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Un théologien traditionnel sur le trône de Saint-Pierre

21 avril 2005, 00:00

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Les cardinaux de l?Eglise catholique ont élu le conservateur Joseph Ratzinger sur le trône de Saint-Pierre, choisissant un théologien timide et âgé pour succéder au charismatique Jean Paul II. Le cardinal allemand a pris le nom de Benoît XVI à l?issue d?un des plus brefs conclaves de ces derniers siècles, ponctué par un vote qui, s?il satisfait les traditionnalistes, a provoqué la consternation de la frange la plus libérale de l?Eglise.

S?il a été acclamé par la foule romaine, il est accueilli avec plus de réserve par une partie des catholiques qui doutent notamment de ses capacités de rassemblement. Strict défenseur de l?othodoxie pendant 23 ans, Ratzinger, qui était très proche de Jean Paul II, avait clairement fait comprendre avant le conclave qu?il ne serait pas un pape de rupture et qu?il ne promouvrait pas le débat sur des questions de sociétés comme la contraception, l?avortement, l?homosexualité ou des sujets propres à l?Eglise comme le célibat des prêtres ou l?ordination des femmes.

Mais les proches du nouveau pape mettent en garde contre tout jugement hâtif sur un homme que la presse italienne a surnommé le ?panzer cardinal? ou encore le ?rottweiler de Dieu?. ?Il faut prendre son temps avant de le juger?, a déclaré le cardinal de New York, Edward Egan, après un conclave qui n?a duré que 24 heures. ?C?est vraiment un être humain extraordinaire, calme et réfléchi?.

?Digne successeur? de Jean Paul II

Benoît XVI, un Bavarois né le 16 avril 1927, présidera sa première messe officielle dimanche 24 avril à 10h00 (08h00 GMT) place Saint-Pierre, a annoncé le Vatican. En attendant, il participera ce matin à 9h00 à une messe privée en présence des cardinaux dans la chapelle Sixtine. Le nouveau pape a été félicité par de nombreux dirigeants du monde entier. Le président américain George Bush a ainsi parlé d?un ?homme d?une grande sagesse et d?un grand savoir?.

En Allemagne , l?annonce de son élection a été accueillie avec fierté par une majorité de ses compatriotes qui, comme le chancelier Gerhard Schröder, considèrent Ratzinger comme le ?digne successeur? de Jean Paul II. Mais beaucoup de non-catholiques ont craint que la personnalité et la culture du nouveau pape ne nuisent au dialogue entre les religions.

?Nous considérons que l?élection de Ratzinger est une catastrophe?, a déclaré Bernd Göhring, du groupe oecuménique allemand Kirche von Unten. ?C?est très décevant, même si c?était prévisible. Il ne faut pas s?attendre à des réformes de sa part dans les années à venir (...). Je pense que davantage de personnes vont tourner le dos à l?Eglise.? Il a fallu 24 heures à peine aux 115 cardinaux, entrés en conclave lundi après-midi dans la chapelle Sixtine, pour élire le successeur de Jean Paul II, mort le 2 avril dernier après un pontificat de 26 ans, le troisième plus long de l?histoire.

Aucun des huit conclaves du XXe siècle n?avait duré plus de cinq jours, mais deux seulement avaient pris fin dès le second, comme cela a été le cas cette fois. Il avait fallu huit tours de scrutin, échelonnés sur trois jours, pour choisir le Polonais Karol Wojtyla en octobre 1978.

?Papa! Papa! Papa!?, a scandé la foule en italien tandis qu?apparaissait Ratziger, souriant. Mais même au sein des fidèles en liesse, s?en sont trouvés certains qui ne masquaient pas leur déception. Pour les spécialistes du Vatican, l?élection de Ratzinger confirme que les cardinaux souhaitaient un pontificat court, de transition, après le long règne de Jean Paul II. Ils pensent que le nouveau pape devrait consacrer ses efforts à la lutte contre l?athéisme en Europe. Doyen du collège de cardinaux, Ratzinger a clairement dominé de son influence l?interrègne pontifical. C?est lui qui avait présidé la messe des funérailles de Jean Paul II, lui encore qui a saisi lundi matin l?occasion de la messe pour ?l?élection du pontife romain? pour prononcer un vigoureux plaidoyer en faveur d?un pape défenseur des valeurs traditionnelles de l?Eglise.

Dénonçant la ?dictature du relativisme?, il avait souligné lors de son homélie qu??une foi adulte n?est pas une foi qui suit le mouvement des tendances ou les dernières nouveautés?. Lors d?un discours le Vendredi saint, il avait dit qu?il adopterait une ligne de fermeté dans le scandale sur les viols perpétrés par des prêtres. Fils d?un policier, ce Bavarois a servi dans les Jeunesses hitlériennes quand l?adhésion à cette organisation nationale-socialiste était obligatoire. Ses biographes s?accordent à dire que la famille Ratzinger était notoirement anti-nazie. Professseur éminent de théologie puis archevêque de Munich, il prend en 1981 la tête de la très conservatrice Congrégation pour la doctrine de la foi.

Son élection a ruiné les espoirs de nombreux catholiques qui espéraient que le prochain pape proviendrait des pays du Sud, qui rassemblent désormais les deux tiers des fidèles. Et si Jean Paul II a imposé avec 104 voyages à l?étranger une image de globe-trotter, Benoît XVI devrait se montrer beaucoup plus casanier. Mais des sources ecclésiastiques ont d?ores et déjà démenti ce pronostic en indiquant mardi que le nouveau pape se rendrait probablement dans son pays natal en août à l?occasion des 20e Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), un rendez-vous que son prédécesseur appréciait tout particulièrement.

Philip PULLELLA Crispian BALMER

RÉACTIONS

L?un des plus prompts à réagir fut le chancelier allemand Gerhard Schröder, qui salue en Benoît XVI le ?digne successeur? de Jean Paul II. ?Que le nouveau pape vienne d?Allemagne est un grand honneur pour notre pays?, a-t-il déclaré. Le président américain George Bush a salué l?élection d?un ?homme d?une grande sagesse et d?un grand savoir (...) au service du Seigneur?. Le Premier ministre britannique Tony Blair a également salué l?élection de Jean Paul II. ?Je suis impatient de poursuivre notre coopération avec le Saint-Siège sur des sujets d?importance internationale, comme l?Afrique et le développement?. Jacques Chirac a adressé ses ?félicitations les plus chaleureuses? au nouveau pape.

Dans un communiqué, le secrétaire général de l?Onu, Kofi Annan, rappelle que les ?Nations unies et le Saint-Siège partagent un engagement fort pour la paix, la justice sociale, la dignité humaine, la liberté de culte et le respect mutuel entre les religions du monde?. Le frère aîné de Joseph Ratzinger, qui a été élu pape mardi sous le nom de Benoît XVI, a laissé entendre qu?il était peut-être trop âgé pour le trône pontifical. ?A 78 ans, il n?est guère bon d?assumer un tel emploi qui met à l?épreuve l?intégralité de la personne, sa vie physique et mentale?, a déclaré Georg Ratzinger, âgé quant à lui de 81 ans. Il s?exprimait avant que son frère devienne le 265e chef de l?Eglise catholique. ?Lorsqu?on va sur ses 80 ans, il n?est plus garanti qu?on soit en mesure de travailler et de se lever le lendemain?, a-t-il ajouté.

L?archevêque anglican d?Afrique du Sud, Mgr Desmond Tutu, a estimé hier qu?avec l?élection de Joseph Ratzinger au rang de pape, un ?conservateur rigide? à l?écart de son temps succédait à Jean Paul II à la tête de l?Eglise catholique. Mgr Tutu, qui avait espéré un pape africain, a ajouté au micro de la radio SABC qu?à son sens, le fait que Benoît XVI soit européen importait moins que son conservatisme. ?Nous aurions aimé quelqu?un plus ouvert sur les développements les plus récents de notre monde, sur la question de l?ordination des femmes, quelqu?un ayant une position plus sensé sur les préservatifs et le VIH-sida?, a-t-il regretté.

LE DOCTRINAIRE RIGOUREUX

■ Josef Ratzinger, préfet de la Curie, 78 ans, est né le 16 avril 1927 à Marktl am Inn en Bavière.

Rien n?est plus caricatural que sa réputation de théologien allemand inquisiteur, ses compatriotes progressistes le surnomment le ?Panzerkardinal?.

Il surprend par la douceur de ses yeux bleus et la finesse de son intelligence. Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi (ex-Saint-Office) depuis 1981, après une expérience malheureuse comme archevêque de Munich, il est devenu la figure emblématique du conservatisme doctrinal de ce long pontificat.

Prêtre depuis 1951, il a suivi en expert le concile Vatican II (1962-1965), ouvert à ses réformes, puis s?est dit ?retourné? par les ?déviations nihilistes? de mai 1968. Il voit précocement dans le pontife polonais un bouclier contre l??athéisme moderne? et, le ?sécularisme déshumanisant?.

A la fois inspirateur et exécutant des mesures disciplinaires contre les ? théologiens de la libération? il tient la plume des plus grands textes du pape sur les rapports entre liberté et vérité.

Ses propres ?instructions?, comme Donum vitae (contre la procréation médicale assistée, 1987) et Dominus Jesus (la suprématie de l?Eglise catholique sur les autres confessions, 2000), le rendent impopulaire dans les milieux progressistes.

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