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Un sentiment d?abandon?
Il est midi trente. Une ribambelle d?enfants jouent dans une rue poussiéreuse. Corine, accompagnée de ses deux enfants, s?arrête pour quelques minutes. Elle s?est jointe à ses voisins de la Cité- Tôle, Mahébourg pour parler de ce quartier qu?ils considèrent le plus négligé dans cette partie de l?île. ?Sa fait neuf ans qui mo habite ici. Ziska zordi nou encore pe pran l?électricité avek voisin?, fait-elle observer.
?On nous donne le sentiment qu?on a envie de vouloir nous laisser volontairement dans la misère?, dit Corine avant d?énumérer les dangers qui guettent en permanence la plupart des habitants de cette cité en raison de l?insécurité qui y règne.
?Le risque d?électrocution et d?incendie est toujours présent. S?il arrive que quelqu?un tombe malade un soir, ce qui a été déjà le cas, la famille éprouve mille difficultés pour le transporter à l?entrée de la cité qui est la seule issue pour sortir, en attendant l?arrivée d?un transport. Il existe une seule rue non asphaltée pour sortir de la cité. Imaginez maintenant ce qui se passe quand, attendant l?arrivée d?un transport, vous transportez un malade le soir, dans l?obscurité totale alors qu?il pleut?, explique Eric.
Mêmes problèmes pour ceux ou celles qui travaillent et qui rentrent tard le soir. Ils sont obligés de marcher sur de grosses pierres pour rentrer chez eux.
Ayant déjà obtenu leur contrat pour leur bail, les habitants pensent qu?il devraient bénéficier de toutes les infrastructures sociales et sportives.
Dans l?obscurité
Comme d?autres parents, les habitants de cette cité souhaitent que leurs enfants étudient dans de meilleures conditions. ?Eski li possib pou zot fer li dan enn noir ? s?indigne Eric Antoine, un autre habitant.
Viviane, une sexagénaire, quelque peu hésitante au début, s?approche de la petite foule réunie à l?entrée de la Cité et donne son point de vue : ?Tous les volontaires viennent nous encourager à donner une éducation à nos enfants. Je suis totalement d?accord mais nos enfants pourront-ils le faire tant qu?ils évolueront dans de telles conditions ?? s?interroge-t-elle.
Selon elle, la non scolarisation des enfants de Cité-Tôle est en partie liée aux préjugés de certains enseignants. Une telle attitude décourage parfois certains parents à envoyer leurs enfants à l?école. Elle cite le cas de cette fille qui habite la Cité-Tôle et qui fréquente une école primaire de la région. ?So professeur dire ban dimoune ki habite Cité-Tôle, bisin arret pran zot kont?. Selon elle, cet enseignant faisait allusion à la petite Jolita qui avait été violentée avant d?être tuée par deux jeunes qui, en fait, n?étaient pas de la région. ?Et on pointe du doigt à tort tous les habitants de Cité-Tôle?, déclare Vanessa Jenny.
La sexagénaire pense que la société ne pourra plus continuer à ignorer ce phénomène de ?stigmatisation? pendant longtemps encore. ?Il faut éviter de donner des réponses simplistes à cette situation mais essayer de nous comprendre et nous aider pour nous faire avancer?, plaide-t-elle.
Des habitants s?interrogent également sur certaines personnes qui organisent des fêtes de solidarité pour les aider. ?Nou kon nou limit me nou envi vivr couma ban être qui ena dignité me bizin arret servi nou et donn nou nou ban droit?, insiste Jenny.
Un autre travailleur social regrette les licenciements de tous les travailleurs sociaux du Trust fund for the integration of vulnerable groups (TFIVG).
?Ils faisaient un travail formidable et avaient une nouvelle approche pour nous orienter et nous inciter à aller de l?avant avec des projets. Pour quelle raison les a-t-on remplacés?? se demande-t-il.
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