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Un authentique militant travailliste : B. Ramlallah

19 mars 2006, 20:00

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Le gouvernement de Navin Ramgoolam corrige une ingratitude nationale notoire, en accordant le nom de Bickramsingh Ramlallah au collège d?Etat de Mapou. Le geste est louable et la présence de sa famille, lors de cette cérémonie de nomination, semble le confirmer. Elle a du mérite. Il ne suffit pas, en effet, de donner, même à un collège d?Etat, le nom d?une personnalité pour l?honorer. Faut-il encore que les élèves de cette institution se montrent, en tous temps et en tous lieux, dignes de cette personnalité.

Ce n?est pas toujours le cas. On connaît les goûts bucoliques de Marcel Cabon. On peut l?imaginer, appréciant les folles herbes, envahissant si souvent les terrains dits de jeux de l?établissement scolaire portant son nom, à en croire de nombreuses doléances antérieures. On a plus de mal à imaginer Emmanuel Anquetil acceptant, sans rugir, le laisser-aller souvent infligé aux élèves de l?école de Roches-Bois, dont plusieurs petits-enfants de ses compagnons de lutte des grèves portuaires de 1938, devant entraîner sa déportation à Rodrigues.

On peut imaginer Sookdeo Bissoondoyal, maudissant le nom de qui vous savez, en apprenant que des collégiens du collège national portant son nom, se sont permis, jadis, de détruire le mobilier scolaire, d?uriner en classe et de houspiller une enseignante terrorisée. A ce jour, autorités scolaires et médias préfèrent taire l?identité des établissements scolaires impliqués par les clips porno cum acteurs locaux, présentement en diffusion et même en grande demande. Un sursis accordé aux possibles V.I.P. prétendument honorés par l?attribution de leur patronyme à ces établissements.

Le ministère de l?Education de l?ancien MMM, Dharam Gokhool, serait bien inspiré en insistant auprès des maîtres d?écoles et des recteurs de collèges d?Etat, honorant des personnalités faisant partie du panthéon mauricien, pour qu?ils organisent la digne célébration annuelle de la mort ou de la naissance des tribuns, ainsi honorés, et pour qu?y soit aménagé un coin-musée pour les mettre en exergue, en regroupant les souvenirs disponibles de leur vie parmi nous, de leur carrière, de leur ?uvre, de leur pensée, de l?influence qu?ils continuent d?exercer. De même, ils auraient intérêt à organiser des concours de dissertation et de peinture pour inciter les meilleurs élèves à mettre en relief tel ou tel aspect de la vie et de l??uvre des patriotes concernés.

L?île s?ur nous donne ici l?exemple. Au début des années 1990, le proviseur du lycée réunionnais Lislet-Geoffroy prend contact avec l?express. Il vient d?être nommé à ce poste et veut en savoir davantage sur ce personnage historique. L?entretien dure une bonne heure avec fructueux échange d?informations, de part et d?autre, concernant la vie et l??uvre de l?illustre hydrographe ingénieur.

A un certain moment, le proviseur réunionnais révèle savoir que Lislet Geoffroy meurt, en 1836, dans une maison de la rue d?Artois. « Qu?à cela ne tienne ! lui répond-on. Allons voir sur place cette maison mortuaire. » Sitôt dit, sitôt fait. Quelques minutes plus tard, l?entretien biographique se poursuit devant le dernier domicile portlouisien connu du fils de la négresse esclave, Marie Geneviève Niama, princesse de la tribu Galam, sur la côte de Guinée.

L?entretien biographique finit par intriguer un habitant des lieux qui s?enquiert du pourquoi de ce conciliabule, devant sa demeure. On lui explique fièrement qu?il occupe sans doute la maison mortuaire de l?illustrissime Lislet Geoffroy. « Na pa ! Pena sime ! leur répond-il. Sinkant banane mo res dan sa la kaz la. Aukene misie Geoffroy pa finn mor dan mo lakaz ! » Cela n?a pas empêché ce proviseur réunionnais avisé, intelligent et compétent de publier une biographie étoffée de Lislet Geoffroy.

Pour en revenir à Bickramsingh Ramlallah, nous ne pouvons que rappeler, aujourd?hui, qu?il voit le jour le 2 septembre 1915, à Montagne-Longue. (Il faudra qu?un de nos historiens les plus inspirés assume un jour la mission sacrée de raconter tout ce que l?île Maurice doit à cette localité, en raison des illustres fils du sol qui y sont nés et qui honorent son nom, en raison des nombreuses institutions bénéfiques qui y ont été créés, qui y ont prospéré au point de devenir une référence pour l?ensemble de la population mauricienne).

Le jeune Ramlallah compte une douzaine d?années comme instituteur à Triolet. Cela ne signifie pas qu?il faut le ranger parmi nos instituteurs-mercenaires, favorisés par la réintroduction d?une rats? race encore plus impitoyable au sein du cycle primaire et même pré-scolaire, et ne cherchant qu?à faire le maximum de fric et d?argent facile par le biais de leçons dites abusivement particulières.

Pour Ramlallah le professorat est un sacerdoce et l?instituteur est un missionnaire, un prédicateur, chargé du salut de l?âme non seulement des écoliers qui lui sont confiés mais encore de leurs parents, de leur village. Rien de ce qui influence la vie de ses écoliers ne lui sera jamais étranger. Connaissant chacune des difficultés qui entravent leur formation académique et humaine, il sera, dans les années 1940 et 1950, de toutes les croisades visant à humaniser davantage la vie et l?avenir des couches les plus défavorisées de la population mauricienne.

Il militera, avec un zèle à la Hurryparsad Ramnarain, en faveur d?innombrables nobles causes dont les campagnes contre l?alcoolisme, en faveur de la construction d?écoles dans les villages, contre les courses malbar, contre la représentation proportionnelle, contre le compartimentage de la population mauricienne en quotas ethniques. Il organise une réception monstre à l?aéroport de Plaisance pour accueillir Seewoosagur Ramgoolam, après sa nomination comme chief minister.

Elu député travailliste en 1959, 1963 et 1967, il sera nommé, par deux fois, secrétaire parlementaire aux ministères de la Santé et du Commerce. Il privilégie les visites surprises pour démasquer les fonctionnaires négligents et incompétents. Ses méthodes de travail, ses investigations en profondeur, son franc-parler ne sont pas du goût de tous, même pas de tous les ministres trônant à l?Hôtel du Gouvernement. Il dérange trop pour qu?en haut lieu on ose lui confier des responsabilités trop grandes.

Il n?en a cure. Il combat sans cesse, comme il peut avec les moyens dont il dispose. Sacrifiant sa carrière professionnelle, la sécurité et le bien-être de sa famille, il crée, en août 1954, l?hebdomadaire critique Mauritius Times. Pendant la quarantaine d?années qu?il dirigera ce brûlot, il fera preuve d?un courage journalistique sans précédent, osant, par exemple, critiquer ouvertement les religieux incompétents et paresseux, déshonorant les pratiques culturelles qu?ils sont sensés servir. Nul n?oubliera jamais son combat en faveur de la liberté de la presse, menacée par une loi-bâillon liberticide, voulue, en avril 1984, par le tandem Anerood Jugnauth-Gaëtan Duval.

Sans lui et sans Sarita Boodhoo, les vestiges de l?Aapravasi Ghat auraient pu avoir été détruits à jamais comme l?ont été l?hôpital militaire de Mahé de La Bourdonnais, le Parc-à-Boulets et tant d?autres vestiges de la zone portuaire et ferroviaire de Port-Louis, détruits et démantelés au profit de l?autoroute intra-urbaine.

Donner le nom de Bickramsing Ramlallah au collège d?Etat de Mapou, c?est bien. Financer la réédition de tous ses écrits et pas seulement médiatiques et parlementaires, financer la publication d?une biographe exhaustive d?un tel patriote, c?est mieux.

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