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Un p?tit brin de fantaisie
Lida est née sous le signe des Poissons. On comprend mieux alors son imagination débordante. Enfant, elle adore gribouiller. En grandissant et la main plus ferme, elle passe des heures à dessiner des silhouettes de femmes nues. Avec l?espoir secret de partir étudier l?art à l?Ecole nationale supérieure des beaux-arts à Paris.
Mais son rêve bute sur un? os. Issue d?une modeste famille de cinq filles, Lida est obligée de ranger ses désirs au placard. Elle se contente d?étudier l?Art jusqu?en Form VI au collège Hindu Girls tout en continuant à croquer les portraits des personnes qui la fascinent.
Lida, avant-dernière fille, n?a pas droit aux vêtements neufs. Elle hérite la plupart du temps de ceux des aînées. Coquette de nature et ne pouvant se résoudre à revêtir des «vieilleries», elle les reconstruit sur croquis. Puis elle demande à sa s?ur aînée, Amita, excellente en coupe et en couture, de les recoudre selon ses goûts.
<B>Une femme sous influence </B>
Trois hommes influent sur la vie de Lida. Son père en premier, ensuite son oncle, un homme d?affaires averti. Outre ses précieux conseils en business, il l?initie aussi à la philosophie à travers la lecture.
Au moment où elle quitte le collège, le tourisme est en pleine expansion. C?est la voie qu?elle choisit mais elle doit s?y préparer. Elle déniche un emploi de représentante pharmaceutique tout en prenant des cours d?allemand. Quand elle se sent fin prête, elle répond à une annonce de Mauritours et elle devient guide touristique.
Le troisième homme n?est autre que feu Patrick Leal, président-directeur général de Mauritours, qui lui laisse une empreinte indélébile. «Il m?a donné ma chance tout en étant extrêmement exigant. Avec lui, on n?avait pas droit à l?erreur.» Il se rend compte que Lida est davantage à l?aise en petits comités qu?avec les grands groupes et il la nomme représentante. Et voilà Lida qui sillonne l?île et les hôtels pour veiller au confort des touristes pris en charge par Mauritours.
Elle s?acquitte si bien de sa tâche qu?un important tour-opérateur français, qui traite avec Mauritours, demande qu?elle s?occupe exclusivement de la clientèle qu?il leur envoie. La requête est agréée. Lida travaille dur et gagne bien sa vie. Quand le tour- opérateur est racheté par un groupe hôtelier avec pour résultat un changement de politique, Lida est promue chef de produits chez Mauritours. Elle devient responsable de 70 représentantes.
C?est sa rencontre avec Alain O?Reilly, propriétaire du Domaine du Chasseur, qui lui fait abandonner le réceptif mauricien. Ils ont un fils, Garett, âgé de quatre ans et demi. Mais jusqu?à son accouchement, Lida reste dans le tourisme, épaulant son compagnon.
«Je me suis remise au dessin pendant mon congé de maternité. Pas seulement pour des croquis de femmes mais aussi pour des vêtements. C?est là que j?ai eu l?idée de former ma propre petite entreprise de confection en mettant à contribution ma s?ur Amita.» Aussitôt dit, aussitôt fait, Lida transforme le garage de ses parents en petit atelier, fait le tour des magasins pour des tissus qui la font craquer et dessine des modèles qu?elle fait confectionner par sa s?ur.
Ses créations sont sexy et un brin fantaisiste car elle ne conçoit pas la femme habillée autrement. Elle invite ses amies à prendre le thé et elle leur découvre ses créations. «J?ignore si elles achetaient mes vêtements pour me faire plaisir mais toujours est-il que cela m?a permise de mettre des sous de côté. Et puis il y a eu Annabelle, une de mes amies, qui m?a incitée à voir plus grand.»
Elle va donc va frapper aux banques et la Mauritius Commercial Bank acepte de la suivre dans sa petite entreprise qu?elle nomme Ma.garett. Elle emménage dans un local situé au Sunset Boulevard à Grand-Baie. C?est Brigitte Bardot qui incarne à ses yeux la quintessence de la féminité, qui l?inspire pur le nom de sa boutique. Ce sera Et Dieu créa la femme, le titre du film de Roger Vadim?
Lida ne se contente pas d?habiller les tailles-mannequins. «Celles qui font du 46 plus doivent pouvoir s?habiller aussi sexy que les autres si elles le désirent. C?est pour cela que je fais aussi du sur mesure.» Le succès est quasi-instantané surtout auprès de touristes. Lida l?attribue à la chance.
<B> «Je ne peux plus m?arrêter» </B>
Comme elle passe beaucoup de temps dans sa boutique, elle se rend compte que les Mauriciennes trouvent ses créations belles mais immettables car «trop osées». Cela ne l?empêche pas de récidiver six mois après avec une deuxième boutique à Floréal Square mais en rectifiant légèrement le tir pour attirer aussi bien les touristes que les Mauriciennes. «J?ai conclu qu?il y a une nuance entre la créativité débridée et le commercial et qu?il faut un équilibre entre les deux.»
Perfectionniste, Lida ne choisit pas que ses tissus mais aussi les fournitures, c?est-à-dire les boutons, les fermetures éclair, la passementerie etc. Puisqu?elle habille la femme de la tête aux pieds, elle importe également des ceintures, chaussures et autres accessoires. «Heureusement que mon comptable me freine car lorsque j?achète, je ne peux plus m?arrêter», confie-t-elle en riant.
Les affaires progressant, Lida décide d?ouvrir un atelier à Curepipe. Sa ruche comprend16 ouvrières et un commercial. Elle exporte une partie de ses quatre collections annuelles à la Réunion et elle place ses création dans les hôtels. Elle s?est depuis peu lancée dans la confection d?uniformes pour les tours-opérateurs. «C?est terrible de voir une guide en uniforme administratif. Il fallait changer cela.»
Lida a déjà terminé sa collection pour décembre. Et pour plaire à toutes les femmes, celle-ci comprend non seulement des tenues sexy pour le soir mais aussi des vêtements classiques et décontractés. L?élément inaltérable dans ses créations demeure bien évidemment la fantaisie.
Maintenant qu?elle est lancée, rien ne peut arrêter sa boulimie. Lida veut d?un troisième Et Dieu créa la femme. «L?idéal aurait été au Caudan Waterfront. Cela fait deux ans que j?attends d?y trouver un local. Autrement, ce sera à Tamarin.» Foi de Lida?
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