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Un manque d?opérateurs empêche le décollage du port franc

24 février 2004, 20:00

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<B>LARGEMENT</B> touché par la crise politique à Madagascar en 2002, le port franc commence à respirer à nouveau. Les opérateurs du port franc sont les premiers à se frotter les mains suite à la reprise de l?activité économique dans la Grande île, un de leurs principaux marchés. Grâce, en large partie, aux nouvelles donnes chez notre voisin, ils ont manutentionné l?année dernière 2 200 conteneurs de plus qu?en 2002.

En termes de valeur, les marchandises expédiées à partir du port franc sont estimées à Rs 6,3 milliards en 2003, soit une hausse de 10 % par rapport à 2002. 34 % des produits transités par le port franc ont été expédiés vers les pays appartenant au Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa). Les réexportations vers l?Europe représentent 35 % de la valeur totale des marchandises.

Le marché malgache, qui représente à lui seul plus de 20 % des réexportations mauriciennes, devrait permettre encore plus d?opportunités de croissance aux opérateurs mauriciens grâce aux nombreuses incitations fiscales et autres qui sont en train d?être mises en place pour faire repartir l?activité économique dans la Grande île. Ainsi, la décision du gouvernement malgache d?enlever la taxe sur 400 articles, dont l?électroménager et les vêtements devrait être une aubaine pour les exportateurs mauriciens.

Même si l?activité du port franc mauricien se retrouve sur une trajectoire ascendante, plusieurs

faiblesses structurelles pourront limiter sa transformation en une plate-forme capable de rivaliser avec les grands centres de distribution à l?instar de Dubayy, Hongkong ou Singapour. Bien qu?il existe depuis plus de dix ans, notre port franc reste peu connu des marchés internationaux. Sa vision de servir de passerelle stratégique entre l?Asie et l?Afrique n?a jamais pu se maté-rialiser de manière crédible. Certes, les autorités, notamment la Mauritius Freeport Authority (MFA) a beaucoup investi dans les efforts de promotion. Mais l?obstacle principal se trouve en amont. Il n?y a pas de masse critique d?opérateurs dans le secteur, d?où le manque de visibilité. Il faudrait au préalable inciter les entreprises mauriciennes à investir dans les activités du port franc.

Qui dit manque d?opérateurs dit insuffisance d?une gamme de produits susceptibles d?intéresser l?acheteur étranger. ?Un importateur s?intéressera à une source d?approvisionnement seulement s?il existe une grande variété de marchandises et de fournisseurs. Il ne va pas se déplacer si l?offre est limitée?, explique Aslam Kathrada, directeur de Nak Enterprises, une des plus puissantes sociétés du port franc, et dont le chiffre d?affaires annuel dépasse Rs 400 millions.

Que faire donc pour obtenir cette masse critique si nécessaire à un réel décollage de cette activité dont le potentiel d?exploitation reste fort intéressant ? Les grands groupes locaux, jusqu?ici très peu présents sur la place, devront être amenés à mieux explorer les créneaux de réexportation. Leur capacité à mobiliser les ressources financières et autres, ainsi que leurs expériences dans l?import-export pourra être mise à profit afin de galvaniser l?activité du port franc dans son ensemble.

Selon Aslam Kathrada, les multinationales ? les producteurs d?articles électroniques en particulier ? devront êtres encouragées à faire de Port-Louis leur centre de distribution pour la région. La MFA, consciente de ces possibilités, a déjà une stratégie dans ce sens. Elle organise une mission au mois d?avril en Afrique du Sud pour vendre le port franc en tant que marketing hub régional auprès des grandes sociétés de ce pays.

Le secteur recense 233 sociétés, dont presque la moitié sont des exploitants de poissons. Du nombre restant, selon des sources avisées, il y en a qui ne sont pas tout à fait opérationnels. La notion d?hypermarché dans le port franc n?a pas fait beaucoup d?adeptes. Il y a encore trop de prestataires avec des magasins presque vides qui ne commandent les marchandises que lorsqu?ils reçoivent une demande du client. Dans un port d?éclatement et de consolidation digne de ce nom, un acheteur doit pouvoir trouver toute la gamme de produits recherchés sous un seul toit.

?Seafood hub?

Outre d?attirer de nouveaux opérateurs dans le secteur, la MFA s?engage aussi à trouver et à développer de nouveaux marchés. Une mission de prospection sera entreprise prochainement en Australie conjointement avec le Board of Investment (BOI) et les développeurs du port franc. Les autorités comptent également mettre en place une vitrine dans la zone du port franc à Mer-Rouge pour la promotion des produits des opérateurs. Aux dires d?Aslam Kathrada, le projet de vitrine devra être beaucoup plus ambitieux pour qu?il puisse susciter un véritable intérêt auprès de la clientèle internationale. ?Il faudra développer un vaste espace qui puisse abriter à la fois un centre d?exhibition et un centre commercial tel qu?il existe à Dubayy. Tout le monde, le client corporate de même que le touriste pourra y faire des achats en hors taxes?, explique-t-il.

L?attrait du port franc mauricien est aussi entamé par des obstacles d?ordre financier. Le coût de l?entreposage, même s?il est compétitif par rapport aux tarifs en vigueur à Dubayy et dans certains grands ports de l?Asie du sud-est, est jugé trop élevé par les opérateurs.

Depuis quelque temps, le gouvernement a décidé d?injecter du sang neuf dans l?activité du port franc. C?est ainsi que la politique de faire de Maurice un seafood hub est prise très au sérieux tant par les décideurs politiques que par le secteur privé. Le nouveau créneau identifié fait actuellement l?objet de consultations au plus haut niveau entre le gouvernement et le Joint Economic Council (JEC). Le but est de faire de Port-Louis, une zone par excellence d?entreposage, de transbordement et de transformation des produits de mer.

La MFA s?y met déjà. En sus des actions en vue de promouvoir le port franc comme une plate-forme à valeur ajoutée pour les commodités en question, elle envisage également des études comparatives destinées à établir les forces et les faiblesses des segments identifiés.

L?apport des développeurs est incontournable dans l?exécution de cette vision. Froid des Mascareignes, propriétaire des entrepôts au froid, a augmenté ses capacités de stockage. D?autres développeurs, dont le Mauritius Freeport Development (MFD) ont des projets d?expansion pour être plus à même d?accommoder cette nouvelle activité. A fin 2003, la superficie totale des chambres froides dans le port franc était de 73 000 mètres cubes.

Les principaux types de produits réexportés par ordre d?importance en 2003 sont les accessoires de textile-habillement, les produits de mer, les machines et équipements électroniques, les produits chimiques et pharmaceutiques, les produits alimentaires, les véhicules et les pièces détachées pour voitures.

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