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Un bilan sans égal
By Touria PRAYAG</B>
Il a 17 ans, son éducation a été faite dans une maison de redressement, sa profession est «tras enn lavi», sa contribution à la société est drogue, vol, viol et violence, son legs un bébé sur le point de naître dans des conditions qui laisseraient croire qu?il éviterait difficilement le parcours de son père. Voici donc le portrait de l?auteur du crime crapuleux de Sodnac.
La victime, une jeune fille avec toutes les espérances des jeunes de son âge. Espérances étranglées d?un seul geste indécent d?un petit monstre qui se réjouit de sa monstruosité. Elle se rendait à ses cours un matin comme tous les jeunes de son âge avec les ambitions légitimes de sa génération. L?émoi et l?indignation de la nation étaient à la mesure de l?ampleur de ce crime et de l?angoisse qui nous habite depuis : elle aurait pu être l?enfant de n?importe qui d?entre nous, imprégnée des valeurs citoyennes qu?on lui aurait inculquées. Elle n?a pris aucun risque, fait aucun faux pas. Si nos enfants ne peuvent même plus être en sécurité en se rendant à leur lieu d?éducation, la société va mal. Très mal.
La police mérite d'être applaudie : elle nous a agréablement surpris par son efficacité et la crapule a été arrachée des bras de sa concubine qui, peut-être, ne savait pas le genre de bête sauvage dont elle portait le f?tus. «Elle m?a mordu», se défend-il. Le pauvre chéri ! Cela ne rend-il pas le crime encore plus crapuleux : un acte de vengeance prémédité pour réagir à l?acte de défense de sa victime ? Quoi de mieux pour la punir sinon que de lui faire subir la plus grande humiliation qu?on puisse faire subir à un être humain ?
Elle a esquissé un sourire, nous rapporte les journalistes qui étaient sur les lieux, en identifiant son agresseur. Un sourire de soulagement qui pansera difficilement les blessures. Nous avons aussi souri sans grande joie. Un sourire qui expose toutes nos émotions négatives malsaines mais ô combien légitimes. Sa punition ne lui rendra jamais ce qu?elle a perdu, ne raccourcira pas le tunnel des traumatisés qu?elle doit traverser, ne guérira pas les séquelles psychologiques dont elle souffrira. Mais s?il s?en était tiré avec impunité, cela aurait été une nouvelle agression pour elle. Pour nous tous. Si on peut se réjouir du courage de la jeune fille qui a dénoncé ce crime dans une société où c?est la victime qui est stigmatisée pour s?être «fait violer», dans un monde où aujourd?hui encore, le viol reste le seul crime où la honte retombe sur la victime, peut-on espérer mettre fin à la tolérance dont bénéficient encore les violeurs ? Peut-on s?attendre à une sentence qui reflétera l'ampleur de ce geste odieux et des violences sexuelles en général ? Il est permis d?en douter. Hélas, le sourire de soulagement que nous avons affiché, quand le malfrat a été arrêté, ne tardera pas à s?effacer. Après tout le traumatisme que la jeune fille a subi, après toutes les étapes du processus judiciaire, étapes ressenties comme autant d?agressions qui viennent s?ajouter à l?agression initiale pour une fille dont le psychisme est fragilisé par un traumatisme d?une grande ampleur, d?un seul coup de baguette magique d?un magistrat, la crapule s?en tirera avec quelques mois de trois repas par jour dans un lieu qui lui est très familier. Aucune punition biblique, aucune leçon à tirer, une autre façon de bénir son activité et de faire subir une seconde humiliation à la jeune victime.
Les criminels odieux de ce pays seront-ils punis pour les traumatismes physiques et psychologiques qu?ont subis leurs victimes ?
Il fera froid en enfer avant que ça n?arrive.
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