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Tulsiraj Benydin

12 septembre 2003, 20:00

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L?affaire d?importation frauduleuse de chaussures qui a mené à l?arrestation de douaniers et au suicide d?un suspect n?ébranle pas Tulsiraj Benydin. Il maintient que la douane mauricienne n?est pas plus pourrie que les autres, préfère ne voir que le travail d?enquête bien fait et demande des encouragements pour poursuivre la lutte commencée contre la corruption. C?est d?ailleurs dans ce but qu?il veut tourner la page sur les incidents qui l?ont brouillé avec le receveur.

Quel est votre sentiment sur l?affaire d?importation frauduleuse de chaussures, dans laquelle plusieurs douaniers seraient impliqués ?

Je reste serein. Cette affaire démontre que la douane remplit sa mission qui est de stopper les personnes qui contournent les lois, dans le but protéger les revenus de l?Etat. Je suis surtout content que ce soit un douanier, un Senior Custom Officer, secrétaire de notre syndicat, qui ait découvert le pot aux roses.

Les personnes impliquées sont-elles membres de votre syndicat ?

Tous les douaniers sont membres du syndicat. Mais je ne m?avancerais pas à blâmer qui que ce soit avant que la justice ne se soit prononcée. De toute façon, notre position dans cette affaire est claire : nous estimons qu?un syndicat n?a pas pour rôle de défendre quelqu?un qui est impliqué dans des transactions illégales et nous ne comptons pas le faire. Notre mission est de protéger les intérêts des douaniers.

Vous vous sentez quand même triste que l?un des vôtres soit accusé ?

Partout dans le monde, les gens n?aiment pas payer les taxes ; certains sont prêts à contourner la loi pour l?éviter. Partout, il y a des douaniers qui tombent dans le piège et se laissent tenter par ces gens. Et partout, la douane est critiquée, à cause de cette minorité. Bien sûr, nous sommes tristes parce que nous ne voulons pas que notre réputation soit salie. Mais quand un douanier est impliqué, on a tendance à généraliser. Or, la plupart des douaniers savent qu?ils ont une mission importante, qu?ils doivent faire respecter les règles.

Qu?est-ce qu?annonce la découverte de ce trafic?

Ce n?est pas la première fois que des douaniers sont impliqués. C?est une lutte permanente. Une lutte à laquelle est venue se joindre l?Independent Commission against Corruption.

Ne pensez-vous pas, comme Bert Cunningham, le receveur des Douanes, qu?avec l?arrestation de ces douaniers, la douane n?a touché que le sommet de l?iceberg ?

Peut-être? Je n?en sais rien. S?il y a d?autres douaniers impliqués ? on ne le souhaite pas, mais s?il y en a ? ils devront payer. Cela dit, ce n?est pas seulement la lutte du receveur, c?est celle de tous les douaniers. Et il faut qu?ils soient encouragés par le gouvernement et la société. Je dois dire que dans une correspondance récente, le vice-Premier ministre, Paul Bérenger, a reconnu notre apport dans ce combat. Il avait écrit que la majorité des douaniers sont des patriotes, parce qu?ils contribuent à grossir le gâteau de l?Etat.

Etes-vous bien sûr qu?il s?agit de la majorité ?

Je ne reprends certes là que les mots du vice-Premier ministre. Mais je pense qu?il a raison : la majorité travaille correctement. Et ce n?est pas rien lorsqu?on connaît la difficulté de notre tâche. La douane, c?est comme un volcan, il faut être courageux pour y venir travailler.

Sans doute, comme ailleurs, il y a quelques brebis galeuses. Mais la majorité ne peut pas être corrompue. Si c?était le cas, cela aurait été chaotique et l?Etat n?aurait rien encaissé comme revenus !

Les revenus sont bien là. Ils auraient même doublé depuis l?introduction d?une Flexible Anti-Smuggling Team. Comment expliquez-vous cela ?

Je ne sais pas si les revenus ont doublé. Je n?ai pas les chiffres. Mais je sais que la FAST Team est venue consolider la politique de contrôle. C?est une unité spécialisée qui est constituée de douaniers d?expérience, une sorte de commando. Nous sommes fiers que nos douaniers aient été capables de bien mener cette lutte. Je dois rappeler que le syndicat ne s?est jamais opposé à la création de cette unité. Au contraire, nous l?avons accueillie avec satisfaction.

Y voyez-vous le début de la réforme ?

Je ne sais pas. Jusqu?à présent, nous n?avons pas encore vu le programme de réforme. Nous n?avons pas entendu parler de Master Plan, ni eu l?occasion de discuter des mesures?

N?êtes-vous pas là de mauvaise foi ?

Il y a une mauvaise perception. Chaque fois que le syndicat souhaite faire entendre son opinion sur une mesure, on lui reproche de faire de la résistance. Nous ne sommes pas anti-réforme ; nous estimons simplement avoir notre mot à dire. C?est ça la démocratie industrielle. Notre expérience peut aider la réforme.

Tenez ! Dans l?incident concernant notre environnement de travail, c?est précisément ce qui est arrivé. Nos bâtiments sont vétustes. Comme on le dit, c?est la première impression qui compte et notre quartier général donne une très mauvaise image de la douane. Nous avons toujours revendiqué un bâtiment moderne. Lorsque nous avons protesté pour de meilleures conditions de travail, on a voulu faire croire que nous cherchions à mettre des bâtons dans les roues du management !

Mais ces travaux contre lesquels vous protestiez avaient précisément pour but de vous donner un meilleur environnement de travail?

A deux reprises, des employés du premier étage sont venus se plaindre auprès de moi ce jour-là de leurs conditions de travail. Avec les travaux de rénovation, il y avait des fils électriques qui pendaient partout. Nous avons pensé qu?il y avait un danger. Mais le receveur n?était pas là pour rassurer le personnel. Il n?est arrivé que vers 14 heures.

Quand les gens ne sont pas contents, doivent-ils se taire ? Un enfant, quand il a besoin de quelque chose, il pleure, il crie. Quand nous ne sommes pas contents, quand nous estimons que nous travaillons dans des conditions inhumaines, nous avons le droit de le dire.

Donc, le syndicat a protesté pour de meilleures conditions de travail. Et cela n?a rien à voir avec le projet de réforme. Je pense qu?on a voulu réduire le rôle du syndicat à néant.

L?enfant pleure et crie, mais vous n?êtes pas des enfants. Comment vous êtes-vous comporté dans le bureau de Bert Cunningham pour qu?il prenne à votre égard des actions disciplinaires ? Vous avez reçu une lettre de sanction cette semaine.

C?était une discussion d?homme à homme et Cunningham a réagi de façon, je pense, exagérée. Il disait que c?était une grève, alors que je maintenais que ce n?en était pas une, qu?il s?agissait juste d?un petit mouvement de contestation.

Quand il a accusé le syndicat d?être anti-réformiste, je lui ai répondu que jusque-là, je n?avais pas vu la réforme, que la réforme était seulement entre guillemets. C?est à ce moment-là qu?il m?a mis dehors. En claquant la porte. On ne m?avait jamais fait ça. Depuis ce jour, je n?ai pas remis les pieds dans son bureau.

Comment accueillez-vous cette lettre ?

Mon homme de loi a déjà répondu à Cunningham. Le receveur confond les rôles de syndicaliste et de douanier. C?est peut-être le problème des consultants ; ils comprennent mal les rouages de la douane.

S?il avait été là le matin, peut-être que cela se serait passé plus simplement et que le problème aurait été réglé tout de suite. Mais la tension est montée?

Personnellement, je n?ai rien à me reprocher. Je sais ce qu?est le travail de syndicaliste. Et ce n?est pas une lettre qui va m?intimider. Je vais continuer à faire mon travail et je vais me défendre.

Ne pensez-vous pas que vous vous êtes trop emporté ce jour-là ?

Je suis peut-être trop sincère, trop impliqué. Mais, il faut être deux pour avoir ce genre de réactions extrême. Comme je vous l?ai dit, je n?ai jamais eu de problème avec personne auparavant. Et même si j?avais tort, on ne claque pas la porte à Benydin, car c?est claquer la porte à 700 douaniers.

Vous avez parlé de fin de trêve syndicale. Qu?entendez-vous par là ?

Après cet incident, chacune de nos actions était perçue comme de la résistance. Nous avons donc décidé de ne rien faire pendant trois mois, en pensant que les choses se calmeraient. Mais cette trêve passée, on nous parle encore de sanctions.

Je ne suis pas rancunier de nature. Ce que j?aimerai dire, c?est que nous souhaitons que le ministre des Finances écoute moins aveuglément le management et qu?il entende ce que le syndicat a à dire. Le ministre a un rôle à jouer pour rétablir les relations industrielles. Tout le processus de réforme sera voué à l?échec s?il n?y a pas de bonnes relations industrielles.

Nous ne voulons pas de bataille syndicat-Cunningham. Nous sommes prêts à tourner la page, si le syndicat est mis un peu plus en avant. Nous pouvons travailler ensemble. D?ailleurs, quand Cunningham venait d?élaborer son projet de réforme en janvier, le syndicat l?a invité à le présenter aux douaniers. Nous avons organisé cette rencontre et pendant trois heures, le receveur a eu l?occasion d?expliquer son projet et de répondre aux questions. Nous avons cru que ce jour-là, c?était le mariage.

Aujourd?hui, c?est le divorce ?

Ce n?est pas le divorce, mais juste la séparation. Je crois qu?il faut revenir à de meilleurs sentiments, revenir à la raison.

Vous lanciez à tort et à travers des « Cunningham go home » avant que ce dernier ne prenne véritablement ses fonctions. Avec le recul, pensez-vous que cela ait été une bonne chose, le regard neuf d?un étranger sur la douane?

Nous ne sommes pas contre le fait qu?un étranger soit à la douane. Mais il aurait pu opérer aux côtés d?un receveur des douanes mauricien. Si les politiciens ont recours à un expert étranger, c?est qu?ils ne font pas confiance aux douaniers mauriciens. Or, nous pensons qu?un Mauricien d?expérience aurait pu avoir ce poste, avec le soutien d?un expert.

Vous par exemple, qui êtes entré à la douane il y a trente ans?

Je n?ai pas cette ambition. Moi, je suis syndicaliste. C?est dans mon sang. Je me suis sacrifié, j?ai toujours été pleinement dans la bataille et ça m?a coûté mes chances de promotion. Mais à chacun ses principes.

Honnêtement, qu?est-ce qui a changé à la douane depuis Cunningham?

La rénovation des locaux, je la qualifierai de cosmétique. Nous revendiquons la rénovation de l?IKS Building depuis 1986 ! Et nous demandons encore qu?un audit de la Health and Safety Unit se fasse. Nous avons une toute petite mess room. Nous n?avons plus de bureau pour le syndicat alors que nous venons de voter un budget pour l?équipement informatique. Où est-ce qu?on va mettre nos ordinateurs ?

Quant au reste, il est encore trop tôt pour faire un bilan.

L?un des projets à venir est de placer la douane sous la Revenue Authority (RA). Qu?en pensez-vous?

Nous ne sommes pas au courant des détails de ce projet. C?est en partie ce que je reproche au management de la douane. Les douaniers devraient être informés. Nous avons prochainement une réunion avec les syndicats des différents départements qui passeront sous la RA et nous allons en discuter. Mais pour le moment, c?est le black-out total.

La trêve passée, comme vous le dites, comment se comportera le syndicat ?

L?on ne peut vivre, ni travailler en conflit perpétuel. Nous devons trouver un champ d?entente car nous ne pouvons pas jouer avec les revenus de l?Etat. Je pense que la balle est dans le camp de Cunningham. De son comportement dépendra le nôtre. Nous jouerons alors le jeu.

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