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Un concours interpellant nos réflexes sculpturaux

25 mai 2008, 00:00

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On pouvait craindre une avalanche de bois, tailladés à la serpette, dans un effort, pas toujours réussi, pour donner figure ou forme humaine à une racine ou à une branche sylvestre, déjà suffisamment expressive de toutes les contorsions géométriques que lui impose sa croissance végétative.

Il n?en fut rien, fort heureusement, lors du dévoilement, particulièrement spectaculaire, des envois des participants finalistes d?un concours de sculptures, ou plus exactement de maquettes de projets sculpturaux, organisé avec son bon sens prophétique coutumier, l?agence Immedia, à l?occasion de ses vingt ans d?existence.

Immedia, que dirige magistralement Rama Poonoosamy, notre ministre des Arts et de la Culture du 11 juin 1982 au 22 mars 1983, et que secondent des collaborateurs aussi dévoués que compétents, dont Darma Mootien, l?inoubliable secrétaire administratif d?Action civique, n?a pas attendu ses 20 ans pour faire preuve de son engagement exemplaire et le plus souvent plein de risques, en faveur d?activités culturelles, artistiques et littéraires à Maurice.

C?est l?une de nos rares entreprises à refuser notre fatalisme ambiant, se résignant à ce que notre pays demeure un désert culturel et ses habitants des béotiens tout juste bons à consommer du culturel importé autant que possible en conserves (CD et DVD piratés, consommation frénétique de produits frelatés d?Hollywood et d?autres fabriques cinématographiques aussi médiocres, télé-feuilletons et autres Saintes Barbes quoti-diennes compris). Et quand notre dernier mais actuel ministre des Arts et de la Culture brille par son absence et par son manque d?initiative, le premier de cette série ministérielle supplée avec bonheur et réussite exemplaires.

Ce concours de sculptures ou plus exactement de maquettes de monuments sculpturaux nous prouve principalement que les sculpteurs ne font pas défaut à Maurice.

Il faut insister sur l?état de maquettes des ?uvres sculpturales qui sont exposées au Front de Mer du Caudan pour quelques jours seulement, hélas. C?est dire que nous ne devons pas attendre, d?une simple ébauche, le fini et la perfection du rendu que les plus critiques d?entre nous sont en droit d?attendre d?une ?uvre achevée, satisfaisant à 100 % son auteur.

Ce qui compte surtout dans les ?uvres finalistes retenues par le jury, choisi par Immedia, et composé d?Ena Carsten, de Mala Chummun Ramyead, de Khalid Nazroo, de Dhyanewar Dausoa et de Krishna Lutchmun, c?est l?idée directrice, ayant inspiré les artistes concernés, partagés qu?ils sont entre les émotions artistiques tourbillonnant en eux et le thème imposé par Immedia : la marche en avant de notre Humanité vers l?Harmonie parfaite et durable.

Le choix de ce jury se porte sur l??uvre de Dharmadev Nirmal Hurry qu?on peut décrire comme un escalier en verre, menant à un globe terrestre que dessinent élégamment trois silhouettes humaines remplaçant nos principaux continents (les Amériques, l?Eurasie et notre mère l?Afrique). Elles essayent de contenir le vide figurant la masse magmatique de notre bonne vieille planète.

On pourrait reprocher à l??uvre ainsi primée, lui donnant droit à un prix de Rs 100 000, un sens des proportions douteux (sphère planétaire trop restreinte ou escalier en verre démesuré). Cette sphère planétaire, simplement esquissée par des formes externes, n?est pas sans rappeler le globe terrestre de feu suggéré, servant de logo au Journal Télévisé de la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone). Il est inspiré. Il n?y a donc rien à redire.

Perfection harmonieuse

Le jury accorde une mention spéciale à Rajmohunsing Rutty qui a l?heureuse idée de sculpter une famille trinitaire (père, mère et enfant) dans un même tronc d?arbre. Les mains levées et entrelacées, surplombant ce trio familial et unitaire, manquent de finesse, mais les visages expriment suffisamment de tendresse humaine pour sauver l?ensemble. On comprend que le jury penche en faveur d?une ?uvre à l?obliquité aussi prononcée.

Veer Rajkumar Kaneeram, Bagooaduth Kallooa et Darmaraja Soorana jettent leur dévolu sur deux ou trois silhouettes humaines (la diversité) tendant les mains vers l?idéal de perfection harmonieuse (l?unité). L?idée conductrice paraît être la même, mais les moyens d?expression diffèrent. L?un choisit la pâte à modeler tourmentée et l?autre le même matériau, mais glacé et poli. Le troisième recourt à la bonne ferraille qu?il découpe pieusement dans le respect des perspectives linéaires et autres élans projetés.

La découpe ferrugineuse de Kallooa est particulièrement forte, dynamique, expressive. D?aucuns s?étonneront qu?elle n?ait pas davantage retenu les préférences d?un jury aussi éclairé et avisé.

La silhouette humaine exhibant un globe terrestre (?) de Pawan Kumar Seewooruttun n?est pas sans rappeler la manière de sculpter d?un Alberto Giacometti, en donnant, à la matière travaillée, une consistance dramatique, sinon tragique. Notre Humanité, émergeant d?un abîme marécageux et recevant un salut globulaire, n?aurait pas été plus expressive ni moins parlante.

Si l?on ne peut guère louer le fini de la maquette de Nirva Badhai, cet artiste particulièrement inspiré fournit, cependant, l?exemple éclairé de ce qu?il faut faire en matière de centres culturels ethnico-religieux. Nous pouvons seulement lui reprocher son manque d?ambition qui le limite à seulement quatre façades socioculturelles différentes (hindouisme, islam, bouddhisme chinois et christianisme) d?un même et unique bâtiment (le mauricianisme). Quatre entrées différentes, symbolisant quatre modes de pensée et de prières différentes, ne suffisent pas. Il nous fait penser davantage à une étoile à multiples pointes, sinon à un oursin.

Chaque entrée pourrait être assez différente pour n?inspirer qu?une section bien définie de notre population salade de fruits. Les entrées chrétiennes pourraient comprendre, par exemple, le catholicisme (officiel et malaise créole), l?anglicanisme, les différents protestantismes, l?Eglise adventiste, les différentes sectes chrétiennes, les civilisations africaines annihilées par le christianisme. On peut procéder à autant de visions et donc d?entrées différentes pour nos autres religions et civilisations.

Différents, mais unis

Il ne faudrait pas craindre de multiplier à l?extrême, mais seulement à l?entrée, nos différences culturelles et cultuelles infinies, mais à la condition expresse que toutes ses entrées différentes conduisent progressivement, mais obligatoirement vers le mauricianisme le plus unitaire et le plus harmonieux, grâce à un jeu de panneaux et de documentation explicatifs, respectant toujours la démarche, conduisant de la différence la plus grande et la plus extrême au mauricianisme le plus unitaire et le plus harmonieux.

Au centre de cette étoile, se retrouverait donc dans une salle commune mais assez grande pour contenir l?ensemble des visiteurs-pèlerins, des Mauriciens éclairés, comprenant parfaitement que nous pouvons être à la fois différents, mais suffisamment unis et sécurisés, pour oser l?effort de connaître de l?intérieur la culture de l?Autre. Le centre culturel, à la fois diversifié et unificateur, de Nirvana Budhai prouve parfaitement que nous pouvons entrer sectaires dans un lieu inspiré pour en sortir partisans convaincus d?un mauricianisme intégral sans reproche car totalement ouvert sur la culture de l?Autre, les cultures des Autres, de nos frères et s?urs, faisant partie de la grande famille mauricienne.

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