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Télénovela : Pourquoi elle accroche ?

21 juin 2008, 20:00

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Qu?elle soit brésilienne (Mademoiselle, Terra nostra, Tour de Babel), qu?elle soit mexicaine (Marimar, Rosalinda), qu?elle soit vénézuélienne (Barbarita, Les couleurs de l?amour )? la télénovela, le feuilleton de six heures et demie qui passe sur la MBC, le film « cari brilé », comme on dit, fait fureur. Pas question de les décamper de là, les téléspectateurs sont furieux, les annonceurs boudent. Martine Luchmun, Programmes Coordinator à la MBC, celle qui a commandé la série Luna et qui propose La fille du jardinier à partir du premier juillet en sait quelque chose. « A un certain moment, on avait avancé l?horaire de la télénovela en anglais My Three Sisters pour laisser la place à un autre film. Mais nous avons reçu de nombreux appels de téléspectateurs furieux qu?on ait changé l?heure de leur film. »

Même son de cloche du côté de annonceurs pour qui 18 h 30 est devenu le créneau en or parce qu?à cette heure-là, ils sont sûrs que leur publicité aura une visibilité quasi nationale.

Avouez que c?est tout de même étonnant pour une génération de zappeurs qui veut tout tout de suite, qui a vite fait de s?ennuyer et veut sans cesse passer à autre chose ! On reste pourtant scotché pendant des mois à des séries qui tournent en rond et qui durent 200 épisodes. On se prend de passion pour les mélodrames, pour des films où l?on s?aime le lundi, on s?esquive le mardi, on se dispute le mercredi, on se quitte le jeudi et on se marie au bout des 200 épisodes. Qu?est-ce que c?est que ce phénomène de télénovéla, de soap opéra ?

Kamlesh, jeune, étudiant à l?université, qui critique tout en règle générale, temporise. « Je regarde ces films parce qu?ils passent à 18 h 30. C?est l?heure à laquelle ma mère sert le dîner et comme la télé est dans la salle à manger, je n?y peux rien. Je ne regarde pas, je vois. Je n?écoute pas, j?entends. Je subis. Et puis, c?est le seul moment où toute la famille est réunie, je n?y peux rien », se défend-il. Et ensuite de prétexter que comme il n?y a que la chaîne de la MBC chez lui, c?est ça ou un documentaire animalier. Et de rajouter, que les actrices ont du sex-appeal?

« Du divertissement, de l?évasion »

On sait qu?il y a des gens qui ne peuvent pas s?en passer. Qui ne sortent pas de chez eux à cette heure-là pour ne pas rater un épisode. Il y en a même qui même s?ils ont téléchargé les épisodes à venir sur Internet et connaissent la suite, continuent à suivre le feuilleton.

L?explication des professionnels. « C?est du divertissement, de l?évasion, c?est aussi un miroir où l?on se voit. Ça parle des choses qui nous touchent, qui nous parlent. » explique Martine Luchmun. En d?autres mots, on s?identifierait aux personnages, on aspirerait comme eux à rencontrer le prince charmant, à devenir riches, bref tout l?archétype de Cendrillon. Leurs thèmes sont vieux comme le monde. Ils s?inspirent de la réalité, sans la copier, pour nous permettre justement d?échapper à notre réalité sinistre et plonger dans de l?exotisme.

Nandini Bhautoo-Dewonarain, Senior Lecturer en English and Cultural Studies à l?université de Maurice note de son côté que ces séries privilégient des personnages de surface plutôt que des intériorités complexes. Que les histoires se font et se défont de sorte que si l?on n?a pas regardé la série pendant un mois, on peut quand même recoller les morceaux. « C?est de l?easy entertainment qui joue sur l?émotion et l?expectation et qui n?oblige pas une remise en scène. La calibrage de la camera, les angles pris contribuent aussi à mettre à l?aise », affirme-t-elle.

Par ailleurs, la télénovela est populaire parce qu?elle a une forme narrative simple aussi. « Ce sont des histoires avec des procédés répétitifs avec une mise en scène qui met le spectateur en confiance, qui joue sur l?illusion de notes familières avec ses intrigues intrafamiliales. Le téléspectateur a l?impression d?être plus qu?un téléspectateur, il a l?impression de participer à la trame », explique la Senior Lecturer. Ainsi, on établit une complicité avec les souffrances et les mésaventures des héros. D?ailleurs, ce genre peut changer de règles, s?adapter aux réactions de son public.

Mais si la télénovela est considérée par certains comme de la « low culture », elle a tout de même un pouvoir d?éducation. Elle a été utilisée en Afrique du Sud, en Inde pour conscientiser sur le VIH, la grossesse précoce. Ces films ont un impact psychologique et poussent les gens à agir par mimétisme. Il paraît aussi que 20 ans de cela, les télénovelas amenaient les femmes à remettre leur vie en question et que les féministes ont créé un réseau de solidarité autour. La télénovela reste donc sacrée et incontournable.

Pas prêts de lâcher le filon

D?ailleurs, Ugly Betty tire son origine de la télénovela Betty la fea ? « Betty la laide », une héroïne d?un feuilleton colombien qui, depuis 1999, s?est vendu dans 70 pays et a connu une dizaine d?adaptations. Il y a eu le version allemande, Le destin de Lisa, la version américaine, Ugly Betty, la version indienne, Jassi Jaissi Koi Nahin, et bien d?autres encore.

Ces séries ne sont pas stimulantes pour le mental, elles peuvent nous renfermer dans des cercles mentaux conservateurs ou au contraire? En tout cas, les producteurs ne sont pas prêts de lâcher ce filon. Enfin, sauf dans le cas du Royaume-Uni où une journaliste du Guradian écrit que les Anglais aiment voir la réalité telle qu?elle est, non filtrée par « des lunettes roses ». Que les amours contrariées ne sont pas leur tasse de thé. Que c?est soit on s?aime, soit on ne s?aime pas et qu?on n?a pas besoin de se courir après pendant 200 épisodes. Mais bon, ce dédain pour les mélodrames n?est pas universel !

LA FILLE DU JARDINIER : SYNOPSIS

Pas de pause. Aussitôt que Luna signe son dernier épisode, c?est La fille du jardinier qui prend le relais le 1er juillet. La MBC a donc une avance sur la Réunion qui la diffusera, elle, à partir de septembre. L?histoire est difficile à résumer.

Amélia et sa s?ur, Consuelo, sont amoureuses du même homme, Luis Alexandro. Amélia tombe enceinte du jeune homme qui va la renier. Consuelo s?empresse de son côté de tout raconter à leur père. Ce dernier, pensant que sa fille est enceinte de Pédro, le jardinier, les met tous les deux à la porte. Amélia vivra donc avec Pedro, mais n?est pas heureuse ainsi. Mais l?histoire est beaucoup plus compliquée. En gros, ça donne un accident qui mène à l?hôpital et à un coup de foudre pour un beau médecin. Une grossesse truquée pour éviter une rupture. Une histoire de vengeance? bref tous les ingrédients d?une parfaite télénovela y sont !

A NOTER

Le mot télénovela est un mot espagnol, formé d?après les mots televisión qui veut dire « télévision », et novela qui veut dire « roman » (comme novel en anglais), c?est-à-dire histoire longue. La télénovela s?apparente aux soap operas américains. Selon Wikipédia, un soap opera est une ?uvre de fiction prenant la forme d?un feuilleton. Cette désignation provient du fait que les premiers feuilletons radiophoniques américains étaient sponsorisés par des lessiviers comme Procter & Gamble, Colgate-Palmolive. Ces feuilletons étaient diffusés en semaine pendant la journée, et visait une audience constituée de femmes au foyer. Les soap operas ont un nombre conséquent d?épisodes (environ 250 par an), un nombre important de personnages principaux, pas ou peu de tournages en extérieur ? les tournages sont effectués en studio comme pour les sitcoms ? une narration très lente ? une intrigue peut courir sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois? Quelques exemples : Dallas, Amour, gloire et beauté, Santa Barbara, ou encore Les feux de l?amour.

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