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Un fonctionnaire d?une autre trempe
On a tendance à ne voir en les fonctionnaires que des planqués, accrochés à leur sécurité d?emploi et à leurs horaires de travail sacro-saints. Nityanand Lobind, assistant secrétaire au ministère de la Sécurité sociale et heureux bénéficiaire d?une bourse de la prestigieuse Ecole nationale d?administration (ENA) française, nous montre à quel point cette image est réductrice. Lui, a quitté l?enseignement pour la fonction publique après presque 20 ans de carrière dans l?éducation.
Et pourtant, entre la possibilité d?obtenir un diplôme en entreprenariat auprès de l?université de Maurice et celle d?entrer à l?Institut de Pédagogie pour se faire enseignant, c?est cette seconde option qu?a choisie ce natif de Flacq après des études secondaires au collège Bhujoharry à Port-Louis. «L?enseignement était mon premier amour», confie-t-il. Son diplôme obtenu, au sortir de l?Institut de Pédagogie, il travaille deux ans dans le privé, enseignant l?anglais et le français au collège professeur Basdeo Bissoondoyal et ensuite au JSS de Flacq.
Son premier risque, il le prend en 1982. A l?époque, le ministère du Plan recrute des enseignants pour les Seychelles. Nityanand qui n?a pas encore noué des attaches sentimentales, part tenter l?aventure. Il ne le regrette pas. «J?ai aimé les Seychelles dès mon arrivée. Le pays était très discipliné. C?est là que j?ai vraiment appris à le devenir.» Cet état de choses colore également ses rapports avec les étudiants. Ce qui fait que leurs relations sont très formelles. Mais cela ne dérange pas Nityanand outre mesure.
A un moment donné, il regagne Maurice pour épouser Anita qui exerce actuellement comme Personal Officer au ministère de la Santé. C?est tout naturellement que la jeune femme suit son mari aux Seychelles où elle intègre le monde éducatif, enseignant au National Youth Service. Nityanand passe en tout et pour tout six années dans les îles paradisiaques des Seychelles. D?ailleurs, sa fille Sresta, qui a aujourd?hui 21 ans et qui étudie la science biomédicale à Adélaïde en Australie, est née dans ces îles.
Nityanand et Anita auraient bien prolongé leur séjour, n?était-ce l?apprentissage tardif de l?anglais et le niveau du français qui y est enseigné au primaire à l?époque. «Pendant les trois premières années du primaire, le medium d?enseignement était le kreol. Ce n?est qu?à partir de la quatrième année que les enfants étaient initiés à l?anglais. Et puis, le niveau du français qui était enseigné à ce moment-là par des Belges et des Guinéens, était très bas. Nous pensions à l?avenir de Sresta. Ces raisons nous ont poussés à regagner Maurice.»
Avec le recul, il pense avoir fait le bon choix. «A l?époque où nous y étions, les devises étaient en libre circulation. Avec le temps et le démantèlement de l?Union Soviétique, les Seychelles ont accumulé les problèmes économiques et la vie y a beaucoup changé.»
Nityanand retourne à l?enseignement au sir Leckraz Teeloock de Flacq, jusqu?en 2001. Année décisive au cours de laquelle cet homme aujourd?hui quinquagénaire décide d?abandonner l?enseignement au profit de l?administration publique. «Je voulais changer de voie et comme il y avait un concours à passer pour devenir assistant secrétaire dans la fonction publique, je me suis jeté à l?eau.»
Il aurait pu avoir choisi l?administration scolaire par exemple. Et bien non, Nityanand voulait amorcer un virage à 360 degrés et il a été servi. «Je voulais quitter l?environnement de travail scolaire et aussi changer la nature du travail.» Il réussit le concours d?entrée dans le service civil et est aussitôt affecté au ministère du Logement.
La reconversion de l?enseignement à l?administration, avoue-t-il, n?a pas été facile. «Quitter le tableau pour le bureau n?est pas une chose aisée. La fonction publique est un monde difficile.» Ce qui le sauve, c?est d?abord l?aide qu?il obtient de ses collègues. Ensuite, c?est le cours d?administration et de gestion délivré aux nouvelles recrues de la fonction publique. «Mes collègues m?ont appris à traiter les dossiers. De mon côté, je me suis familiarisé aux législations liées au travail. Et puis, en 2003, tous ceux qui avaient été recrutés l?année précédente, ont été envoyés suivre un cours à l?université de Technologie pour décrocher un Diplôme en administration et en gestion.»
Avec cette formation délivrée à plein temps, Nityanand se familiarise aux théories de l?administration. Il découvre aussi son pouvoir en tant que fonctionnaire et les paramètres régissant son champ d?action. «L?administration, c?est une logique de pensée. Nous faisons une proposition à notre supérieur hiérarchique. Proposition que nous étayons avec des cas antérieurs et des lois existantes, tout en mettant en avant la logique des évènements ayant mené à cette recommandation.» Un travail de défrichage en somme. «En quelque sorte oui. Le fonctionnaire assume la responsabilité de sa recommandation.» En 2004, il est envoyé au ministère de la Sécurité sociale. Ce qui lui plaît à ce ministère, c?est l?aide que l?Etat accorde, à travers les contribuables, aux plus démunis de la société.
Ce qu?il apprécie aussi, c?est la préparation des réponses parlementaires reçues le jeudi après-midi et qui requièrent de la recherche et surtout de la rapidité. A la Sécurité sociale par exemple, la ministre de tutelle, Sheila Bappoo, demande une ébauche de réponses dès le vendredi matin. Notre interlocuteur doit donc emmener du travail à la maison.
Les dossiers prioritaires dont il a la charge sont la NATReSA et les organisations non gouvernementales qui y sont affiliées, de même que le Sugar Industry Labour Welfare Fund. Les deux projets capitaux retenant son attention sont l?inauguration prochaine et l?opération sur une base pilote d?un centre résidentiel pour les polyhandicapés à Pointe- aux-Sables et la construction prochaine d?un centre récréatif à Belle-Mare. Son département est embarqué dans un ambitieux projet de constitution de registre social. «C?est une base de données de tous les bénéficiaires des aides sociales. Ces chiffres sont disponibles mais éparpillés au sein de plusieurs ministères. Là, nous allons les regrouper sous un seul département, le Social Register.» Nityanand est heureux d?avoir pu décrocher la bourse de l?ENA à sa troisième tentative. «En 2005, j?ai essayé mais cela n?a pas marché, bien que j?ai été jusqu?au niveau de l?entretien. En 2006, je n?ai pas pu participer à l?épreuve écrite. Cette année, c?était la bonne.» Aller à l?ENA, explique-t-il, était son rêve. «Lorsque je suivais la formation en administration et gestion à l?université de Technologie, Raj Mudhoo, qui était à l?époque chef du service civil avant d?être Senior Chief Executive au Prime Minister?s Office, était un de nos intervenants réguliers. A chaque fois, il faisait référence à l?ENA. Sa façon d?en parler me donnait l?envie d?y être.»
«Je voulais changer de voie et comme il y avait un concours à passer pour devenir assistant secrétaire dans la Fonction publique, je me suis jeté à l?eau.»
Il dit attendre beaucoup des stages de l?ENA. «Cette formation m?aidera à me familiariser au système d?administration française alors qu?ici, notre système est anglais. La France étant davantage alignée sur le modèle européen, cela me permettra de comparer nos administrations et voir ce que l?on peut adapter à Maurice pour rendre la fonction publique plus efficiente.»
A l?issue de sa formation à l?ENA, il regagnera Maurice et se coulera dans la structure existante. Un seul fonctionnaire peut-il faire bouger les choses ? «C?est sûr que seul, je n?arriverai pas à grand-chose. Il y a une vingtaine de fonctionnaires mauriciens à avoir été formés avant moi à l?ENA. A la Sécurité sociale même, Jaya Sooben, la Principal Assistant Secretary, a suivi une formation dans cette prestigieuse école. Il y a un projet de constitution d?association d?anciens de l?ENA qui est en gestation. C?est par ce biais que nous pourrons peut-être influencer les choses pour le meilleur dans la fonction publique.Tout comme ces fonctionnaires-là auraient pu contribuer à la formation à l?université de Technologie.»
Appelé à porter un regard critique sur la Fonction publique, Nityanand se contente de répéter notre question. «La fonction publique pèche par quoi ?» Et d?enchaîner en évoquant l?introduction prochaine du Performance Management System et du Programme Based Budgeting. «Si l?on applique ces deux mesures de réformes, elles devraient rendre la fonction publique plus efficiente.»
Et quid d?un bon dégraissage ? Là, Nityanand ne se contente plus de formules mais lâche un «No Comment». Il n?est pas au ministère des Affaires étrangères mais en termes de diplomatie, c?est tout comme?
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