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Un coup qui intrigue
La nomination de Kailash Ruhee au poste d?ambassadeur aux Etats-Unis a surpris beaucoup de monde. Cet homme qui jouait un rôle-clé dans l?équipe dirigeante va se recycler dans la diplomatie où il n'aura pas réellement les moyens d'exercer ses compétences. Vraiment, personne n?arrive à comprendre les raisons derrière ce subit changement de carrière.
De toute évidence, le départ de Kailash Ruhee pour la chancellerie mauricienne à Washington ne peut être considéré comme une promotion. Il est aujourd?hui réduit à assurer la succession de? Usha Jeetah. Certes, le nouvel ambassadeur ne se résignera pas, lui, à être un acteur quasi-insignifiant dans le grand jeu de la diplomatie mais il n?en reste pas moins que sa pointure le prédestine à un rôle plus important. Il répondait bien aux critères requis pour la fonction de catalyseur au bureau du Premier ministre.
Ce n?est certainement pas parce qu?aucun autre candidat valable n?était disponible que le Premier ministre a sollicité son bras droit Kailash Ruhee pour le poste d?ambassadeur à Washington. De nombreux noms avaient été cités pour ce poste prestigieux : l?ex-ambassadeur Chit Jesseramsing, l?actuel ?Trade commissioner? mauricien à Washington, Vinod Busjeet, le secrétaire aux Affaires extérieures Anand Neewoor, etc.
En l?absence d?explications convaincantes sur la décision d?envoyer Kailash Ruhee à Washington, plusieurs hypothèses peuvent être avancées. On peut y voir une tentative de se débarrasser de ce dernier parce que la haute sphère du pouvoir s?accommode mal d?une entorse à une règle non écrite de quotas. On peut encore spéculer sur une éventuelle difficulté du ?Chief of staff? de s?adapter au tempérament de son chef hiérarchique. Rien n?est sûr. L?intrigue est encore loin d?être dévoilée.
En apparence tout au moins, tout allait bien entre le Premier ministre et son ?Chief of Staff?. Kailash Ruhee est devenu au fil des mois la cheville ouvrière du bureau du Premier ministre. Il a su assurer l?interface entre le chef de l?exécutif et les divers ministères pour faire avancer bien des dossiers. Il a surtout été un trait d'union efficace avec le secteur privé. Prisonnier de son discours anti-gros capital, Navin Ramgoolam tient à distance les capitaines d?industrie. Kailash Ruhee, qui a un passé de politicien et de consultant chez DCDM, est l?homme de la situation quand il faut jouer un rôle de médiation et renouer des liens brisés entre le gouvernement et les patrons.
Son départ étant décidé, il ne reste plus qu?à espérer que Kailash Ruhee pourra, dans sa nouvelle fonction, impulser une nouvelle dynamique aux liens entre Maurice et les Etats-Unis même s?il ne s?y est pas préparé. Pendant longtemps, la position mauricienne s?est concentrée sur un unique enjeu. Elle visait à obtenir la dérogation aux règles d?origine de l?Agoa. L?objectif était de permettre à nos fabricants de vêtements d?importer des matières premières des pays tiers et de continuer néanmoins à bénéficier d?un accès préférentiel sur le marché américain. Il faut désormais changer son fusil d?épaule. D?autant plus que l?installation annoncée d?une majorité de Démocrates au Congrès peut renforcer le lobby protectionniste aux Etats-Unis.
Avec le retrait de Kailash Ruhee, la course est ouverte pour sa succession. La loyauté constitue naturellement une qualité importante de celui qui deviendra le second de Navin Ramgoolam mais, plus encore, celui-ci devra être un homme d?action, un haut cadre doté d?une culture managériale, un politicien sachant arrondir les angles, bref, être un Kailash Ruhee bis.
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