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11 décembre 2004, 00:00

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Le Premier ministre fantôme de l?opposition ne croit pas dans le système de castes. Il le qualifie de «ridicule». C?était lors d?un discours prononcé à Chamarel. Le leader de l?opposition est donc un homme qui ne va pas céder aux chantages à caractère ethnique. Puisque le sectarisme ne fait pas partie des calculs politiques de Navin Ramgoolam, on peut déjà se réjouir du fait que la prochaine campagne électorale sera dépourvue de ces stratégies qui reposent sur des argumentaires du genre : «le pouvoir nous échappe» ou encore : «c?est la majorité qui doit composer le gouvernement.»

C?est un rôle de composition que le leader rouge tient à la perfection, penseraient les plus sceptiques. Le fait même d?avoir choisi Chamarel pour tenir de tels discours accréditerait leur thèse. Il est certes vrai que Navin Ramgoolam a joué tous les rôles depuis qu?il s?est engagé en politique. En 1995, il a incarné une profonde aspiration de modernité. En 2000, il a symbolisé le rejet d?un pouvoir approximatif. Aujourd?hui, en l?absence d?un choix élargi, il est redevenu une possibilité alternative. Ceux qui sont mécontents des gouvernants du jour sont déjà sous le charme. Les moins crédules sont méfiants autant vis-à-vis de lui que des dirigeants actuels.

Il n?empêche que Navin Ramgoolam a fondamentalement raison lorsqu?il interroge la pertinence de savoir si «le premier coolie était? hindou ou musulman, vaish ou ravived»? Une telle interrogation a le mérite de poser le postulat que nous sommes tous Mauriciens et qu?il est vain de continuer à ergoter sur l?importance des castes, races et ethnies. Il est rassurant de voir que l?un des plus importants dirigeants politiques de ce pays a choisi de rejeter la politique communale. Il pourrait même nous dire que ce n?est pas nouveau! C?est malgré tout un nouveau contrat politique que propose le leader de l?opposition et il ne pas faut s?étonner que le discours des ténors travaillistes seront désormais complètement épurés de leurs antiennes sectaires.

C?est donc, dans l?éventualité d?un retour des rouges au pouvoir, au triomphe d?un Etat laïc ou séculier, pour éviter les confusions terminologiques, qu?on assistera. Dans cette optique, il faudra aussi s?attendre à la mise en place de la première politique d?intégration qu?on verra dans ce pays. Ni les hindous, ni les Blancs, ni les musulmans? ne seront exclus du pouvoir. C?est inédit ce rêve d?une nation unie. C?est ambitieux ce projet où on ne rattachera plus ses moindres problèmes au fait qu?on appartiendrait à telle ou telle communauté.

C?est une nouvelle mise en scène pour l?identité mauricienne. Elle crépite d?un autre espoir. Ce n?est certainement pas une tocade. L?île Maurice du troisième millénaire n?est plus satisfaite de son unité de façade, de l?hypocrisie d?un vivre-ensemble qui ne tient qu?à nos inhibitions, à nos fantasmes et à nos peurs pour ne pas voler en éclats.

Il ne faut finalement pas croire que toutes ces perspectives nous viennent d?un enchanteur quelconque ou d?un chef qui concocterait un ragoût politique pour le seul plaisir de varier le menu électoral. Certes c?est à nouveau du mielleux. Mais tant pis pour ceux qui n?y trouveraient qu?un vague parfum par lequel ils se sont laissés envoûter en 1995. Car il n?est pas seulement question ici de reconquête de pouvoir. Il s?agit du grand dessein d?un politique qui devrait porter le pays vers un nouveau socle sans jamais le laisser basculer dans l?ennui et l?immobilisme?

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