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Turbulences et charte citoyenne

7 septembre 2008, 00:00

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Le pays vit de sérieuses turbulences. Il y a les « affaires », le jugement de la Cour suprême sur « l?anticonstitutionnalité » de deux postes de VPM, les inquiétudes sur le front économique, les tensions sociales, les conflits industriels qui se multiplient, le blocage dans le secteur éducatif, la généralisation de la défiance sur plusieurs fronts. Le pays a entamé la quatrième année de l?Alliance sociale au pouvoir. Et tout naturellement, le monde politique est en ébullition avec l?arrivée prochaine des législatives. Dorénavant, on est dans la période de « guerre » pour le pouvoir politique et l?électoralisme est à son firmament. Raison de plus pour éviter tout dérapage qui mettrait davantage à mal nos institutions.

La santé d?une société est tributaire de la solidité et de la crédibilité de ses institutions, qui doivent à tout moment observer le respect des principes d?indépendance, de transparence et d?efficacité dans leur fonctionnement. Nos médias racontent l?histoire au quotidien : dysfonctionnements, tensions, conflits, allégations, dénonciations. La population a pris connaissance de la nature, de l?étendue et de la profondeur de certaines pratiques frauduleuses, illicites et criminelles, de même que l?existence de réseaux qui lieraient les différents protagonistes.

Autour des affaires et autres polémiques qui défrayent la chronique, de nombreuses institutions fondamentales du pays sont directement concernées: la présidence, le gouvernement, les ministères, la fonction publique, les partis politiques, le DPP, l?ICAC, la MRA et la police. Cela indiquerait-il un problème avec nos institutions ? Faut-il actualiser le cadre légal du fonctionnement global des institutions pour éviter dysfonctionnement, voire fonctionnement pervers ? Ou est-ce un problème d?hommes ?

Quoi qu?il en soit, l?intégrité personnelle joue un rôle crucial dans la fidélité des engagements et la qualité du jugement. On s?engage à obéir à la loi, à se conformer aux obligations de sa charge et à ne jamais transgresser les limites imposées par sa fonction ni par les valeurs d?un régime démocratique. C?est ainsi que l?intégrité assure la cohésion des institutions de la société. Et c?est bien là que le bât blesse sérieusement !

Pour traverser sans trop de casse des périodes turbulentes, comme celle qui prévaut actuellement, une société a besoin d?ancrages solides. Quand on a pour toile de fond le populisme ambiant et la défiance généralisée, transiger sur des principes fondamentaux de l?état de droit peut nous conduire rapidement à une situation chaotique. C?est l?autorité démocratique qui est en jeu. Aussi, tout doit être mis en ?uvre pour empêcher le délitement de nos institutions. Aux dirigeants, responsables, élites, acteurs du développement et citoyens de jouer pleinement leurs rôles en étant conscients de leurs droits certes, mais aussi de leurs devoirs et responsabilités.

La crise de confiance dans certaines de nos institutions ne date pas d?aujourd?hui. Elle est la résultante d?une double dynamique ? celle de la « corruption » des élites, et son pendant, le développement d?un populisme dangereux. Si elle persiste c?est que les politiques ne veulent pas aller au fond des choses. Depuis plus d?une décennie, les partis qui se succèdent dans l?opposition se contentent de dénoncer, pour en tirer un capital électoral dans leurs stratégies de reconquête du pouvoir. Et la réplique des partis au gouvernement est toujours la même : « Ce n?était pas mieux, voire même pire, quand les partis dans l?opposition étaient au gouvernement. » On voit ce même scénario ces jours-ci : aux attaques et dénonciations de l?opposition, avec le MMM au front, le gouvernement riposte avec une référence à la dissolution de l?Economic Crime Office pour insister sur la différence entre sa façon de traiter les « affaires » et celle de l?ancien gouvernement.

L?aveuglement partisan n?est porteur d?aucune solution. Il y a urgence d?un débat de fond pour aboutir à des réformes concrètes afin d?assainir de manière démocratique notre société. Pour qu?il y ait réellement plus d?indépendance, davantage de transparence et d?accountability ! Faut-il repenser la façon de nommer les responsables de nos institutions? La globalisation de l?économie s?accompagne de profondes mutations tant dans les rapports entre le monde des affaires et les politiques, que dans les rapports sociaux, de même que dansle système de valeurs et le sens et l?essence même de la politique. Et la grande problématique des sociétés actuelles est comment les élites respectent-elles l?exigence éthique dans leur rôle et dans l?exercice de leurs fonctions ?

Les rapports politique-morale sont complexes. La politique exerce sur la morale une action corrosive et l?intégrité se ronge sous l?acide du pouvoir. Vaclav Vavel écrivain opposant, devenu président de la République Tchèque, note que les hommes et les femmes investis d?une responsabilité politique vivent dans un monde de semi-vérité, qui sape l?âme et l?intégrité morale de tout être humain. Se fondant sur sa propre expérience, il affirme que « seules peuvent exercer une action positive et durable, les personnalités d?une grande intégrité qui, affrontant les risques moraux de la politique, persistent dans leur quête d?une amélioration de la vie publique ».

Notre République dispose-t-elle de ces personnalités ? Certainement.

Les exemples ne manquent pas. Quelle va être la réponse du Premier ministre aux turbulences en cours ? Il est question de remaniement. Il y a aussi l?échéance du 19 septembre autour de la présidence, où le choix de sir Anerood Jugnauth serait l?option préférée...

Dans les jours, les semaines et les mois à venir, nos dirigeants et responsables et nous tous, devrons être vigilants quant aux prises de positions, initiatives et décisions. Epargnons au pays de la casse inutile. Allons-y pour une charte citoyenne de bonne conduite! Fondée sur l?éthique, « cette valeur révolutionnaire du XXIe siècle ».

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