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Un Roger Charoux nouveau au Moulin Cassé

22 juin 2008, 00:00

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Roger Charoux exposera une quarantaine de ses plus récentes toiles, à la galerie du Moulin Cassé, les 27, 28 et 30 juin, de 10 à 18 heures. L?on peut parler, à l?égard de cet événement artistique, à ne manquer sous aucun prétexte, de l?arrivée d?un Charoux nouveau, car ce paysagiste chevronné consent enfin à s?affranchir, avec un rare bonheur, de certaines contraintes de cette rigoureuse école de peinture, pour aller directement à l?essentiel. Et oser s?en tenir là, à la limite de l?art figuratif, afin de ne pas rompre l?état de grâce, permettant à tout artiste confirmé de partager avec le contemplateur de son ?uvre l?intense émotion artistique ressentie par lui.

Dans ses toiles les plus directes et les plus spontanées, Roger Charoux retient un minimum de traits fondamentaux. Cela peut très bien être la proue d?un bateau de pêche et son reflet dans l?eau portuaire, l?élancement d?un arbre, le volume pictural d?une cahute, ou encore une masse montagneuse et sa crête suggestive. S?ajoutent à ces lignes directives des taches de couleurs ou plus exactement les différentes nuances d?une teinte dominante. Elles suggèrent, mais avec force et contraste, le reste du panorama entrevu et désormais exposé.

Ces taches de couleurs bénéficient toutefois de l?immense savoir-faire d?un paysagiste, comptant un demi-siècle de métier, rompu aux différentes irradiations de lumière sur nos paysages tant urbains que campagnards. On peut compter sur lui pour empêcher l?à-plat de ces masses colorées mais, au contraire, pour leur donner du relief, une substance, une richesse à décoder. Cela résulte en un agréable et sympathique jeu de traits directeurs et de nuances contrastées, permettant à l??uvre de dialoguer davantage avec qui la contemple.

Une ?uvre transcendante

Roger Charoux introduit davantage de présence humaine dans ses paysages. Il accentue encore la composition et même la mise en scène du théâtre de la rue et de la comédie humaine qui se donne ainsi en spectacle. Sa réparation de bicyclette devient, par exemple, une célébration, avec pontife présidant, maître de cérémonie et assistance participante. Le temps et la vie s?arrêtent autour de cette liturgie, pour permettre la réalisation d?une ?uvre transcendante : la réparation d?une crevaison de pneumatique, à moins qu?il ne s?agisse d?un bris de chaîne encore plus importante.

Roger Charoux ramène de Madagascar un prodigieux bras-le-corps entre un jeune berger et un zébu. L?intensité est telle qu?on songe instinctivement à La lutte de Jacob avec l?ange de Delacroix, à la différence près qu?au lieu d?égarer ce combat épique dans une masse végétative, l?animal bovin remplit la toile de Charoux, nous permettant seulement de supposer que la force humaine, plus intelligente, aura le dessus sur la force animale brute. Charoux ressent une sympathie nouvelle pour notre cabri.

Il a raison car il n?y a pas plus sculptural que cet ovin.

De planteurs d?oignons, à l??uvre sans doute du côté de Palmar ou de Grand-Sable, Charoux ne retient que quelques esquisses, quelques toits colorés, se détachant d?un paysage champêtre, adoptant la pâleur des queues d?oignons, ce vert tendre renfermant pourtant un suc puissant, à l?instar de son ?uvre d?ailleurs.

Ces libertés et ce plaisir que Roger Charoux s?offre de temps en temps pour se délasser et se recréer des contraintes plus exigeantes de la peinture paysagiste classique, rejaillissent sur les autres paysages de ce peintre, n?ayant plus rien à prouver dans un style où il excelle depuis si longtemps. Il privilégie fort heureusement les paysages urbains, se contentant de quelques éléments de décor, de quelques pans de maisons mais agrémentés, ici et là, du parapet d?un pont, de quelques marches, de la silhouette inspirée d?un lieu de culte, d?un peu de végétation. Soulignant le contraste avec ce paysage éminemment architectural, étagé même pour mieux souligner les différentes taches colorées constitutives. Toutes ces silhouettes humaines rappellent la présence laborieuse d?une population, à l??uvre et vaquant à ses tâches quotidiennes.

Le coin de rue est le théâtre préféré de Roger Charoux car c?est là que se joue l?incessante comédie humaine sans cesse renouvelée. Ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui vont et viennent, s?entourent du mystère, s?attachant à toute vie humaine. On ne sait rien d?eux mais on pressent qu?ils sont porteurs d?une riche histoire, qu?ils sont dignes d?intérêts et de respect car ils sont au centre de l?univers qui est le leur. En cela, ils sont porteurs d?une grande richesse, celle qui anime chacun d?entre nous. C?est tout ce respect pour l?homme porteur d?intelligence, animant le paysage qui l?entoure, qu?il peint avec un rare bonheur.

Un talent inégalable

Ces coins de Port-Louis nous ravissent, car nous confessons ne pas savoir les admirer avec autant de tendresse et de sympathie que cet artiste au talent inégalable. Nous lui savons gré de restituer, sur ses toiles, toute la noblesse humaine de ces innombrables coins de notre vieux Port-Louis où fraternisent si bien des hommes et des femmes, venus de plusieurs continents et ne partageant pas toujours les mêmes convictions religieuses et culturelles.

L?on sait gré aussi à Roger Charoux de savoir poser son chevalet à l?endroit qui convient pour admirer, dans une perspective inspirée, tout paysage digne d?intérêt. Ainsi, ce Morne Brabant, si envoûtant et tellement mythique, l?incite à le voir du village côtier du même nom. Cette montagne emblématique devient alors une tête d?homme, sinon d?un esclave, posée à même le sol mauricien, s?enracinant même dans notre terreau, mais pour mieux contempler les espaces infinis qui la transcendent, espaces synonymes de liberté, d?affranchissement, d?épanouissement.

Le privilège de contempler cette quarantaine des plus récentes toiles de Roger Charoux, ainsi exposées au Moulin Cassé, à Péreybère, procure un sentiment d?émerveillement d?une grande intensité. Son caractère éphémère nous désole cependant. Vivement la création d?un musée virtuel, pouvant abriter et reproduire le meilleur, sinon la totalité, de toute la création artistique mauricienne, à commencer par l??uvre de Roger Charoux.

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