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Un casse-tête nommé roupie
Notre bonne vieille roupie s?essouffle. C?est la faute à l?économie. Les industries qui étaient prospères hier, plombent désormais la performance économique du pays. Et quand une économie va mal, le cours de sa monnaie ne tarde pas à en faire les frais. À moins que n?intervienne l?acteur majeur, la Banque de Maurice, officieusement « aiguillée » par le ministère des Finances.
Quasiment tout le secteur privé local harcèle le gouvernement pour qu?il amène la Banque de Maurice à intervenir. Objectif : faire déprécier la roupie face à l?euro et au dollar. Inutile de parler de dévaluation. Les hommes politiques, tous bords confondus, sont encore traumatisés par les dévaluations de 1979 et 1981. On n?est donc pas prêt d?entendre le ministre des Finances, Rama Sithanen, évoquer cette éventualité. Alors, quand on veut éviter l?impact psychologique d?une dévaluation, on adopte une méthode plus insidieuse mais tout aussi efficace : celle de la dépréciation. « Laisser la roupie se déprécier revient à la dévaluer », insiste un expert financier. Dans les faits, la roupie a perdu 5,3 %, 7,5 % et 8,8 % de sa valeur contre le dollar, la livre sterling et l?euro respectivement. C?est une tendance qui se poursuit depuis les années 80.
La dépréciation, un mot qui sonne bien
La dépréciation est un mot qui sonne bien aux oreilles de nos industriels et de nos banquiers. C?est pour cela qu?ils la réclament à cor et à cris. La raison est simple. Si Maurice perd de sa compétitivité dans le textile, par exemple, du fait d?une main-d??uvre meilleur marché en Inde, elle peut se rattraper en tablant sur une baisse de sa monnaie : la fameuse dévaluation/dépréciation compétitive.Un exemple. Un acheteur américain paye un t-shirt Made in India à 1 dollar.
À Maurice, le taux de change du dollar est à Rs 30, le prix en roupie auquel le fabricant local veut bien vendre son produit aux Américains. Voilà que la Banque de Maurice laisse la roupie se déprécier de sorte qu?il faille désormais Rs 35 pour acheter un dollar. Dans ce nouveau cas de figure, quand l?acheteur américain dépense 100 dollars en Inde, il ne pourra acheter que 100 t-shirts alors qu?avec la même somme, il en achètera 116 à Maurice.
Rien qu?en dévaluant sa monnaie, Maurice s?est rendu plus compétitive. Le raisonnement est valable pour le commerce en euro mais aussi dans d?autres domaines comme le tourisme. C?est donc cette politique de change que le secteur privé veut que la BM mène. Avec beaucoup de conviction, car un autre élément vient les conforter dans leur demande. Les devises sont gouvernées par les lois de l?offre et de la demande. Si l?offre diminue et qu?il y a une pénurie, et que la demande demeure constante ou pire augmente, le prix doit augmenter. C?est justement ce qui se passe sur le marché local.
« Il y a une pénurie de devises », confirment nombre de banquiers. Mais voilà, le prix de l?euro ou du dollar demeure relativement stable. Le dollar autour de Rs 30 alors que l?euro s?est stabilisé à la baisse autour de Rs 37. De quoi rendre les banquiers perplexes et les industriels nerveux ! Et dire que Navin Ramgoolam, le Premier ministre, avait déclaré vouloir laisser le marché déterminer le taux de change des devises. Il faudra repasser.
Mais il est difficile de se montrer trop critique envers la BM et le gouvernement. Dans un monde idéal, c?est-à-dire celui dans lequel Maurice exporterait beaucoup plus qu?il n?importe, la dépréciation serait une politique qui ne rencontrerait aucune réticence majeure. Mais voilà, quand Maurice exporte Rs 27,7 milliards de biens et services durant le premier semestre de 2005, il importe aussi pour Rs 43 milliards. Payables en euros et en dollars !
De la mayonnaise à 2 euros
La situation devient effrayante. Un exemple : un importateur achète un bocal de mayonnaise à 2 euros, à un taux de change de Rs 37. Si le taux passe à Rs 38, le consommateur devra payer son pot Rs 2 plus cher minimum. Car en même temps, le prix du fret aura aussi augmenté du fait de la dépréciation. Et quand on sait que Maurice importe quasiment tout ce qui est vendu localement, les effets d?une dépréciation importante paraissent évidents. Quand le panier de la ménagère passe de Rs 3 000 à Rs 3 600 par mois, les effets sur l?inflation ne tarderont pas à se faire sentir.
On laisse déprécier la roupie, nos industries deviennent plus compétitives, on exporte davantage et les recettes augmentent. En même temps, la facture des importations grimpe, les prix augmentent, les salariés demandent des augmentations pour compenser la perte du pouvoir d?achat. Les industries acceptent, ce qui fait grimper les coûts d?opération. Et les revoilà revenus à la case départ : ils ne sont plus compétitifs !
C?est devant ce problème insoluble que se trouvent gouvernement et banque centrale. Et aucun des deux n?a encore décidé dans quel sens trancher?
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