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Un viol évité

23 octobre 2008, 00:00

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Un viol évité

Par Raj MEETARBHAN</B>

Le déracinement et la déportation constituent un crime contre l?humanité. Il est juste que les victimes exigent réparation. Voilà pourquoi le nouveau refus des Britanniques d?accéder à la demander des Chagossiens de retourner dans leur île natale prend une dimension tragique. On comprend l?indignation ressentie par ce peuple fier, aujourd?hui contraint à demander l?asile dans le pays de l?ancien colonisateur.

Le jugement rendu hier par la Chambre des Lords, rendant illégal le retour des îlois dans l?archipel, suscite naturellement beaucoup d?émotion. L?épopée des Chagossiens, c?est d?abord un grand drame humain. Mais, sans minimiser la souffrance et l?injustice subies par les îlois sacrifiés en 1965 au nom de la politique, il faut reconnaître que la cause défendue par Olivier Bancoult à Londres ne coïncide pas avec celle de l?Etat mauricien. En vérité, les intérêts de Maurice et ceux des îlois sont contradictoires. A tel point que si les «Law Lords» avaient autorisé les îlois à rentrer dans leur archipel en tant que citoyens britanniques, Maurice aurait subi un revers important. Leur retour aurait légitimé la confiscation de notre souveraineté sur les Chagos.

Il ne faut pas confondre entre les deux litiges très distincts qui existent autour de la question des Chagos. D?une part, Olivier Bancoult invoque, en tant que sujet de Sa Majesté la Reine Elisabeth II, un droit de retour dans certaines îles des Chagos. De l?autre, un conflit territorial oppose Maurice à la Grande-Bretagne.

Le contentieux entre nos deux pays s?appuie sur un fondement juridique, pas sur un facteur émotionnel. L?Etat mauricien revendique la rétrocession des Chagos parce qu?il estime que l?archipel a été détaché de la colonie de Maurice par le Royaume-Uni en violation du droit international. En effet, la Charte des Nations unies interdit le démembrement d?un pays avant son indépendance. Le gouvernement britannique n?est donc pas habilité à décider si les Chagossiens peuvent retourner ou pas sur leurs terres natales. Reconnaître ce droit au gouvernement britannique, c?est renoncer à l?ambition de Maurice de forcer l?ex-pouvoir colonial à respecter sa souveraineté sur les Chagos.

Olivier Bancoult a déjà pris parti ouvertement dans le conflit territorial anglo-mauricien sur les Chagos. Déposant devant une instance officielle britannique, le Comité parlementaire sur les Relations extérieures, en janvier dernier, il afficha ses préférences sans nuance aucune. Quand un membre du comité parlementaire, le député Paul Keetch, lui a demandé si les Chagossiens préféraient rester des citoyens mauriciens ou devenir des sujets de Sa Majesté Elizabeth ll, Olivier Bancoult répondit : «Frankly, most of us want to stay British.». Ce qui signifie que si un référendum était organisé parmi les 5 000 Chagossiens, une fois rentrés dans leurs îles natales, la plupart d?entre eux exprimeraient le souhait d?être colonisés par les Britanniques. Notre intégrité territoriale serait alors violée avec le consentement des Chagossiens. C?est ce que les «Law Lords» ont évité à notre pays hier.

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