Publicité
Un nouveau partenariat avec l?UE
C?EST avec la satisfaction de la mission accomplie que les autorités mauriciennes ont conclu, samedi, la première réunion ministérielle de négociations entre la région de l?Afrique orientale et australe et la Commission européenne pour un Accord de partenariat économique (APE).
?Cela s?est très bien passé?, résume le chef de la délégation mauricienne à ces négociations et ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Jayen Cuttaree. Et pour cause : les principales préoccupations du pays et de la région semblent avoir été prises en compte lors des discussions.
La priorité de Maurice était de s?assurer que le futur APE soit essentiellement un instrument pour le développement des pays concernés et non uniquement un accord commercial. A l?ouverture des travaux, samedi matin, le Premier ministre, Paul Bérenger, l?a bien fait comprendre : l?important est de créer ?une base solide pour une croissance durable et le développement.?
Le message a été clairement entendu. Le discours du chef négociateur européen, Pascal Lamy, et le texte final de la feuille de route conjointe intègrent bien cette dimension cruciale. En effet, la feuille de route sur laquelle la Commission européene et les 16 pays de la zone Eastern and Southern Africa (ESA) sont tombés d?accord précise que tel est bien l?objectif prioritaire d?un APE.
?Les objectifs globaux d?un APE sont le développement durable des pays de l?Afrique orientale et australe, leur intégration progressive et harmonieuse dans l?économie mondiale ainsi que l?éradication de la pauvreté et des maladies?, déclare le texte conjoint final issu du premier round de négociations. Cette insistance sur le concept de développement intégral des pays de la région découle des expériences du passé.
Jayen Cuttaree a bien fait comprendre que les accords de Lomé et son successeur, celui de Cotonou, ont échoué. Seule une poignée de pays, dont Maurice comme le reconnaît Pascal Lamy lui-même, ont pu tirer un réel avantage d?un accès préférentiel au marché européen.
L?accès aux marchés ne sert à rien si les pays bénéficiaires n?ont pas la capacité voulue pour en tirer avantage. C?est ce qu?il s?agit de corriger avec un APE. Les pays de la région ESA réclament des moyens financiers additionnels pour rehausser leur capacité de production. Paul Bérenger a évoqué la nécessité d?un fonds spécifique à la région ESA dans le cadre d?un APE. Pascal Lamy réplique qu?une enveloppe de 700 millions d?euros est déjà prévue pour toutes les initiatives ayant trait au commerce.
Néanmoins, sur ce point également, la feuille de route conjointe donne des raisons d?espérer. ?L?APE promouvra la croissance soutenue, augmentera la capacité de production et d?offres des pays ESA, renforcera la transformation structurelle des économies ESA et leur diversification et il appuiera les initiatives d?intégration dans la région?, déclare le texte final.
Le processus d?intégration régionale est un volet sur lequel le commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy, insiste beaucoup. Pour lui et l?Union européenne (UE), un APE doit servir avant tout à dynamiser les échanges commerciaux entre les pays de la région. Les flux commerciaux intra-régionaux serviront de catalyseur au développement des capacités de production, établissant ainsi une base industrielle qui permettra aux pays concernés d?évoluer vers des échanges accentués avec l?Europe.
Initiative d?intégration régionale trop lente
Lors d?un point de presse après la première réunion ministérielle de négociations, samedi, Pascal Lamy n?a pas caché sa déception par rapport à l?évolution des initiatives d?intégration régionale qu?il juge trop lentes. Les choses ne bougent pas assez rapidement, que ce soit au niveau de la Southern African Development Community (SADC) ou du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa), dit-il. Alors que les regroupements régionaux et les accords de libre-échange bilatéraux se multiplient à l?échelle planétaire, le temps presse.
La dimension régionale privilégiée par Pascal Lamy implique une lecture rassurante du futur APE : Commercez entre vous d?abord, l?Europe ne s?intéresse pas à envahir vos marchés ! ?Croire que l?Europe se ruerait pour envahir vos marchés dès la conclusion d?un accord est une vue de l?esprit?, déclare placidement Pascal Lamy.
Par ailleurs, le ton et l?approche adoptés par le négociateur européen ont marqué les esprits. Point de fioritures et d?envolées philosophiques ou idéologiques. Les visions à long terme telles que le NEPAD sont importantes, dit-il, mais son expérience en tant que négociateur commercial de l?Europe lui a appris que le plus important est de savoir progresser pas à pas. Quel est le ?next step?qu?on est disposé à franchir ensemble, voilà son plan de travail pour ces négociations.
?Qu?est-ce qui est faisable ? Je sais que ce continent a un besoin urgent d?actions concrètes pour démontrer que les choses ne vont pas si mal. Il y a une différence entre la théorie et la réalité, un APE comblera cette différence.?
Pour Pascal Lamy, l?ouverture des négociations sur un APE marque justement ce ?basculement entre la théorie et les projets et entre l?action et la concrétisation?. Pour lui, il y a les ingrédients indispensables à la réussite d?un APE. Le premier est la volonté politique et, malgré la diversité des pays de l?ESA, ils sont arrivés à une position commune pour ces négociations. Le second ingrédient est la nécessité d?un projet commun et un APE stimulera l?intégration régionale, estime Pascal Lamy. Le troisième ingrédient est la structure institutionnelle adéquate pour mener ces négociations.
DINER DU CCI
Pascal Lamy, invité d?honneur Outre les discussions techniques sur les négociations, la cerise sur le gâteau a été posée par Pascal Lamy lui-même lors du dîner annuel, samedi soir, de la Chambre de commerce et de l?Industrie (CCI), dont il était l?invité d?honneur.
Le commissaire européen a réchauffé les coeurs de l?ensemble des décideurs économiques du privé et de l?Etat en prenant fait et cause pour le concept de spécificité en faveur des petites économies insulaires dont Maurice s?est faite le champion.
Sans doute inspiré par les remarques de Paul Bérenger sur les désastres que cause la globalisation, Pascal Lamy a déclaré que la taille des pays est un facteur qui doit être considéré au niveau de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). L?absence de ressources et l?éloignement des marchés sont certes des facteurs handicapant qui doivent être compensés. L?UE soutient cette approche qui est intégrée dans le Doha Development Agenda. Il s?agit maintenant de relancer les négociations au niveau de l?OMC après l?échec retentissant de Cancùn.
Publicité
Publicité
Les plus récents