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Un loto high-tech proposé

28 février 2005, 20:00

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Assis sur un tabouret dans sa petite roulotte en tôle, le vendeur de billets de loterie grille sa cigarette. Il a l?air terriblement ennuyé. Il guette les mouvements de la foule au marché de Flacq, en attendant que les abonnés se pointent pour collecter leurs liasses vertes, enroulées de bandes élastiques. Entre-temps, ce vendeur se contente de vendre quelques ?billets fanés? aux passants.

Cette partie du folklore mauricien est appelée à disparaître. La mort tant annoncée de la loterie verte s?approche lentement mais sûrement. D?ici la fin de l?année, elle disparaîtra de la circulation, mettant fin à une tradition vieille de 65 ans. La loterie nationale change de format, délaissant le traditionnel pour la haute technologie.

D?ici quelques mois donc, les Mauriciens diront adieu aux billets pré-numérotés recouverts de signatures, estampillées et arrachés de talons. A la place, ils joueront au loto tout comme les Britanniques, les Américains et les Français. Le procédé du jeu est simple : il suffit de choisir des cases numérotées sur un carton qu?on enregistre ensuite en le soumettant à un point de vente avec une somme d?argent. La tabagie ou le supermarché disposera d?un terminal informatique, lui-même relié à un ordinateur central situé au quartier général de la loterie nationale à Port-Louis. Le terminal pourrait même être self-service, comme un guichet automatique bancaire. Reçu en main, le client n?a plus qu?à attendre le tirage qui devrait normalement être retransmis en direct à la télévision et à la radio.

La compagnie choisie d?ici mai

Les veinards ayant coché tous les numéros tirés se partagent la cagnotte. Celle-ci varie en fonction de la vente de la loterie. Plus les Mauriciens joueront, plus la cagnotte sera attrayante. Des prix de consolation sont réservés aux joueurs ayant coché une partie des bons numéros. Tout comme pour la loterie verte, les joueurs pourront se regrouper en syndicats afin de participer à chaque tirage avec la même série de numéros. Les prix non réclamés seront versés au National Solidarity Fund.

Le loto mauricien sera toutefois géré par une entreprise privée. Cette compagnie proposera les détails du jeu même si le gros du format a déjà été imposé par l?Etat. La privatisation de la loterie nationale est une opération de taille. Il ne suffit pas seulement de concevoir un jeu mais encore de savoir encaisser et redistribuer les recettes. Cinq firmes sont en lice pour le juteux contrat de la Mauritius National Lottery (MNL) : la Compagnie des Jeux de l?Océan-Indien, SIT-Essel Group, Maurilot Consortium, Thema Consulting et Canadian Bank Note-Corolottery. Ces sociétés sont constituées de firmes étrangères spécialisées dans l?organisation de loteries et s?étant associées avec des partenaires mauriciens.

Le ministère des Finances, qui étudie les cinq projets, devrait faire connaître son choix d?ici mai. Les propositions porteront sur le pourcentage des recettes qui sera versé au MNL Fund. L?argent de ce fonds, qui sera géré par un comité comprenant des représentants de l?Etat, servira à financer des projets dans les domaines de la santé, de l?éducation et du social.

La somme qui sera encaissée par la compagnie gérant la loterie fera certainement polémiquer. A l?étranger, la pratique est de prélever une commission sur les recettes car l?organisateur investit pour stimuler les ventes. Ce qui n?est pas nécessairement au profit des bonnes causes.

La compagnie choisie aura le monopole de l?organisation de la loterie nationale pendant sept ans. Elle aura le loisir de déterminer le concept du jeu et même de le modifier à son gré, en contrepartie d?une licence annuelle de Rs 500 000 et d?une garantie bancaire de Rs 5 millions. Contrairement à la loterie verte, il faudra un permis spécial pour être revendeur de la MNL.

Le lancement du loto mauricien devrait causer une véritable frénésie au pays des ?zougadères?. La loi votée l?an dernier a placé certains garde-fous. Par exemple, il sera interdit à un mineur de jouer. Cependant, elle ne s?attaque pas aux risques de dépendance du jeu. Les critiques du loto affirment que ce jeu est ?une taxe sur les pauvres? car ceux se trouvant au bas de l?échelle sont tentés de jouer massivement afin de remporter le pactole. L?Etat supervisera de près les responsabilités du futur opérateur. Au ministère des Finances on fait comprendre que ?le gouvernement privatise l?organisation, mais la loterie reste la propriété de l?Etat?.

Un superbe pactole

Chaque année, les loteries d?Etat engloutissent 140 milliards de dollars à travers le monde. Toutefois, 71 % de ces revenus sont réalisés aux Etats-Unis et en Europe. En attendant de connaître les détails du loto, les aspirants organisateurs du loto mauricien salivent déjà. Dans sa forme actuelle, la loterie verte est jugée peu attrayante mais arrive quand même à vendre 70 millions de billets chaque année. Cela rapporte Rs 400 millions. En décembre 2004, alors que le ticket se vendait à Rs 10 et le prix vedette se chiffrait à Rs 10 millions, la Mauritius Lotteries a pu écouler 10 millions de billets. Après paiement des lots, elle a encaissé Rs 57,7 millions. La privatisation de l?organisation équivaut à un partage des recettes entre le gouvernement, les bonnes causes et l?organisateur.

Vu l?attachement des Mauriciens aux jeux de hasard, un superbe pactole les attend tous. Entre-temps, le pays pourrait bien se muer en paradis de ?zougadères?. La frénésie de la loterie sera stimulée par la pub, la publicité autour de la cagnotte, et la retransmission en direct des tirages. Et quand on sait que des cartes à gratter pourront également être lancées quelques temps après le loto, on peut déjà parier sur une nation de joueurs.

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