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Un nouveau souffle

29 mai 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ils étaient 51 à briguer pour la première fois les suffrages en 2000. Ils sont 31 cette fois. C?est sans doute la raison pour laquelle le renouvellement n?est pas perceptible. Mais cet exercice prend du temps. Et on ne peut évaluer la réussite du renouvellement que sur plusieurs élections. Si des 27 candidats néophytes de 2000, le PTr n?en réaligne que 14, dans les rangs du MSM-MMM, ils sont 19 à revenir parmi les 24 nouveaux élus lors des dernières élections.

La classe politique se régénère donc. Lentement, sûrement, et de manière différente. Le recours au sang nouveau est même devenu un argument de campagne. Les politiques sentent la lassitude de l?électeur et renouvellent, à des degrés divers certes, selon leurs stratégies à court et à long terme, leurs hommes. Les leaders n?ont donc pas d?autres choix s?ils veulent séduire l?électorat et assurer la pérennité de leurs partis.

31 nouveaux candidats sont ainsi alignés. L?alliance MSM-MMM dispose de 19 nouvelles têtes n?ayant jamais participé à des élections générales. Ce qui représente 31% de ses candidats. Chez les travaillistes et leurs alliés, ils sont douze, soit 20% de leurs effectifs renouvelés.

Le MSM se positionne comme le parti pratiquant la politique la plus assidue de «sang nouveau » avec 14 novices. Le Parti travailliste le talonne en contribuant 10 nouvelles têtes à la liste de l?Alliance sociale. Le bonnet d?âne de parti réfractaire au changement va au MMM avec seulement cinq nouveaux candidats.

Le Parti travailliste prenait l?initiative en 2000 de s?ouvrir davantage aux cadres du secteur privé. Son effort, aujourd?hui, même moindre, n?est pas négligeable. Ses tickets étant réduits à 42, le leader du Ptr choisit quand même de se séparer, sans grand état d?âme, de membres en vue du parti tels que Kailash Purryag, Manou Bheenick ou Sarat Lallah.

Le MSM est le meilleur élève. Le départ de la bande à Anil Bachoo allège ce parti qui a choisi depuis quelques années de faire de la place aux jeunes. Voilà donc des places qui se libèrent sans créer des frustrations. Ces élections sont une opportunité de poursuivre son renouvellement que le MSM saisit. Les vieux briscards du MMM agissant comme des locomotives pour les jeunes loups du MSM.

L?étoffe de l?administrateur

L?effort du MSM éclipse la paresse du MMM. C?est le plus mauvais élève, le plus réfractaire au changement. « Mo pa tourve kifer si bann dimoun pe fer bon travay bizin change zot », lançait cette semaine même Paul Bérenger, interrogé à l?intérieur du parti sur le manque de renouvellement au sein de son équipe. Quand un autre membre du parti se désole du peu de place accordée aux jeunes, la réponse du leader est courte et expéditive : « Ki sann la ou pense mo ti kapav met pou remplas Cuttaree? » Ce n?est pas très fair de choisir le député qui occupe la tête de liste du n°19 depuis 20 ans pour clore le débat. Cela dit, aux élections de 2000, le MMM faisait un effort plus soutenu et la majorité des néophytes de 2000 à se représenter sont du MMM.

Qu?ils voient au-delà de ces élections ou qu?ils préfèrent jouer la prudence, chacun aborde le renouvellement différemment. Mais même lorsque ce dernier est timide, la sélection est différente. Alors qu?ils étaient hier choisis davantage chez les anciens activistes et autres conseillers de district, avec un parcours politique, ils sont davantage cette fois divers cadres, laissant transparaître l?étoffe d?administrateur. L?ancrage ethnique n?aura pas toujours été le premier critère.

Le renouveau est illustré par la place accordée aux femmes. Aligner des femmes, c?est être plus démocratique, point sur lequel les partis se savaient surveillés. Ils ont alors fait dans la surenchère. Une bonne part de leur renouvellement, ils le doivent aux femmes. Pour le gouvernement sortant, c?est toujours le MSM qui montre le bon exemple en alignant 6 des 10 candidats de cette alliance. Paradoxalement, le Parti travailliste et ses alliés en présentent une de moins qu?en 2000, mais 5 des 6 candidates de l?Alliance sociale sont des travaillistes.

L?effort de renouvellement à partir de ce critère n?aura pas été suffisamment soutenu. Habile avec les chiffres, Rama Sithanen du PTr a démontré récemment que les femmes ne joueraient un rôle significatif au Parlement que si elles représentent 30% des députés de l?Assemblée nationale, soit 21 députées parmi les 70 parlementaires. Or, même si toutes les candidates des deux camps sont élues ou nominées députées correctives, le Parlement ne comptera que 16 élues. « Cela ne nous amènerait qu?à 22,8% de femmes parlementaires en 2005 » fait remarquer Josie Lapierre.

Renouvellement ne veut pas forcément dire rajeunissement. La moyenne d?âge des deux blocs a pris l?ascenseur. Pour l?alliance MSM-MMM, l?âge moyen du candidat est passé de 46 ans en 2000 à 48 ans en 2005. L?âge moyen du candidat de l?Alliance sociale pour cette élection est de 51 ans alors qu?elle n?était que de 45 ans lors des dernières élections. Mais ce n?est pas plus mal.

Les professionnels choisis semblent des gens « de métier », avec une certaine maturité, une expérience professionnelle. « Ce qui est important, c?est d?avoir un bon dosage entre anciens et nouveaux pour assurer l?apport de perspectives, de gens d?horizons divers au sein des listes de candidats, pas nécessairement des plus jeunes », explique Ibrahim Koodoruth, sociologue.

La grande nouveauté est du côté des professions. Pendant longtemps, les candidats à la candidature devaient, pour la grande majorité d?entre eux, appartenir à la trinité des métiers : avocats, médecins et enseignants. Ces corps de métiers fournissent toujours un grand nombre de recrues aux partis mais la situation n?est plus aussi figée. Pour les élections de 2000, 42 des 60 candidats de l?alliance MSM-MMM provenaient de ces trois professions. En 2005, ils ne sont que 28. Pour l?Alliance sociale, ce chiffre est passé de 33 à 42.

Hors du circuit politique

L?alliance MSM-MMM, surtout le MSM, recourt en grande partie aux cadres du privé et du public. Dans la plupart des cas, ceux ayant déjà à leur actif une riche carrière derrière eux. Et s?étant fait un nom. C?est le cas de Maya Hanoomanjee, ancienne haut fonctionnaire qui a rejoint les rangs du MSM. Le PTr est de manière générale plus conservateur cette fois dans ses recrutements ; à l?exception d?Asraf Dulull, ancien haut fonctionnaire du département des impôts.

La très grande majorité des membres recrutés par l?alliance MSM-MMM n?a qu?une brève expérience politique. Certains sont des membres du MSM, pas nécessairement actifs, d?autres ont cheminé avec leur parti depuis quelques années, alors que d?autres encore n?ont adhéré au parti que quelques jours avant leur désignation comme candidats. On retrouve les mêmes profils chez les nouveaux du PTr.

Des critiques comme des applaudissements sont entendus sur le recrutement de ces candidats précédemment hors circuit. Ils n?ont pas de culture politique, et les agents doivent passer du temps à leur apprendre les rudiments d?une campagne électorale. Mais d?autres fondent justement leurs espoirs dans ces candidats précédemment hors du circuit politique.

«Un symbole ethnique sans être sectaire»

Les apparatchiks et autres petits militants devenus cadres du parti questionnent en effet rarement le fonctionnement de celui-ci ou les décisions de son leader. L?arrivée de nouvelles recrues avec un regard externe permet non seulement de faire remonter à la surface les dysfonctionnements mais aussi de remettre en cause les décisions ou orientations douteuses d?un leader habitué à ne jamais être contesté. Ceux-là en seront-ils capables ? Ils restent à le prouver. Ils ne l?ont pas encore fait.

Le critère « ethnique », enfin, quelle place a-t-il joué dans ce renouvellement? On le sait, les partis politiques ne peuvent ignorer les réalités sociologiques ou ethniques des circonscriptions. « Le candidat doit pouvoir être un symbole ethnique sans être un sectaire. Sans avoir un discours ou une pratique qui font du sectarisme son fonds de commerce politique », pense Amédée Darga. Mais on peut penser que les partis politiques ont habilement manoeuvré pour qu?il ne supplante pas les autres critères.

Les leaders des deux alliances ont tenté ici et là de donner un ticket à un nouveau venu, ethniquement taillé pour la circonscription et possédant de réelles compétences et aptitudes. Au détriment d?un vieux routier, as du terrain avec le même profil ethnique, mais dont la cote de popularité ou le respect parmi les électeurs ne sont pas les mêmes. Une audace pas toujours appréciée. Il faudra penser éduquer l?électeur à la necessité du renouvellement.

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