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Tsunami à l?horizon

26 juin 2005, 00:00

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Nous abordons aujourd?hui la dernière ligne droite. À Quatre-Bornes, ce sera la « panacée » duty free island et l?imminence d?un « deuxième miracle économique ». À Port-Louis, ce sera les promesses de « sanz ou lavi dan san zour » et la « démocratisation de l?économie ». Des vérités du moment ! Loin de la réalité d?une crise économique sans précédent qui se profile à l?horizon.

Le prochain gouvernement devra piloter le développement socio-économique vers une phase cruciale. Voyons d?abord les faits. La baisse annoncée de 39 % du prix du sucre veut dire un manque à gagner annuel de Rs 4 à Rs 5 milliards, ? dont Rs 1 milliard concerne des petits planteurs qui seront contraints de cesser leur activité ? sur les Rs 10 milliards de revenus annuels. Quelque 60 000 familles dépendant du sucre directement ou indirectement et près de 28 000 petits planteurs indépendants subiront de plein fouet cette baisse.

La croissance de la zone franche durant les trois dernières années a été négative (-6 %, -6 %, -6,8%) alors que le nombre d?emplois est passé de 91 000 en 2000 à 67 000 en 2005. Les revenus annuels provenant du textile s?élèvent à environ Rs 24 milliards. Maurice pourrait enregistrer une réduction sensible de ses revenus du textile, soit plusieurs milliards de roupies. Rien que pour le sucre et la zone franche, le manque à gagner sera très conséquent (Rs 10 milliards ?) d?ici trois ans, sans compter les milliers de personnes qui seront sur le pavé.

Y a-t-il des secteurs qui pourront pallier ce manquement ? Rien n?est moins sûr. Le tourisme connaît une croissance lente avec un sérieux problème d?adéquation de l?offre et de la demande, qui est loin d?être résolu en raison de l?absence d?une vision commune des stakeholders. Le port franc a un potentiel intéressant, mais un cadre bureaucratique et confus, et peu de savoir-faire sur la gestion efficace de la logistique. Les TIC ont un gros potentiel, mais nous n?avons pas développé un savoir-faire porteur de valeur ajoutée. L?objectif déclaré de 20 000 emplois dans ce secteur pour la période 2000-2005 a été atteint au mieux à 15 %, et ce dans le bas de gamme, les call centers. Basé sur un modèle de gestion dépassé, le secteur financier est over-regulated. Son taux de croissance potentiel est aussi retardé par le manque d?expertise et l?absence d?un pool de ressources qualifiées ayant de l?expérience. Au-delà de sa viabilité économique, la contribution réelle d?un autre pôle de développement, l?IRS, à un développement durable et de qualité reste problématique. Voilà ce qu?il en est sur les grands secteurs. Qu?en est-il des entreprises ?

Selon une théorie du management, dans tous les secteurs ? traditionnels et nouveaux ? la majorité des compagnies sont en train de bâtir sur des fondations relativement faibles, avec comme résultat qu?une majorité d?entreprises, tous secteurs confondus, opèrent à l?intérieur du « Value Destructive Paradigm » ou dans une situation où The More they Make and Sell, the More they Lose. Les défis à venir accorderont à tous les dirigeants d?entreprises moins de marge de man?uvre, et de plus en plus d?entreprises seront gagnées par le value destructive paradigm. La conséquence sera un chômage croissant et un affaiblissement considérable de notre capacité collective à réinvestir dans l?économie nationale.

Les freins au développement économique sont multiples. Pêle-mêle on trouve l?insuffisance de l?investissement privé local, la poursuite du déclin de l?investissement étranger, des entrepreneurs existants plus préoccupés à consolider ce qui est et ayant perdu l?appétit pour le « risk-taking », l?impotence des institutions du secteur privé, l?absence d?une masse critique de leaders et d?entrepreneurs, nécessaire pour faire avancer le pays, la pénurie de personnes animées d?une ambition personnelle dans la création de richesses pour soi ou pour les citoyens du pays, la faiblesse du sens d?appartenance et d?engagement au succès de l?entreprise pour laquelle on travaille. Ce sont là autant de freins structurels et culturels à la réalisation d?un projet-programme pragmatique et efficace de sortie de crise. Le miracle économique n?est pas pour demain, ni dans 100 jours. La vérité c?est que le chantier sera immense, la tâche ardue et l?effort exigé colossal.

La crise sociale ira en s?intensifiant. Si elle est mal gérée, elle se transformera en une véritable poudrière. La tentation sera forte pour chacun de se dire « Bef dan disab sakenn get so lizye ». Une telle attitude sera fatale car personne ne sera épargné par la dynamique d?implosion-explosion sociale. Que tous ceux qui prônent une politique de développement poussant à la « ghettoïsation » des riches et des pauvres se ressaisissent au plus vite. Ce n?est pas ainsi qu?on construit un pays. Maurice ne s?en sortira que si tous les acteurs du développement comprennent ? et agissent en conséquence ? que le salut du pays passe par une unité nationale sans faille, une solidarité à toute épreuve et une intelligence du coeur exemplaire. Au-delà de l?imagination créative et d?une maîtrise technique pour trouver des solutions aux problèmes, ce qui est fondamentalement en jeu, c?est l?invention d?un modèle de développement intégré, efficace et juste. Modèle animé d?une philosophie de la vie sociale axée sur le respect, le courage, la justice et la dignité. Pour vaincre l?adversité à venir, nos élites doivent s?appuyer sur des valeurs humaines fortes.

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