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Un ministère assis entre deux portiques

15 mai 2004, 20:00

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Les autorités portuaires avaient-elles identifié le fournisseur avant de lancer l?appel d?offres pour les deux portiques ? C?est la question que se pose la Maritime Transport & Port Employees Union (MTPEU).

Ce syndicat croit savoir qu?un émissaire d?International Management & Construction Corporation (IMCC) d?Abu Dhabi était à Maurice au mois de janvier alors que l?appel d?offres a été lancé le 5 mars dernier. Il s?interroge aussi sur le délai de dix jours accordé aux éventuels fournisseurs, alors que « pour la gestion d?une cantine, le délai de soumission est de pas moins de 30 jours. »

Le gouvernement, pour sa part, digère mal la façon dont le dossier a été traité au ministère des Communications extérieures. « Quand un chef de cabinet dirige une mission à l?étranger, il doit maîtriser son dossier et savoir de quoi il va discuter. »

Délai d?acceptation court

Le bureau du Premier ministre a, semble-t-il, du mal à comprendre comment Nizam Bundhun, chef de cabinet au ministère des Communications extérieures et, à l?époque, président par intérim du conseil d?administration de la Mauritius Ports Authority (MPA), ait pu diriger une mission à Abu Dhabi à la mi-avril sans savoir s?il s?agissait d?un Operational Lease ou d?un Financial Lease. Cette délégation comprenait également Gaëtan Pillay, président du conseil d?administration de la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL), et deux techniciens. Elle s?est rendue à Abu Dhabi puis en Inde.

La direction de la CHCL explique qu?elle avait l?impression que la procédure envisagée ne tombait pas sous la juridiction du Central Tender Board (CTB). Elle ajoute qu?il y avait urgence. « Nos équipements sont surexploités Le volume de conteneurs transbordés a augmenté de plus de 900 % en deux ans. Nous risquons de voir les gros transporteurs aller ailleurs. Déjà une des trois agences a signifié son intention de réduire ses activités sur Port-Louis en raison du délai d?attente. »

Elle concède que la firme d?Abu Dhabi avait, en janvier, signifié son intérêt à lui fournir de portiques. IMCC a déjà livré de tels équipements à P & O Nedlloyd, une des agences engagées dans le transbordement à Port-Louis. Mais cette offre avait été rejetée. « Lorsqu?elle nous a contactés, nous n?avons rien fait parce que nous étions davantage intéressés à traiter avec des agences maritimes de manière à les rendre partie prenante. »

Le syndicat et l?opposition ne l?entendent pas de cette oreille. Ils trouvent l?empressement des organismes portuaires injustifié. Ils s?interrogent aussi sur les raisons qui les ont poussés à consentir à payer un taux d?intérêts de 6 % à IMCC pour une transaction d?environ Rs 400 m alors qu?une banque présente à Maurice était disposée à leur accorder un prêt à moins de 3 %.

Cet aspect est monté à la surface lorsque cette banque s?est rendue compte que le contrat risquait de lui passer sous le nez. La CHCL, comme on le sait, maintient avoir sollicité, le 5 mars, une dérogation du CTB. Forte de l?avis reçu de cet organisme, elle a invité des offres de sept firmes. Quatre ont répondu dans le délai. Mais seule IMCC Abu Dhabi Group a montré de l?intérêt pour une Lease Option d?une durée de sept ans.

À l?Assemblée nationale, puis face à la presse, le député Xavier-Luc Duval clame toutefois que le ministre Sangeet Fowdar, comptable de profession, ne peut plaider l?ignorance par rapport à la différence entre une Finance Lease et une Operational Lease.

Le syndicat va plus loin. À sa conférence de jeudi, son président, Moussa Ibrahim, précise qu?en sus du ministre, deux autres comptables, notamment les directeurs financiers de la MPA et de la CHCL, ont eu accès à ce dossier. Il affirme que le ministre a été mis au parfum dès le début de mars et qu?il a donné son accord le 25 du même mois.

« Le carton rouge » insuffisant

Pour ce qui est de l?avis transmis par le CTB selon lequel la procédure envisagée ne tombait sous sa juridiction le syndicat attend de savoir ce que la CHCL avait effectivement réclamé. « Si ou pose ene mauvais question, li normal qui ou gagne ene mauvais reponse. »

L?opposition et le syndicat sont d?avis que la commission d?enquête devrait se pencher sur les procédures suivies par la CHCL et la MPA et ne pas se contenter de savoir si « any bribe has been paid or taken »

Toujours est-il que la MTPEU n?entend pas lâcher prise. Elle consacre l?essentiel de son dernier bulletin à l?affaire des portiques. Le syndicat se félicite d?avoir levé ce lièvre après avoir eu vent de la mission dirigée par Nizam Bundhun.

Il trouve cependant que le « carton rouge » donné par le Premier ministre à la CHCL et à la MPA ne suffit pas. Il considère « inacceptable qu?il n?y a pas d?expulsion de joueurs fautifs, y compris le ministre responsable du port ».

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