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Un jeune imprégné de la logique du droit
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Un jeune imprégné de la logique du droit
Autant face à un tel résultat, certains auraient été imbus d?eux-mêmes, autant c?est l?humilité qui prime chez Preetam Chuttoo, Senior Court Officer à la Cour Suprême. Ce jeune homme de 34 ans, cadet d?une famille de quatre enfants n?a pourtant rien obtenu sur un plateau. Ce qu?il a eu en revanche, ce sont des personnes qu?il appelle ses «anges gardiens», placés çà et là sur sa route pour lui donner un coup de pouce et le faire avancer.
Ce fils d?un chauffeur à la sucrerie de Rose-Belle et d?une femme au foyer, aime apprendre. Après des études entamées au Curepipe College, il complète sa Form VI au Sookdeo Bissoondoyal SSS et est le premier en General Paper pour Maurice. Il aurait bien voulu poursuivre des études supérieures mais les revenus familiaux ne le lui permettent pas. Preetam essaie de trouver un emploi dans le privé. Les interviews qu?il passe ne donnent toutefois rien.
Son premier «ange gardien» est le boulanger Nazir Fareedun de L?Escalier. «On était en décembre et il n?avait pas besoin de bras supplémentaires. Mais il a senti que j?étais dans l?embarras et m?a embauché.» Pour pouvoir profiter de cet emploi, le jeune homme emménage à L?Escalier. Il n?a que quatre petites heures de sommeil au quotidien car il doit se lever tôt pour s?affairer à la boulangerie. Et pendant la journée, il travaille dans la pâtisserie de Hassan Boodhun, beau-frère de son bienfaiteur.
En lisant le journal, Preetam note que la Public Service Commission recrute des greffiers et des officiers pour le ministère de la Sécurité sociale. A tout hasard, il postule et n?y pense plus. Jusqu?à ce qu?il reçoive deux courriers le même jour. La première lettre est du ministère de la Sécurité sociale qui l?accepte. La seconde émane du judiciaire qui souhaite l?embaucher comme Trainee Court Officer. «On m?avait dit que dans le judiciaire, j?apprendrais beaucoup. Comme je voulais apprendre, j?ai saisi l?occasion.»
«Le magistrat Bellepeau a estimé que j?en étais capable et m?a conseillé de me faire enregistrer comme external student auprès de l?univer- sité de Londres. »
Il est affecté à la cour de Mahébourg. Et ce, pendant six ans. Ses salaires lui permettent de faire construire un étage sur la maison de ses parents et ainsi d?offrir un toit à Preety, institutrice à la Midlands Government School, qu?il épouse et qui lui donne deux fils, Ashley, huit ans et Asheel, quatre ans. Les magistrats et en particulier Nicolas François Ohsan-Bellepeau, sont impressionnés par sa faculté à traduire et transcrire simultanément le kreol à l?anglais tandis qu?un témoin dépose. Il fait l?exercice inverse verbalement lorsque la déposition est terminée. Le magistrat Bellepeau qui est son deuxième «ange gardien», l?appelle un jour dans son bureau et lui demande s?il ne serait pas intéressé par le droit. Preetam réplique qu?il n?y a pas pensé. «C?est la partie que j?aime le plus dans mon histoire», raconte en riant le jeune homme. «Le magistrat Bellepeau a estimé que j?en étais capable et m?a conseillé de me faire enregistrer comme external student auprès de l?université de Londres.»
L?idée fait son chemin dans la tête de Preetam. Le seul obstacle à ce projet, c?est les finances. Il contracte trois emprunts pour pouvoir payer ses cours de droit à Rs 350 000. Alors qu?il s?apprête à les démarrer, son jeune frère de 18 ans tombe malade et meurt en l?espace de 24 heures. Pour lui et sa famille, c?est le choc. Affligé par ce deuil, son père dépérit et disparaît à son tour un an après. Dix mois plus tard, c?est au tour de sa mère de trépasser. On est alors à un mois de ses examens de Bachelor in Law qui sont conduits par le Mauritius Institute of Education. Tout au long de ces moments pénibles, Preetam est soutenu par le magistrat Bellepeau qui lui explique les cours et corrige même ses devoirs.
Le jeune homme qui est nommé Senior Court Officer et muté à la Cour Suprême, s?astreint à une discipline d?enfer. A son retour à la maison l?après-midi, il dort deux à trois heures puis se met à étudier de 20 heures à 3 heures du matin. Le fait que le magistrat Bellepeau soit transféré en cour intermédiaire lui permet de continuer à bénéficier des conseils du premier nommé. Preetam s?applique tant qu?il obtient en 2004 l?award du Best External Student de l?université de Londres. Il remet cela avec le même award en 2005 lorsqu?il décroche un second class (Upper Division) LLB Honours. Il obtient 75 points sur 100 en law of evidence et 71 points sur 100 en Jurisprudence. Ce qui n?est pas rien. «Le magistrat Bellepeau disait que le droit est logique et que j?étais fait pour cela. Il avait raison. Si je ne l?avais pas rencontré, je n?aurais jamais commencé des études de droit et je n?aurais peut-être pas eu le résultat que j?ai obtenu. Il m?a fait confiance.»
A une carrière d?avocat, de notaire ou d?avoué, c?est pour cette dernière qu?il opte. «En étant avoué, je conserve le drafting que font les notaires et j?ai aussi l?occasion d?aller en cour comme les avocats.» Il prend alors huit mois de congé sans soldes pour entamer le Vocational Course for Attorneys auprès du Council of Legal Education. «C?était très dur car il y avait 24 nouveaux sujets à maîtriser.» Pour faire vivre les siens, il donne en parallèle des cours de law of evidence et de droit de la famille dans un local à Port-Louis. Là encore, il peut compter sur l?encadrement professionnel du magistrat Bellepeau.
Lorsque les résultats tombent il y a 15 jours, Preetam est aux anges. Il sort second. Il a toutefois une pensée spéciale pour tous les détenteurs de LLB qui ont participé au même examen et qui n?ont pas réussi. «Ils n?ont pas démérité. C?était juste un manque de chance, voilà tout.»
Preetam déborde de reconnaissance pour son épouse, de même que pour le magistrat Bellepeau, et pour le président et des chargés de cours du Council of Legal Education. Sans oublier ses collègues et amis. S?il est techniquement avoué, il doit encore faire son pupillage d?un an. Etant déjà dans le judiciaire, c?est à la Chambre des avoués du parquet qu?il veut l?accomplir. Le privé ne l?intéresse pas. «Je me suis habitué aux salaires du fonctionnaire. Du moment que je peux donner à ma famille un meilleur niveau de vie, cela me suffit. L?argent que j?aurais pu avoir dans le privé n?est pas ma motivation. Je veux simplement être un bon avoué.» Voilà un «oiseau» vraiment rare?
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