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Un sens poussé de l?accueil

30 mars 2007, 20:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

En sus de la beauté, la fille aînée de l?avocat Yousouf Mohamed possède la douceur, un sens de l?accueil et aussi celui des affaires. Mais Nooreenah a mis un certain temps avant de trouver sa voie et de faire valoir son droit à une opinion personnelle.

Il est difficile quand on a une nature timide de résister à une aussi forte personnalité que Yousouf Mohamed. Nooreenah est bien placée pour le savoir. Lorsqu?elle grandit, celui-ci est déterminé à faire d?elle une avocate. Or, c?est vers le business que la jeune fille souhaite s?orienter. Elle doit sans doute tenir de sa mère Zeinah, qui a une boutique de vêtements importés de l?Inde.

Enfant, à sa sortie de l?école primaire, Nooreenah vend des jamalacs de sa cour aux enfants fréquentant l?école maternelle jouxtant sa maison. Elle est obligée de mettre un frein à cette activité lorsqu?elle se fait découvrir et gronder par l?instituteur.

Elle n?a pas oublié cet épisode de son enfance et se sent tout à fait capable de gérer une affaire, à condition de faire des études en la matière. Mais Nooreenah qui n?a à l?époque que 15 ans, n?ose pas tenir tête à son père. De ce fait, elle est envoyée en Grande-Bretagne dans un pensionnat pour filles. Il s?agit du Lancaster House à Bex Hill-on-sea, région périphérique de Londres. Nooreenah, qui a du mal à larguer les amarres familiales, «je pleurais à chaque fois que j?entendais la voix de ma mère au téléphone», raconte-t-elle, ne tient pas plus de six mois dans cette institution.

Elle va donc vivre chez son oncle à Londres et se fait admettre dans une école américaine à Greenwich où elle fait ses A Levels en droit. Matière qui l?ennuie au plus haut point car «trop académique». Son père s?en rend compte et la dirige cette fois vers le banking. Si elle va au bout de son diplôme, Nooreenah sent que la finance n?est pas non plus sa tasse de thé.

C?est à ce moment-là qu?elle décide de s?affirmer. Elle fait comprendre à son père qu?elle veut prendre sa destinée en main et faire une licence en business administration et marketing. Son géniteur n?y oppose aucune résistance. Et pour bien montrer son désir d?indépendance, Nooreenah loue une chambre chez une Anglaise avec enfants et profite de son temps libre pour travailler dans une boulangerie turque. Elle adore le contact avec la clientèle qui la lui rend bien. Ses patrons sont ravis de l?avoir car elle fait augmenter les ventes.

Chercher sa voie professionnelle

Lorsqu?elle obtient sa licence, elle déménage pour aller vivre au centre de Londres. Et dans le but d?être sûre de ses choix, elle prend de l?emploi à la British Airways, étudiant dans la foulée pour décrocher son diplôme de l?International Air Travel Association qu?elle obtient sans peine. Mais l?idée d?avoir son propre business la taraude. En attendant d?être fixée, elle achète alors des vêtements et d?autres accessoires de mode des grossistes qu?elle revend dans les pays européens. «Cela me permettait de voyager et d?avoir une certaine indépendance financière», explique-t-elle.

Après sept ans passés dans la capitale britannique, Nooreenah estime qu?il est temps pour elle de rentrer au pays. Et bien qu?elle éprouve des difficultés à se réajuster à la vie mauricienne, elle est heureuse de retrouver ses parents qui lui ont tant manqué.

Nooreenah qui se cherche toujours professionnellement, est d?abord embauchée dans le département de liquidation de De Chazal Du Mée, avant de prendre de l?emploi chez Ireland Blyth Ltd. Elle décide ensuite de se passer la corde au cou, épousant son ami de longue date, Saoud Lallmohamed, ancien entraîneur de football reconverti dans les affaires.

Se sentant enfin prête à se lancer, elle ouvre son restaurant, le Tannûr, signifiant four en terre cuite, au rez-de-chaussée du Beeltah Building à Quatre-Bornes. Elle opte pour la cuisine du Nord de l?Inde car elle la trouve raffinée. De plus, à l?époque, les restaurants indiens sont rares à Maurice. Sa mère qui connaît des restaurateurs indiens, l?aide à sélectionner deux chefs de la Grande péninsule. Nooreenah décore le restaurant à son goût, choisissant un mobilier un peu rustique et faisant enduire les murs non-crépis de peinture terracotta comme le sont les demeures marocaines. Le bonus chez Tannûr est la possibilité de fumer le shisha, pipe à eau égyptienne qui n?est pas sans lui rappeler son séjour en égypte lorsque son père y était affecté comme ambassadeur de Maurice.

Dès son ouverture en 1995, le Tannûr est un succès. Nooreenah se fait un point d?honneur d?être présente aussi bien pour le déjeuner qu?au dîner pour recevoir en personne les clients et veiller à ce que le service traiteur pour réceptions et autres événements importants, fonctionne bien. Le Tannûr l?absorbe complètement. Ce qui explique qu?elle met quelques années à être enceinte. Et lorsqu?elle l?est et qu?elle accouche d?une petite fille nommée Ranïa-Nûr, signifiant reine de lumière, Nooreenah est aux anges. Et chaque jour, c?est un déchirement pour elle lorsqu?elle doit se rendre au restaurant et laisser sa fille derrière.

Transmettre son sens de l?accueil

La naissance, deux ans plus tard, de son fils, Abdelhakeem, vient encore compliquer les choses et renforcer ce sentiment de déchirement. Ne voulant pas passer à côté de son rôle de mère, Nooreenah décide de fermer le Tannûr pour élever ses enfants et les voir grandir. Mais maintenant que ces derniers ont respectivement sept et cinq ans, la jeune femme a décidé de penser un peu plus à elle. «Je me suis dit que je n?ai pas étudié en vain et que maintenant que les enfants ont grandi, je dois m?occuper un peu de mes désirs. La vie est trop courte. Il faut faire le maximum.»

Ainsi, depuis novembre dernier, elle a rouvert le Tannûr au même endroit, avec les mêmes chefs et le même menu. Car aux yeux de Nooreenah, on ne change pas une formule qui réussit. Depuis sa réouverture, le restaurant tourne bien, tant avec les Mauriciens qu?avec les touristes et les expatriés indiens vivant à Maurice. C?est encore elle que l?on retrouve à l?accueil et à la prise de commandes. «J?ai besoin d?être là et de bavarder avec les clients pour savoir ce qu?ils pensent et apprécient.» Le samedi soir, elle propose la formule buffet et tous les quinze jours, c?est soirée ghazals interprétés en direct.

Nooreenah qui se sent désormais dans son élément, caresse un autre projet. Elle souhaiterait ouvrir une filiale de Tannûr à Port-Louis et est en quête d?un emplacement à louer. Elle se dit désormais une femme comblée car ses enfants ont accepté de la partager avec le? restaurant.

Il n?est d?ailleurs pas rare de les voir en sa compagnie au Tannûr. «J?espère leur transmettre mon sens de l?accueil et ma passion pour la restauration? »

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