Publicité
Un beau monde
C?est banal. C?est le lot de l?actualité quotidienne. Les faits divers remplissent davantage les colonnes des journaux. Jamais un jour sans un drame qui est en passe de devenir anecdotique. Face à cette réalité brutale, quelle réaction ? Il est un monde plus beau que cette barbarie ambiante. Celui des livres. L?échec des méthodes répressives et des élans de sensibilisation devrait inciter à un travail en amont.
Les livres. Quelle merveille ! Chaque histoire, chaque personnage, chaque construction de phrase, chaque mot? une révélation ! Ouvrons ce monde à nos enfants. Qu?ils lisent. Comme des assoiffés de paroles venues d?ailleurs. De cet ailleurs qui permettra de reconstruire l?avenir. Qu?ils lisent? du Balzac, du Hemingway, du Rushdie, du Kant, du Spinoza, du Gogol, du Vikram Seth, du Faulkner, du Césaire? Bref qu?ils lisent tout ce que nous ne lisons plus.
Que chaque matin, au réveil, leurs têtes bouillonnent de cette écriture romanesque qui dit la vie autrement que dans sa bêtise. Chaque aube devenant une fenêtre ouverte sur un nouveau monde. Chaque personnage rencontré entre le fleuve des mots étant une possibilité d?invention de soi.
Qu?à la place des actes sauvages, prenne place le pouvoir des mots qui, en se racontant, nous racontent notre propre être. Soit notre néant. Soit ce refus des actes de furie qui déclinent notre non-être.
Qu?ils lisent aujourd?hui ces enfants pour que demain soit écrit avec d?autres mots que «vol, viol, meurtre, délinquance?». Une vision irréelle des choses ? Non, peut-être une simple foi dans la magie des mots. De cette noblesse que dégagent les expressions, les allocutions, les métaphores, les rimes?
Car ça fatigue trop. Ces hommes qui contraignent une femme à leur remettre ses clefs de voiture, qui arrachent le sac d?un usager de la route, qui dépouillent un homme de 56 ans de son sac, qui agressent une touriste? et tout cela en une seule journée. Et ce n?est que ce qui a été rapporté !
Alors la fuite dans les livres ? Non l?éducation et le savoir-vivre avec les livres. Même s?il est vrai que dans les romans aussi, on retrouve des personnages obscurs. Mais d?une obscurité qui éclaire les sentiments humains. Comme il faut croire dans le meilleur de la race humaine, on ne s?empêchera pas d?anticiper sur la noblesse et les saillies chevaleresques des lecteurs.
Il y a longtemps que les Mauriciens ne lisent que ce qui figure dans les programmes scolaires. Coupé de cette lecture qui, elle, nourrit l?imaginaire, ces mots qui alimentent la pensée et ces intrigues qui font de l?aventure humaine un désir de pureté.
Ni analyse critique. Ni lecture journalistique. Ce sont quelques mots lancés dans le désert de la superficialité du vécu contemporain qui rime trop avec violence et comportements déviants.
Que nous lisions. Que nous réfléchissions. Que nous nous éloignions de cette figure de pion et de grognon que nous devenons de plus en plus.
Publicité
Publicité
Les plus récents