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Un prêche dans le désert ?

19 novembre 2005, 20:00

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Si le but du jeu était de prêcher des convaincus, l?atelier de travail sur la compétitivité, organisé vendredi par le National Productivity and Competitiveness Council (NPCC), était un succès. Néanmoins, celui-ci n?a pas beaucoup progressé vers le consensus recherché dans la société civile autour des compromis nécessaires pour rendre Maurice plus compétitif. Et ce, pour la simple raison que le nouveau modèle de développement ainsi que les compromis nécessaires sont inconnus de tous.

Cela fait un an pourtant que le NPCC a énoncé les principes fondateurs dans son Competitiveness Foresight. Son conseiller, Percy Mistry, confirme sa prescription : Maurice doit réduire sa fonction publique, simplifier sa bureaucratie et libéraliser son économie. Il doit surtout s?ouvrir complètement à l?étranger.

Mistry est consultant d?Oxford International Associates et a aidé l?Inde, Singapour, Dubayy et Hong Kong à se réinventer. Il avoue ne pas comprendre pourquoi Maurice tarde à agir alors que d?autres pays, avec des ressources humaines plus limitées, se sont lancés avec succès. Il invite les Mauriciens à changer radicalement de mentalité et à cesser de se cramponner aux préférences.

En l?absence de propositions concrètes venant du gouvernement, le débat a bifurqué sur qui, du pouvoir public ou du secteur privé, doit piloter le changement. Le député Cader Sayed Hossen, responsable du dossier de la démocratisation de l?économie, s?est montré nostalgique de l?ancienne génération du secteur privé qui était, à son avis, moins dépendante de l?État.

Le Joint Economic Council (JEC) a reconnu que le secteur privé dépend peut-être trop du gouvernement. Son président, Arif Currimjee, a convenu que le privé n?a pas toujours besoin de l?État, mais qu?il lui manque parfois le courage de l?admettre. Il a ajouté que le JEC a fait sa part en soumettant deux mémoires sur les stratégies pour l?avenir. À ce jour, aucune réaction du gouvernement.

Et alors, cette question qui vaut son pesant d?or, posée par Amédée Darga, président d?Enterprise Mauritius et Lindsay Rivière, rédacteur en chef de Business Magazine et consultant à PriceWaterhouseCoopers : « On sait tous qu?il faut changer et en quel sens. Pourquoi alors n?y arrivons-nous toujours pas ? »

<B>Le silence de Sithanen</B>

Jean-Claude de l?Estrac, directeur général du groupe La Sentinelle, ancien ministre et membre du panel de discussion, estime que c?est le rôle du gouvernement de tracer l?itinéraire.

« Il faut d?abord un consensus au plus haut niveau de l?État sur la stratégie à suivre avant de chercher le soutien de la société civile. Or, tout indique qu?il n?y a aucun consensus au sein du gouvernement. C?est ce qui pourrait expliquer le silence du ministre des Finances, Rama Sithanen, sur les principaux enjeux. »

Il note, qu?alors qu?on ne cesse de souligner la nécessité de réduire les dépenses de l?État, de développer de nouvelles sources de croissance et de créer des emplois productifs, le régime distribue des faveurs. La dernière idée vient du ministre du Travail, Vasant Bunwaree, qui propose de créer une autre Development Works Corporation pour absorber des milliers de sans-emploi!

Pour Jean-Claude de l?Estrac, le mal est justement dans le système politique et électoral du pays qui oblige le politicien à promettre des faveurs à son électorat pour être élu. Aussi longtemps que les politiciens seront obligés d?obéir à cette logique, les gouvernements seront paralysés. Il est inutile, selon lui, de chercher à émuler Singapour en copiant son modèle économique si on ne s?intéresse pas aussi à son modèle politique. Une réponse à Amédée Darga qui se demandait si Maurice avait été trahi par son modèle de démocratie.

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