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Un étal de fait sur le pavé

3 mai 2007, 00:00

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Sans craindre les philosophes de l??uf ou de la poule, on pourrait s?amuser à refaire un radio trottoir sur le thème ?qu?est-ce qui tue le commerce ??. A ce chapitre, chacun aurait son tour de chant. Celui du marchand ambulant n?est peut-être pas le plus intéressant, mais certainement un de ceux qu?on retient confusément.

?Moi, je fais crédit et je ne crains pas la concurrence. Il y a de la place pour tout le monde?, lâche crânement Mohammad Ali Madhoo, assis derrière une caisse en carton recouverte de petits outils, trois morceaux de plastique jaune vert rose, criards à l?unisson, assemblés en Chine pour enfiler les aiguilles de couturier. Une vraie délivrance pour les yeux fatigués des manchettes pressées d?être remisées : ?Li mari fasil avek sa?.

A vrai dire, il n?a pas à l?afficher, son ?slogan?, Mohammad. Car, au-delà de cette ?évidence de la proximité?, là, sous votre nez, il ne resterait plus pour lui que la chaussée elle-même pour élire commerce. Il ne vous donne pas non plus le prix de sa camelote, elle n?a pas à être affichée. Elle se négocie, au besoin. Mohammad hèle occasionnellement ses clients mais n?a pas trop à se fatiguer : car il se tient au meilleur pavé ? nous parlons trottoir ?, le coin à l?angle des rues Sir William Newton et Bourbon.

Plutôt fraternel, ce Mohammad, il nous invite à nous asseoir? sur le rebord de la vitrine du magasin de chaussures devant lequel il ?ambule?, en fait pour s?installer le matin et s?en aller à 16 heures avec les employés de bureau. Il est d?ailleurs bien entouré : ses collègues du trottoir sont des ?spécialistes? de tel ou tel type d?article : des T-shirts aux objets sacrés. Comme un poisson dans l?eau des foules ; touristes, travailleurs, trésoriers, pickpockets, non loin des débits de boisson de le rue la Reine, où une humanité insoupçonnée se débat dans des corps fourbus. Eux aussi se sont arrêtés en un ?bouge fixe?.

Pendant ce temps, au fond des boutiques, les commerçants enragent et les préposées dés?uvrées ne savent trop quoi dire de ces... étals de fait. Tous les passants qui passent? ou s?arrêtent, le savaient déjà : que ces colporteurs sont illégaux depuis que la municipalité a révisé l?octroi des Hawkers licence en faveur de ceux qui exercent au Jardin de la Compagnie. Mais quand on est ?d?en bas?, sur le trottoir, on a une vision plus ?souple? des choses. ?Les boutiquiers travaillent, ils ne sont pas contents, c?est normal. La police, si on lui en donne l?ordre, fait son travail. Moi je travaille. Et les gens ont le choix.? Les boutiquiers ? Victimes ? ?Il y en a qui nous approvisionnent, vous pouvez aller les voir ?, indique-t-il du doigt.

De son trottoir, Mohammad est fin observateur.?Nous connaissons tous les pickpockets, et veillons à ce qu?ils ne rappliquent pas?, assure-t-il. Sur le flux des allées et venues, il a fait ses études? de marché. Et les résultats sont là : les déboucheurs de lavabos ont la cote. Quelques-uns, en costard cravate semblent sympathiser avec cette version ?primaire? du commercial. Mohammad explique son plan : ?Si l?un d?entre nous va en Chine et rapporte de nouveaux articles qu?il a achetés en gros, nous l?essayons pour voir si ça marche. ? Comme la plume au vent. Pendant que les abeilles butinent ça et là pour leur pause-déjeuner. A qui profite le ?crime? ?

Olivier MASSON

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