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Tété : nos faveurs sans conditions
On voudrait dire ?les doigts dans le nez?, mais c?est plus que ça. Fringué comme le boy-next-door ? le pantalon menaçant de tomber pendant le concert ? Tété n?a pas eu besoin des formules d?usage. Les faveurs de l?auditoire du Conservatoire François Mitterrand lui étaient toutes acquises samedi soir, lors de son unique concert chez nous sur l?initiative du centre culturel Charles-Baudelaire et de l?Alliance française.
Maladresse étudiée, petites phrases assassines et chansons à textes ont fusé, pendant plus d?une heure et demie, de la casquette militaire et des grosses lunettes embuées. Les muscles saillants, les nerfs visibles sur les bras nerveux, la peau du cou luisante sous l?effort et les projecteurs, Tété a tout donné. Et nous avons goulûment tété.
Armé de ses seules guitares qu?il ré-accorde avec la maniaquerie du vrai pro, Tété nous a mis en condition de ?laisser pousser (nos) envies?. Se moquant autant de nous que de lui-même, il en a «fait des tonnes?, nous gratifiant de forces grimaces. Fossettes rieuses, il tire la langue et dévoile un bout de tatouage. Un cirque qui loin d?être dérangeant colle à la peau du personnage. A notre peau.
Un zeste de vécu et on en redemande
Il s?y incruste tellement bien, que l?on attend ? comme une gourmandise longtemps convoitée ? qu?il entonne son hymne, son refrain, son tube. A la faveur de l?automne en live, c?est du sirop. Pas gluant, tout juste onctueux. Le genre de substance auquel on devient vite accro. Un zeste de vécu ? poireauter près du téléphone à l?affût de la voix aimée, ça parle à tout le monde ? et voilà le public qui en redemande.
Tété, abonné à la lucidité de ?la commercialité?, sait comment nous faire patienter. Sous ses doigts longilignes, il égrène des mélodies réconfortantes, de celles qui nous rassurent que tous ne nous prennent pas pour des cons. De ces harmonies dont toutes ont presque le même début avant d?étaler leur identité propre. Portées qu?elles sont par un style mâtiné, nos oreilles faisant foi, de Tracy Chapman et de Gérald de Palmas.
Défilent alors la voyante qui ?gagne sa vie en surévaluant ses compétences, un peu comme moi?, une critique bien sentie de l?arrogance des adolescents et de la suffisance. Pas donneur de leçon pour un sou, la méthode Tété est radicale. ?Une bonne paire de claques? qu?il se propose d?administrer séance tenante. Du second degré comme on les aime, des sautes d?humeur qui ne laissent aucune place à la monotonie. Une vraie maîtrise du direct. Le sens de la répartie pour se tirer d?affaire quand un spectateur crie ?A poil !?
Tété ne tient pas en place. Tant mieux pour nous. D?un geste large, il envoie valser le fils de la guitare, tape sur l?instrument pour égratigner nos petits conforts. Des petits airs orientaux. Et pour avoir le dernier mot : ?Si vous avez emmené une jeune femme dans l?espoir de la séduire, profitez de la confusion pour glisser votre langue dans sa bouche.?
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