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Un rebelle aux mots rassembleurs

27 février 2006, 00:00

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Fier d?être enfin récompensé par son pays. Mais c?est loin d?être une fierté personnelle, Abhimanyu Unnuth est honoré de représenter ces auteurs qui n?arrivent pas facilement à se frayer un chemin dans le domaine littéraire.

Laboureur dans les champs de canne, peintre, marchand de légumes, receveur d?autobus, puis enseignant, écrivain, chargé de cours, directeur et encore écrivain : Abhimanyu Unnuth est un homme qui porte derrière lui un long parcours.

Homme farouche, rebelle, qui parle avec une voix cassée et amicale, a des pensées à révéler. Il n?organisera jamais un lancement de livre aux côtés d?un politicien parce que la politique n?est pas digne de la culture.

Son nouveau roman est sorti mercredi, aucun lancement officiel ne sera prévu à cet effet. ?Je veux que les lecteurs viennent vers moi. Je ne veux aucun politicien. J?ai rencontré pas mal de problèmes pour avoir librement exposé mes opinions. C?est en cela que je suis un rebelle. Je ne veux pas que l?on m?impose des règles. On impose trop à Maurice. La politique, c?est une boucherie !?

Un écrivain vaut mieux que cela. Les femmes sont au-devant de la scène dans ses romans car elles symbolisent la force ouvrière de notre économie au temps des immigrés. Et il doit son sacrement à ses lecteurs de l?Inde principalement parce que la littérature intéresse peu certains Mauriciens.

Abhimanyu Unnuth se révèle. ?Certains disaient que la littérature était un miroir qui renvoie l?image du peuple. Mais ce n?est plus vrai. La littérature est une transparence. Un écrivain qui fait des compromis n?en est pas un.?

Ce titre d?honoraire lui ouvre des voies. Il fera encore plus parler sa langue intime, l?hindi. Il espère ne plus voir de séparation. Ne plus entendre : ?Toi et moi.? ?We and they.? Il souhaite voir se former dans notre littérature et notre culture mauricienne le ?nous?.

Après des années d?évolution, Abhimanyu Unnuth constate que nous faisons face à une ?tragédie?. La culture est-elle en chute libre ? ?Nou pena ase budge pou nou kiltir, me mo pas osi pesimist mo kapav dir ou?? Des écrivains se croient écrivains dès qu?ils publient un recueil de poèmes. Ou des écrivains qui ?tro prese?. Ce ne sont guère ces hommes qui feront avancer la littérature. ?Enn ekrivain bizin fearless because literature is a power. Le mot a un pouvoir?, lâche l?auteur.

Un humaniste et défenseur de culture

Il nous confiait que chaque écrivain doit savoir cultiver sa langue intime. Une langue qui coulerait dans ses veines. Il n?avait pas le droit de lire en 1951. Les livres étaient tabous. Caché, Abhimanyu Unnuth guettait le départ de ses parents. ?Je volais des livres lorsqu?ils n?étaient pas là.? C?est lui l?auteur dorénavant. Couchant une partie de lui dans les pages. Cimentant sa langue intime dans ses écrits.

La pauvreté n?a fait qu?aiguiser son envie de lutter. Quittant brusquement l?école dès la Form I parce que sa famille avait des difficultés, Abhimanyu Unnuth n?a pas hésité à se faire ?porte-parole? des laboureurs de champs de cannes à 14 ans. Défendant avec ténacité dans ses écrits dans La rivière coule toujours, la voix des exploités. Des immigrants indiens abusés de tous.

Son apprentissage de l?écriture découle de son vécu. ?Mon université à moi a été la société. L?intelligence d?un écrivain sort de sa souffrance. Comme disait Pierre Renaud, je suis un écrivain du terroir.?

Pièces de théâtre, poèmes, l?enfant se confiait sur les pages. Sueurs de vie, Tranche de vie? Des romans parlant de souffrance. Prenant appuie sur l?exemple de sa mère, qui avec deux vaches et des cabris, parvenait à maintenir sa famille debout.

Son premier roman a été publié par une maison d?édition indienne, comme tous les autres d?ailleurs. Son premier chèque de Rs 40 en 1965 l?avait ébloui. Ses romans ont été traduits en français, très souvent selon la demande des chargés de cours des plus prestigieuses universités, dont celle de la Sorbonne.

Lui qui avait ?mal commencé? en faisant d?abord de la peinture, a trouvé en la littérature hindi, un moyen de poser des questions. Il n?y parle pas de religion, mais de culture, comprenez-le bien.

Abhimanyu Unnuth est un humaniste. Défendant la culture tant qu?il gardera sa verve. Membre de langues et cultures du Diaspora Cultural Network sur le territoire de l?Hyderabad lors de la réunion sur la diaspora indienne en janvier dernier, cet auteur fait parti des battants.

La Mauritius Broadcasting Corporation lui a proposé de tourner des mini-séries de ses histoires, ce qu?il a accepté à une condition : il ne tolérera pas la censure.

L?homme en face de nous possède une poigne remarquable malgré sa modestie et son air d?homme simple. Quand un écrivain comme lui nous parle sans retenue, en toute modestie et innocence, le lecteur en sort bouleversé par tout le mérite que possède Abhimanyu Unnuth.

PUBLICATION

?Apna Man Upvan? ou ?My thought is a garden?

■ Son trente-cinquième roman met en scène une facette d?Abhimanyu Unnuth, tout autant passionné de verdure que la protagoniste. Ce roman raconte la vie d?une fille, trahie par un ancien amour qui trouve en grandissant un amour de substitution tout autant inquiétant. ?Elle ne s?est jamais mariée. Mais elle possède une cinquantaine d?arpents à Vallée-des-Prêtres. C?est en soignant des plantes qu?elle trouvera l?amour.? Cette femme trouvera ainsi dans l?écologie, un autre amour tout aussi fort que celui qu?elle aura connu. L?auteur souhaite surtout démontrer que notre écologie est en déclin. ?Les sciences font beaucoup de bien, mais ils apportent aussi la pollution.? Ce nouveau roman en hindi sera lancé cette semaine. Promesse d?un livre bouleversant.

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