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Un tableau exposé au Salon de Mai sème le trouble
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Un tableau exposé au Salon de Mai sème le trouble
?Indécent, choquant et insultant.? Tel est le sentiment d?une poignée de membres autoproclamés de la Voice of Hindu sur un tableau exposé par l?école des beaux-arts du Mahatma Gandhi Institute (MGI), où se tient la 24e édition du Salon de Mai. Du coup, ils ont débarqué dans la salle d?exposition lundi.
?Ils étaient très menaçants et ont commencé à proférer des insultes?, raconte un témoin. Ils voulaient arracher du mur le tableau intitulé Maa d?un artiste mauricien, Rikesh Boodun.
?Ces gens avaient parfaitement le droit d?exprimer leur mécontentement mais il y avait sûrement d?autres moyens de l?exprimer que la violence?, laisse-t-on entendre du côté des organisateurs. Afin d?éviter d?autres incidents, le MGI a néanmoins accepté de retirer le tableau mis en cause de l?exposition.
L??uvre a, depuis, été vendue à Rs 7 700. ?Plusieurs acheteurs se sont dit très intéressés par ce tableau et il a donc été vendu à l?un d?entre eux?, expliquent les organisateurs de l?exposition.
?La nudité est quelque chose de sacré?
L?incident a cependant provoqué de nombreuses polémiques dans le milieu artistique local. Les visiteurs expriment également leur incompréhension. ?Ce n?est pas à un groupe d?individus de venir dire ce qui a le droit d?être exposé ou pas. C?est au visiteur de se faire sa propre idée et d?engager, s?il en ressent le besoin, le débat avec l?artiste?, explique Rumesh, un étudiant d?un collège des Plaines-Wilhems.
?Je n?ai pas fait cela au petit bonheur. J?ai beaucoup étudié l?art autour de la religion hindoue et plus particulièrement l?art tantrique dans lequel la nudité est quelque chose de sacré?, se défend l?auteur de l??uvre mise en cause, Rikesh Boodun. Son tableau, Maa (Maman), souligne-t-il, n?a rien d?indécent ou de choquant mais s?inscrit au contraire dans une démarche artistique visant à mettre en avant ?le symbole de la divine mère ?. Il confie avoir été quelque peu choqué par la façon de procéder des fauteurs de troubles mais assure ne pas se laisser décourager.
A en croire les témoins de la scène, l?incident a cependant affolé des étudiants présents lors de l?exposition. Il est aux alentours de dix heures. Une centaine d?étudiants est alors présente dans la galerie. Six véhicules pénètrent à toute allure dans l?enceinte du MGI et se garent dans l?aire de stationnement. Une quarantaine d?individus en sort. Ils se dirigent vers le fond de la pièce et décrochent le tableau.
Alerté, le personnel de la galerie tente de s?interposer. Les énergumènes affirment vouloir enlever le tableau de l?exposition car ils le jugent ?indécent?. De nombreux artistes présents assurent qu?il n?en est rien. ?Ce n?était qu?une bande d?ignorants complètement incultes. Il est évident qu?ils ne connaissent rien à l?art?, s?emporte l?un d?eux.
Mala Ramyead Chummun, head of department des Beaux-Arts, s?interpose alors. Et parvient à reprendre le tableau des mains des hommes qui voulaient le détruire. ?Elle a eu le courage de leur faire face et de sauver cette ?uvre tout à fait admirable?, raconte l?un des artistes locaux qui expose actuellement au Salon de Mai.
Avec l?aide d?autres personnes, il tente de faire entendre raison aux fauteurs de troubles. Il leur explique que le tableau ne comporte rien de ?choquant?. Mais rien n?y fait. Ces individus exigent que le tableau soit enlevé.
Le MGI a rapporté l?incident au poste de police de Moka. Et depuis, des policiers en faction, veillent pour s?assurer que l?exposition se déroule sans autre anicroche.
Plusieurs artistes qui ont requis l?anonymat, craignant la réaction de ces individus de la Voice of Hindu, affirment que l?incident démontre clairement l?ignorance de certaines personnes sur l?art autour de la religion hindoue. Tout comme Rikesh Boodun, ils évoquent la possibilité d?engager le débat et de faire découvrir au public ?la grande diversité de l?art dans toute sa splendeur ?. Face à ce récent incident, disent-ils, les artistes locaux doivent se mobiliser pour qu?une telle ?intolérance ne vienne pas étouffer l?art mauricien?.
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