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Un demi-siècle au service du village
Vivre & Laissez-Vivre. C?est sous cette enseigne évocatrice qu?opère depuis 50 ans la boutique de Hamid Elaheebaccus, à L?Avenir. Très en verve, malgré le poids de ses 68 ans, il échange, de temps à autre, un brin de causette avec ses clients, dont ceux qu?il a côtoyés depuis le lancement de son commerce.
La boutique est à côté de la maison des Elaheebaccus. ?Avant, le bâtiment était en tôle. Après le passage de différents cyclones, dont Carol, Alix et Gervaise, nous avons décidé de construire en dur?.
Au départ, le jeune Hamid fait ses premières armes comme boutiquier aux côtés de son père, Azize Elabeebaccus. La situation est difficile parce que les clients sont, pour la plupart, des laboureurs qui travaillent dans les champs de canne. Mais père et fils sont déterminés à faire prospérer leur petit commerce.
?Nous fournissions aux habitants leur ration à crédit, dont les grains secs, le riz (à 50 sous la livre), le sucre (à 32 sous la livre) et l?huile comestible. Ils s?endettaient même pour pouvoir faire des provisions pour les mariages. Nous avons subi des pertes parce que beaucoup de gens n?arrivaient pas à s?acquitter de leurs dettes?, explique le sexagénaire.
A l?époque, les Elaheebaccus redoutaient la saison des pluies. Comme ces laboureurs étaient des journaliers et ne bénéficiaient d?aucune allocation de transport, ils rentraient à la maison les poches vides. ?Notre situation financière empirait parce que tout le monde achetait à crédit?.
- Elaheebaccus se marie. De cette union, seront issus deux fils. Mais la famille arrive difficilement à joindre les deux bouts. Pour subsister, il met à contribution son talent de menuisier.
?Je faisais l?encadrement de photos. Je gagnais alors Rs 1.50 par photo?.
- Les revendications à travers le syndicat SILU-UASI portent leurs fruits. Les conditions de travail des laboureurs s?améliorent considérablement et la vente à crédit enregistre une importante baisse. Ce qui remet à flot la boutique.
Du lever au coucher du soleil
Avec la prolifération des supermarchés, la boutique se retrouve encore en difficultés. Elaheebaccus décide de diversifier ses activités en vendant également des pièces de rechange pour les voitures et camions.?Lorsque mon frère, Mooneeroodeen, a ouvert un atelier mécanique à L?Avenir, il m?a donné cette idée parce qu?il n?y a aucun magasin de pièces de rechange dans la région de L?Avenir, Beau-Bois, La Laura-Malinga, Nouvelle-Découverte et d?autres villages avoisinants.. J?achète ces pièces des grossistes pour les revendre ensuite?.
Elaheebaccus est derrière le comptoir de sa boutique ?du lever au coucher du soleil?. Il est aidé de son fils, Rahmattullah. ?La boutique fait vivre ma famille, dont mon épouse, mes deux fils, ma bru et mes trois petits-enfants?.
Travailleur social, Elahee-baccus a aussi servi comme président du village en 1972. ?A l?époque, le conseil de village tenait ses réunions dans ma boutique. Aujourd?hui encore, la boutique demeure un lieu de rencontres où des habitants évoquent leurs problèmes?. C?est grâce aux démarches entreprises par Elaheebaccus que L?Avenir a été doté d?un terrain de foot. Membre de la société Masjid Himayat-e-Islam, il a aussi été un élément catalyseur dans la reconstruction en 1964 de la mosquée fondée par le Maulana Abdul Aleem Siddiqui en 1932. Elaheebaccus est aussi trésorier de l?association du troisième âge de la localité. Pour la petite histoire, Elaheebaccus a donné le nom de Vivre & Laissez-Vivre à sa boutique à partir d?une phrase prononcée par Max Moutia dans une émission radiophonique.
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