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Un laboureur a frôlé le pire

26 juin 2004, 20:00

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Abdool Farouk Hurroo l?a échappé belle. Deux mois et demi après avoir été agressé sur son lieu de travail, il a toujours des difficultés à manger normalement. Parfois, les douleurs qu?il ressent au cou et à la gorge sont si aiguës qu?il perd le sommeil. Mais il est reconnaissant envers ses amis de l?avoir tiré de ce mauvais pas, ce 12 mai. « San zot mo pa ti pou la zordi. Mo remercie bon dié? », dit-il en touchant la minerve qui lui maintient le cou depuis cette date fatidique.

Laboureur sur le chantier du terrain de golf de Bel-Ombre, cet habitant de Chemin-Grenier a l?habitude de prendre son petit-déjeuner sur son lieu de travail, vers 7 heures 20, avant d?aller au labeur.

Ce 12 mai ne déroge pas à la règle. Abdool Hurroo est assis par terre et prend son repas en compagnie de ses collègues. Tout à coup, il entend le Project Manager, un Sud-Africain, vociférer dans son dos. « Li ti pe coze for for en anglai, ti pe zoure. Li ti parait bien en coler? », raconte-t-il.

« Line donne ene calotte dans mo catora diriz »

Abdool Hurroo n?y prête guère attention et continue à manger. Selon lui, l?homme excité s?est dirigé vers lui et d?un geste violent, il a envoyé son bol valser dans les airs. « Line donn ene calotte dans mo catora diriz. Mo pa ti atan ene zafer pareil? » Le pauvre homme reste bouche bée. Mais il n?est pas au bout de ses surprises. Selon ses dires, le Sud-Africain lui aurait alors asséné un coup de poing en plein visage. Étourdi par ce coup violent, il perd l?équilibre et tombe à la renverse. Il tente vainement de se relever. C?était au tour du fils de son agresseur de revenir à la charge.

Les larmes brouillent ses yeux lorsqu?il raconte sa mésaventure. « Line rode trangle moi, mone comence touffe. Mo senti mo la tet pe eclate, mo zoreil ine bouche, mo pe rode crier mais ene son pa pe sorti. Resema mo bann camarade ine separ li, sinon pa conne ki ti pou ariv moi? »

Les policiers de Baie-du-Cap sont appelés par le Project Manager, poursuit-il. Abdool Hurroo raconte que lorsqu?ils quittent les lieux, son patron le somme de partir. « Leten mo rentre lacaze mo fine vomi disan. » C?est alors qu?il décide de porter plainte au poste de police de Baie-du-Cap. Muni de sa Form 58 il se rend à l?hôpital de Rose-Belle. Il passe ensuite trois jours à l?ENT Hospital de Vacoas. Malgré les soins qu?il a reçus, sa santé reste fragile. Il affirme être dans l?incapacité de travailler.

Pour quelles raisons son employeur et son fils l?auraient agressé ? Abdool Hurroo n?en sait rien et se demande « ki fer ? »

La version du Project Manager qui est totalement différente, a été consignée dans une déposition le 14 mai pour coups et blessures. Il a déclaré qu?il a été pris à partie par les employés après leur avoir fait une remarque, pendant qu?ils mangeaient. En colère, les ouvriers ont tenté de le battre et de l?agresser à coups de pioche. Dans l?attaque, les travailleurs ont déchiré sa chemise. Le Project Manager a cité son fils comme témoin.

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