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Un nouveau partenariat à trouver
«Tout ! Nous pouvons tout importer de la Chine ! », s?enthousiasme Ah Kin Ip Kwok Sheung, le vice-président de la Chinese Business Chamber. C?est effectivement le cas. En l?espace de dix ans le géant asiatique a gagné plusieurs rangs dans le classement des fournisseurs du pays, avant d?arriver à la première place. Ainsi, en 2005, la Chine a exporté l?équivalent de Rs 7 milliards de biens et services vers Maurice, devançant nos deux autres partenaires commerciaux l?Inde et la France.
Les liens commerciaux sont donc forts. Mais ils pourraient tout aussi bien être plus étoffés. Maurice veut davantage de la Chine qu?une simple relation commerciale. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, de même qu?une vingtaine de représentants du secteur privé, aura l?occasion de le dire lors de la 3e Conférence ministérielle du forum sur la Coopération sino-africaine, à Beijing, du 3 au 5 novembre.
S?approvisionner à Guangzhou
Un premier constat a déjà été effectué. « La Chine est notre premier fournisseur. Et désormais, ce pays produit davantage de produits sophistiqués dont nous avons besoin ici. Maurice va donc continuer à importer de plus en plus de la Chine », précise Mahmood Cheeroo, le secrétaire de la Chambre de commerce et d?industrie. Ip Kwok Sheung décrit même comment les grossistes de marchands ambulants vont désormais s?approvisionner à Guangzhou et à Yi Wu. « Si les Mauriciens peuvent s?acheter des bouilloires à Rs 99 c?est grâce au made in China. On me répondra que la qualité n?est peut-être pas aussi bonne que cela, mais on est content d?avoir un ventilateur ou de l?électroménager à prix sacrifié. C?est ce qui explique le grand succès du made in China chez nous », affirme Ip Kwok Sheung
Mais est-on seulement condamné à n?être qu?un client de la Chine ? Mahmood Cheeroo avoue que, pour l?heure, les possibilités d?exportation de produits mauriciens vers la Chine ne sont pas clairement identifiées. « En Inde, il y a une classe moyenne émergente dont on connaît les goûts et les tendances de consommation, mais pour la Chine il faut encore étudier », confie ce dernier. Toutefois, c?est indéniable, il y a du commerce à faire avec l?empire du Milieu.
Les premières pistes ont d?ailleurs été évoquées par Navin Ramgoolam lors d?une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères chinois récemment. Ainsi, des développements dans le domaine du tourisme paraissent probables. Comme Maurice est une destination touristique « agréée » en Chine, des vols hebdomadaires vers l?une des grandes villes de ce pays pourraient débuter en 2007.
En outre, Rama Sithanen, le ministre des Finances, en évoque d?autres. Notamment ce projet d?investissement dans un parc industriel intégré qui nécessitera l?apport de $ 500 millions (Rs 15 milliards) par une grande entreprise chinoise.
Mahmood Cheeroo croit, quant à lui, au potentiel de Maurice comme port de transit. « Nous avons des accords commerciaux avec des pays africains. Maurice peut servir de point d?entrée des produits chinois en Afrique. On peut éventuellement penser aussi à réexporter des produits d?Afrique vers la Chine. Maurice pourrait aussi devenir un point de vente d?articles sophistiqués ou haut de gamme fabriqués en Chine. Ce qui cadrerait avec la politique de faire de notre pays une Duty Free Island. » Mais cette orientation demande à être mûrement planifiée car elle nécessitera une capacité logistique que notre port franc ne possède pas encore.
Des avancées plus fondamentales
Assad Bhuglah, le directeur de la Trade Policy Unit du ministère du Commerce international, espère des avancées plus fondamentales, et croit voir la venue d?une nouvelle phase dans les relations économiques entre Maurice et la Chine. « Cela a été dit depuis le budget déjà. Maurice doit maintenant conclure une nouvelle génération de partenariat économique. »
Concrètement, cela voudra dire créer de nouveaux instruments de coopération avec nos grands partenaires. L?Inde a montré la voie avec le Comprehensive Economic Cooperation and Partnership Agreement (Cecpa) qu?elle entend signer prochainement avec Maurice. Le Cecpa porte aussi bien sur des accords commerciaux que sur la coopération économique, l?investissement et l?assistance technique.
« La question a été évoquée très brièvement jusqu?ici. Nous allons maintenant commencer les discussions et voir quels produits nous pourrions exporter vers la Chine dans le cadre d?un accord de libre-échange. Où même déterminer les secteurs dans lesquels Maurice pourrait attirer l?investissement », explique Assad Bhuglah. Un consultant local, qui a notamment suivi de près le projet d?implantation de la filature de Tianli à Maurice, explique qu?un accord bilatéral qui ressemble un peu au Cecpa est fondamental.
« Les investisseurs vont là où ils pensent pouvoir réaliser les profits. Pour des producteurs chinois, investir à Maurice n?est pas nécessairement la meilleure solution pour l?heure. Ils ne vont pas être nombreux à tenter l?aventure. Mais si on leur offre un cadre à la Cecpa, cela pourrait changer », explique le consultant.
Il ne reste plus qu?à espérer que les propositions de Navin Ramgoolam dans ce sens fassent l?objet d?une attention soutenue des autorités chinoises. Si tel est le cas, c?est sur un nouveau partenaire économique de taille que Maurice pourrait compter à l?avenir.
La Chine : un ogre du commerce mondial
Tout est démesuré quand on s?attarde sur les statistiques économiques de la Chine. À commencer par la main-d??uvre disponible dans le pays : 791 millions d?individus !
À la faveur d?une profonde mutation, amorcée dans les années 80, la Chine est désormais la plus puissante économie émergente au monde. Et elle enregistre, depuis cinq ans, des taux de croissance annuels oscillant entre 9 % et 11 %.
Toutefois, pour les besoins des statistiques comparatives, le géant asiatique est encore à classer parmi les pays en développement (PED). En effet, la Chine affiche $6 800 de produit intérieur brut par habitant pour l?année 2006, soit moins de la moitié de la moyenne à Maurice. Mais on se rend bien vite compte de la puissance et du poids de l?économie chinoise en consultant d?autres statistiques. Certains chiffres donnent le tournis, notamment les $752 milliards d?exportations en 2005, essentiellement dirigés vers les États-Unis (21 %) Hong Kong (16 %) et le Japon (11 %). En effet, tout est disponible en Chine, et le pays fournit force biens et services. Par exemple, la production industrielle chinoise couvre aussi bien les fibres optiques que les avions légers et autres ordinateurs dernier cri, en passant par les voitures qu?on y assemble pour le compte de Renault ou de Toyota.
Et dans le secteur des services, l?empire du Milieu poursuit depuis quelque temps une politique agressive dans le domaine de l?externalisation (Business Process Outsourcing). Il se hisse petit à petit à la hauteur de l?Inde, leader incontournable dans le domaine jusqu?ici.
Mais la Chine n?est pas seulement l?un des plus importants exportateurs au monde. Elle est également, depuis sa phase ascensionnelle, l?un des plus gros importateurs de matières premières : pétrole, acier et équipements industriels. À tel point qu?elle est en partie rendue responsable de la hausse des cours mondiaux de l?acier ou même du prix du fret. Rien d?étonnant quand on sait que la Chine ponctionne une bonne partie de ces ressources et qu?en 2005, elle a importé l?équivalent de $631 milliards. Avec de telles performances, ce pays est devenu un énorme aimant à investissements, avec un taux qui dépasse allégrement les 40 % de son PIB. Pour donner un ordre d?idées, Maurice peine à atteindre les 20 % annuels ! Le dernier rapport sur l?investissement dans le monde de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement indique même que la Chine, avec $ 46 milliards, est le 7e PED à investir massivement à l?étranger.
Toutefois, bien qu?elle enregistre des performances records, la Chine reste la proie de déséquilibres internes persistants. Ainsi, le développement économique bénéficie essentiellement à la population des mégapoles et de leurs banlieues étendues comme à Beijing, Shanghai ou Guangzhou. Et selon diverses analyses, 150 millions de Chinois vivent sous le seuil de pauvreté et à peu près le même nombre subsiste avec un emploi précaire.
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