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Un seuil de tolérance qui reste à être défini
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Un seuil de tolérance qui reste à être défini
Derrière les bienfaits économiques, se posent les interrogations. Avec l?objectif énoncé de deux millions de touristes, revient aussi sur la table la question du seuil de tolérance. Ce seuil avait déjà été au centre de discussions au début des années 2000 alors que le tourisme prenait un essor et s?orientait vers son rôle de leader parmi les piliers de l?économie. Il pose notamment la question du nombre de touristes que peut accueillir une destination, surtout en proportion à la population locale. Il est, entre autres, défini par rapport à des facteurs socioculturels et écologiques, et aussi en fonction des ressources dont dispose un lieu d?accueil.
Dans le cadre d?un article paru dans l?express, de France, le 15 août 2002, le ministre du Tourisme de l?époque, Nando Bodha, répondait que «toute destination possède un plafond de fréquentation et qu?il existe un seuil de tolérance que l?on ne pourra pas dépasser sans dommage pour le tissu social : nous l?avons placé à 800 000 touristes par an». L?année précédant cette déclaration, Maurice avait accueilli 660 000 touristes.
En 2007, le nombre d?arrivées touristiques était de 90 697. Aucune définition officielle du seuil de tolérance revu à la hausse n?est communiquée. Une étude est actuellement menée sur le thème de la Sector Strategy, et devrait identifier un seuil de tolérance. Elle a été commandée par le ministère des Finances, en collaboration avec le ministère du Tourisme. Un consultant étranger, Oliver Bennett, travaille à cette étude. Le ministère des Finances prévoit qu?elle soit finalisée d?ici deux mois.
Cette Sector Strategy for Tourism? aura un rôle important dans la définition des politiques à venir, afin de soutenir la croissance et le développement touristique. Dans l?attente de cette étude, diverses parties concernées ne se prononcent pas sur le seuil de tolérance.
L?importance de ce seuil est justifiée par rapport à deux catégories de variables. La première a trait à une frustration potentielle chez une population locale face à la présence en grand nombre de touristes. Cette frustration peut, entre autres, trouver ses origines de par la réduction de l?espace littoral accessible au public ainsi que dans la perception de richesse du touriste face à un cadre de pauvreté locale.
<B>Espace réduit au niveau du littoral</B>
Dans une étude publiée en 2000 sur le Littoral mauricien et leTourisme, Hélène Pébarthe soulignait qu?«un sentiment de frustration apparaît de plus en plus nettement chez certains Mauriciens, qui estiment les plages publiques actuelles insuffisantes, et qui ne peut que se renforcer face au développement hôtelier». Aujourd?hui, les plages utilisables dans le cadre de développement hôtelier le long de notre littoral de 322 km, sont déjà prises. Au fil des années, le nombre de plages publiques a lui aussi été réduit. À ce jour la Beach Authority en énumère 89.
Dans la considération qui se doit d?être accordée au seuil de tolérance, entrent en jeu une multitude de facteurs. Ibrahim Koodoruth, sociologue, met notamment en exergue plusieurs variables : le genre de tourisme pratiqué à Maurice, le degré de frottement avec le public mauricien et la durée des séjours. «Dans le cas de Maurice, je ne pense pas que l?objectif fixé posera problème » soutient le sociologue. «Il faut prendre en considération le genre de tourisme qu?il y a à Maurice et à partir de là, voir s?il y a un besoin pour un seuil.»
Ibrahim Koodoruth explique notamment que, du fait que la majorité des touristes qui viennent à Maurice se cantonnent au littoral, «l?interaction avec la population locale est assez minime. Elle se fait uniquement en termes de shopping ou sur les sites touristiques». Selon lui, le fait que la durée de séjour des touristes soit aussi courte, implique que «c?est un tourisme très mobile». Ce sociologue perçoit cependant un facteur au potentiel négatif : celui de l?espace au niveau du littoral. «Ce qui poserait un problème ce serait la saturation au niveau des plages.»
<B>Impact social et environnemental</B>
Les considérations ayant trait à l?environnement sont, elles aussi, des préoccupations majeures. Les activités nautiques comportent des conséquences dont, entre autres, la dégradation de l?espace marin et la destruction de formations coralliennes. Or le lien entre le tourisme et l?environnement est étroit. Nombre d?opérateurs du secteur connaissent l?importance de la préservation des plages et des lagons dont l?attrait est primordial pour le tourisme lui-même.
La notion de tourisme durable a émergé il y a quelques années et s?est transformée en accompagnatrice préconisée de la croissance touristique dans différents pays. Le tourisme durable prend en considération les impacts sociaux et environnementaux des activités touristiques au même titre que les intérêts économiques. Si ce principe préconise l?écotourisme, il ne l?implique pas de manière systématique. Cependant, le tourisme durable prêche une approche qui vise à soutenir l?activité touristique à long-terme en comptant aussi sur un environnement protégé et des facteurs socioculturels sains.
Pour promouvoir le tourisme dans la durée, à Maurice, certains paramètres ont déjà été développés. À travers la Tourism Authority, plusieurs mesures ont été adoptées afin de réglementer les différentes activités du secteur, aussi bien au niveau des pleasure crafts que des opérateurs terrestres. Parmi les dernières mesures qui visent la protection de l?environnement, la nouvelle réglementation présentée hier au Parlement par rapport à l?observation des dauphins et des baleines. Désormais, cette activité sera soumise à un code de conduite. Et les skippers impliqués se devront de suivre une formation ayant trait aux habitudes et à la vie des mammifères marins.
Qui dit seuil de tolérance dit aussi ressources et infrastructures. Les hôteliers et autres opérateurs touristiques évoquent ainsi la capacité d?accueil, les ressources humaines, les infrastructures routières ainsi que les ressources en eau et électricité. Les grands groupes hôteliers ont développé plusieurs moyens de soutenir la croissance. Par exemple, le groupe Naïade Resorts a déjà installé dans deux de ses hôtels des mécanismes de dessalement d?eau. Le groupe compte équiper tous ses hôtels locaux de manière similaire d?ici la fin de l?année.
Le nombre de chambres devra lui aussi suivre cette croissance ainsi que le nombre de sièges d?avion. Parmi les stratégies déjà énoncées au niveau de l?État et des opérateurs dont Air Mauritius, se trouve l?optimisation de la période creuse.
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