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Un responsable bouddhiste décapité
Les violences dans le Sud de la Thaïlande ont pris un tour macabre avec la décapitation d?un responsable de village bouddhiste par des rebelles musulmans dans la province de Narathiwat, en représailles à la mort de 87 musulmans après une manifestation à Tak Bai le 25 octobre.
La tête de la victime, un chef de village adjoint, « a été retrouvée par un villageois et son corps plus tard par la police », a annoncé un responsable de la police.
« Un message avait été laissé près de son corps, écrit en thaïlandais, expliquant qu?il s?agissait d?une vengeance pour les victimes de Tak Bai », a précisé la police.
<B>Venger les victimes du Tak Bai</B>
La première décapitation dans le Sud avait eu lieu le 29 mai, date à laquelle la tête d?un récoltant de latex sexagénaire attaqué à la machette avait été retrouvée à une soixantaine de mètres de son corps, déjà dans la même province de Narathiwat. « Si des musulmans innocents continuent d?être arrêtés, nous tuerons d?autres bouddhistes », disait un message retrouvé près du corps.
Des assaillants non identifiés qui ont blessé trois commerçants ont aussi laissé un message sur les lieux de l?attaque expliquant avoir agi pour venger les victimes de Tak Bai.
En outre, le commandant de la région militaire du Sud, le général Pisarn Wattanawongkeeree, a été limogé, a annoncé une source militaire haut placée. Ce commandant de la 4e armée de région avait été seulement nommé en mars et n?a, pas plus que ses prédécesseurs, réussi à ramener le calme dans le Sud, secoué de violences depuis janvier. Il est le troisième commandant de la région militaire à être limogé cette année.
La décapitation du responsable bouddhiste donne de la substance aux craintes des analystes de voir le Sud s?embraser après la tragédie de Tak Bai. Parmi les victimes, 78 manifestants sont morts étouffés dans des camions bondés de l?armée où ils ont été entassés, une mort « accidentelle » a assuré le gouvernement à propos de ce drame qui a bouleversé le pays. Six autres manifestants ont été tués lors de la dispersion du mouvement et trois retrouvés noyés.
Seulement 5 % des Thaïlandais sont musulmans dans ce pays très majoritairement bouddhiste et ils vivent concentrés dans les provinces du Sud, qui avaient déjà connu des violences séparatistes dans les années 1970 et 1980.
<B>Une immense autorité morale</B>
Le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, qui est investi d?une immense autorité morale, a demandé au gouvernement de faire preuve de retenue dans le Sud alors que les forces de sécurité ont été accusées de brutalité.
Mille trois cents manifestants ont été arrêtés après la dispersion de la manifestation de Tak Bai et la grande majorité d?entre eux, souvent de simples curieux, a été relâchée.
Mais la police a annoncé que 189 manifestants qui n?avaient pas été libérés seraient probablement accusés de sédition, charge assortie d?une peine minimale de 20 ans de prison. Une annonce susceptible d?accroître encore la colère de la communauté musulmane, après la mort de 87 des siens.
Le Premier ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra, a déclaré vouloir une conclusion dans les trente jours d?une enquête indépendante demandée à une commission présidée par un ancien médiateur parlementaire, Pichet Soontornpipit, sur les circonstances du drame de Tak Bai. La commission compte trois personnalités musulmanes parmi ses neuf membres.
<B>@ 2004 Le Monde ? AFP
Distribué par The New York
Times Syndicate</B>
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