). L?été politique s?annonce particulièrement chaud.
Les élections de novembre dernier ont démontré que les Américains, y compris les républicains, ont sanctionné l?administration Bush. Requinquée, l?opposition mène depuis une guerre de position sans relâche contre une Maison-Blanche en plein désarroi. La récente tournée au Moyen-Orient de la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, qui a rencontré le président syrien, que la Maison Blanche veut au contraire isoler, est une gifle magistrale à l?administration Bush.
Un véritable phénomène Obama
Résultat de cette dichotomie politique : le pays se retrouve coupé par une invisible frontière culturelle. Il y a les États bleus démocrates, qui sont en progression constante, ouverts sur le monde : ils sont normalement situés sur les côtes est et ouest des États-Unis. Et de l?autre côté de la frontière : les États rouges, au sud et au centre, qui croient en des valeurs républicaines, surtout conservatrices et religieuses. Les deux camps préparent activement la fin du règne de George Bush. Toutefois, la tâche électorale des républicains est ardue?
Il y a une dizaine de jours, dans l?État du New Hampshire, la politique a repris le dessus sur les actualités affairistes. Cet État du nord-est du pays, est réputé comme étant le « White House gatekeeper », votant tantôt pour les républicains tantôt pour les démocrates, selon son adhésion aux arguments et programmes d?un camp ou de l?autre.
Si le New Hampshire a connu cette effervescence, c?est grâce aux interventions sur la même plate-forme des deux anciens présidents : le républicain George H. W. Bush Sr et le démocrate Bill Clinton. Issus des deux factions rivales, les deux hommes sont toutefois des amis qui jouent souvent au golf quand ils ne parcourent pas le pays et le monde, pour disséminer leur expérience d?ancien occupant du bureau ovale.
Le père de George Bush, 82 ans, ne cache pas son admiration pour l?épouse de Bill Clinton. La proximité entre les Bush et les Clinton n?est pas très bien vue dans les milieux politiques. Elle donne la singulière impression d?un prolongement de dynastie à la Maison-Blanche?
Du coup, l?attention des démocrates semble se focaliser sur Barack Obama, devenu une véritable star des médias. Ce sénateur de l?Illinois devance Hillary Clinton, dans les derniers sondages, dans la course pour remporter le ticket démocrate à la présidentielle. Les spécialistes politiques n?hésitent plus à parler aujourd?hui d?un véritable phénomène Obama. Âgé de 45 ans, né d?un père Kenyan, cet avocat, diplômé de Harvard, s?est fait connaître en 2004, lors du discours de clôture de la Convention démocrate, où il appelait à un nouveau consensus national. L?expression « the audacity of hope » est son leitmotiv et le titre de son livre, paru en 2006 et déjà best-seller. Accueilli à travers l?Amérique comme une star du showbiz, Obama raconte son parcours politique improbable, lui le « skinny little boy with a funny name » (un nom que CNN avait confondu avec Oussama).
Obama est le seul à s?être toujours prononcé contre la guerre en Iraq. Il ne manie pas la langue de bois. Posé, à l?écoute des gens, il est proche des attentes domestiques. Avec beaucoup de clarté et de fermeté, il énonce sa vision d?une Amérique « plus juste avec une couverture maladie globale ».
Politique interventionniste et lois désuètes
Outre la politique interventionniste au Moyen-Orient et la réforme des lois désuètes de l?immigration, qui plombent le budget global des États-Unis, le système américain de santé s?avère l?un des thèmes dominants de la bataille électorale en cours. Obama, avec son éloquence et son charme, le dénonce depuis longtemps.
Jusqu?ici, les réformes n?ont jamais abouti, tant le lobby des médecins et celui des assureurs, l?un et l?autre opposés à toute réglementation des prix et à toute intervention de l?État, sont puissants. Hillary Clinton avait essayé, en 2004, de s?attaquer à ce problème, mais son projet n?avait pas abouti.
Dans le camp républicain, la dizaine de candidats à l?élection présidentielle tentent d?imposer leurs idées dans cette campagne où ils ne partent pas favoris, après les deux mandats successifs de George Bush. Selon les derniers sondages, c?est le gouverneur de Massachusetts, Mitt Romney, 59 ans, aux forts capitaux de financement, qui réunit les meilleures chances de croiser le fer avec un candidat démocrate, soit-il Obama ou Clinton ou l?outsider John Edwards.
Toutefois, dit-on, l?appartenance religieuse de Romney ne jouerait pas en sa faveur : est-ce que les États-Unis sont prêts à accepter un président mormon ? Seront-ils, par ailleurs, prêts pour un président noir ou une femme présidente ? On verra bien?
Nad SIVARAMEN (des États-Unis)
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