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Un leurre
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
L?enthousiasme que suscite le projet de loi instaurant l?égalité des chances peut rapidement céder la place à la désillusion. En vérité, l?«Equal Opportunities Bill», qui sera présenté à l?Assemblée nationale le 11 novembre prochain, risque d?être tout simplement un leurre.
D?abord, il y a des perceptions à corriger. Beaucoup de Mauriciens pensent que la nouvelle loi ne concernera que la fonction publique et les institutions parapubliques. Ce n?est pas le cas. Cette loi aura un champ d?application qui s?étend jusqu?au secteur privé. Du moins, c?est ce que laissent comprendre ses concepteurs. Le programme électoral de l?Alliance sociale fait mention du projet de loi en ces termes : «Nous poserons les bases législatives et de capacité nécessaires pour assurer l?équité dans le recrutement, la promotion et le développement de carrière dans les secteurs public et privé par l?adoption et la mise en ?uvre d?un ?Equal Opportunities Act?.»
Ensuite, ce projet de loi crée des espoirs mal fondés en ce qui concerne les emplois dans la fonction publique. Même si la loi s?avère efficace et élimine totalement les passe-droits et le favoritisme, le problème de fond ne sera pas réglé pour autant. Il y aura toujours, dans les services publics, une représentativité mal équilibrée des groupes ethniques. Des pans entiers de la société, désavantagés par les conditions difficiles de leur scolarité, continueront à se sentir exclus.
Pour arriver à donner à chaque groupe les mêmes chances d?accéder à un poste dans la fonction publique, c?est en amont qu?il faut agir. Il faut que, dès l?école primaire, chaque enfant ait les mêmes opportunités pour acquérir les qualifications nécessaires pour postuler à un emploi dans la fonction publique. Or, le gouvernement a fait marche arrière sur la démocratisation de l?accès à l?enseignement quand il a réintroduit la compétition au CPE et a inventé les «National Colleges» pour privilégier l?élite.
C?est par le biais d?un système éducatif juste et égalitaire qu?on peut lutter contre les discriminations. Trop souvent, nous invoquons l?alibi de la communauté ou de la caste quand nous ne parvenons pas à décrocher un emploi. Nous ne sommes pas assez conscients du fait que les recrutements des fonctionnaires sont faits à partir de règlements prescrits par la loi et qui ne souffrent aucune dérogation.
Le président de la PSC, Régis Yat Sin, révélait en mai dernier que la commission devait remplir 2 400 postes vacants en 2007. Elle avait reçu 54 000 demandes pour ces postes. Forcément, il en résulte beaucoup de frustration. L?erreur serait de croire qu?un «Equal Opportunities Bill» mettrait fin à cette situation.
Il faut une action politique bien plus vaste que le passage d?une loi et la création d?un tribunal pour garantir l?égalité des chances. C?est comme le combat contre la corruption. Le PoCA a bien été adopté, l?ICAC mise sur pied, mais on n?a guère avancé.
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