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Truman Capote : Une vie épistolaire
Truman Capote écrivait comme on téléphone aujourd?hui. Des lettres pour combler l?absence, pour partager son quotidien avec ses amis. Des lettres qui disent à ses correspondants son affection. On apprend peu de chose sur ses réflexions profondes, ses lectures ? sauf celles de ses contemporains et rivaux, dont il dit souvent le plus grand mal.
C?est pourtant une correspondance d?écrivain. La seule vraie question est le livre à venir, le travail, la discipline, malgré les plaisirs de la vie et leurs abus. Et tous les soucis qui entourent la publication : la relecture minutieuse des épreuves, les affrontements avec l?éditeur qui, parfois, demande des corrections inappropriées. Et puis l?interrogation sur la réception critique.
Mais c?est aussi une autobiographie que propose cette édition, remarquablement présentée et mise en perspective ? en quatre parties chronologiques, de 1924 à 1984, durée de la relativement courte existence de Capote ? par Gerald Clarke, auteur d?une excellente biographie de Capote.
Si l?on aime la littérature de Capote, son sens du détail, des atmos-phères, des sensations, son esprit, sa méchanceté, sa tendresse aussi, on lira d?une traite ces lettres, même en trouvant excessifs ses attendrissements, et agaçante sa manière de parler de lui et de ses amis au féminin. Et même en ignorant l?identité de certains correspondants. Quelques-uns sont célèbres, au premier chef Cecil Beaton, véritable ami. D?autres supposent une connaissance du milieu éditorial, journalistique, etc.. Mais qu?on ne les reconnaisse pas ne change rien. C?est Capote que l?on lit, de New York à Paris, de Londres à Venise.
Il valait mieux ne pas être de ses anciens amis. Par exemple, Carson McCullers, qu?il croise à Rome, avec son mari, Reeves, en octobre 1952 : ?Rome déborde d?anciennes connaissances. On peut souvent apercevoir Sister (te souviens-tu d?elle, la célèbre Carson McCullers ?) et Mr Sister, son époux, titubant le long de la Via Veneto.? Pourtant quelques mois plus tard, lorsque Reeves McCullers se suicide à Paris, Capote est à son enterrement et cette ?histoire difficile à croire? le rend ?étrangement triste?.
Générosité est un mot qui ne vient pas spontanément à l?esprit en évoquant Truman Capote. Pourtant, elle existe. On le voit dans l?aide qu?il apporte à Patricia Highsmith, à William Goyen, dans son admiration sincère pour William Styron...
Autre qualité : il sait voyager, regarder, décrire. En quelques images, il rend les lieux présents. Il voit les couleurs, sent les odeurs, entend les conversations alentour, aime ou déteste d?emblée. La Californie, ?où, tout, jusqu?au café, a comme un goût de fraise Melba?, lui déplaît à la première visite, et il pense qu??il vaut beaucoup mieux mourir à Venise que vivre à Hollywood??. C?est pourtant à Los Angeles qu?il mourra, le 25 août 1984.
Pour les lecteurs de ses romans, c?est certainement la troisième partie de cette correspondance, 1959-1966, Quatre meurtres et un bal en noir et blanc, qui est la plus passionnante. On y voit la longue genèse de son maître livre, De sang-froid, on suit en détail son enquête, ses hésitations, sa joie en mai 1962, lorsqu?il peut envoyer à son éditeur une partie du manuscrit, et plus encore lorsqu?il y met le point final, le 18 février 1965.
Ensuite le succès, le fameux et somptueux bal ?Black and White?, le 28 novembre 1966 à l?Hôtel Plaza de New York. Et puis la chute. Là, la correspondance devient lacunaire, et Capote se perd dans le cycle alcool, drogue, désintoxication... jusqu?à en mourir. Dans sa biographie, Gerald Clarke explique très bien comment tout cela est lié à De sang-froid. Et cette correspondance donne immédiatement envie de relire ce livre et cette biographie.
Un plaisir trop bref (Lettres) (Too Brief a Treat) de Truman Capote.
© Le Monde 2007. Distribué par The New York Times Syndicate
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