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Trouille en eaux troubles
Si vous avez peur de l?eau, Open Water se chargera de titiller votre peur et de vous conforter dans l?idée que la baignade n?est pas sans risque. Si vous n?avez pas peur de l?eau, n?allez pas voir le film, au risque de changer d?avis.
Tout comme le Projet Blair Witch il y a quelques années, mais mieux réalisé et plus intelligent, Open Water, film indépendant à petit budget, est la sensation forte de ce début d?année. Inspiré de faits réels, le film raconte l?itinéraire d?un jeune couple, Blanchard Ryan et Daniel Travis, des bourreaux de travail qui s?offrent, enfin, des vacances au soleil. Le genre de couple qui fait tout pour passer inaperçu dans l?hôtel, qui ne recherche que la tranquillité. Qui rêve d?évasion. Ce pourquoi ils s?inscrivent au centre de plongée sous-marine pour une expédition en pleine mer.
Tout se passe bien. Il fait beau et chaud. Skipper sympa. Beaucoup de monde sur le bateau. 20 personnes selon le guide. Mais ils sont 22. Le couple fait sa plongée, s?éloigne un peu du groupe et remonte à la surface. Plus de bateau. A partir de là, le cauchemar commence. Fatigue, nuit, méduses et requins. «Mais ils ne sont pas méchants», avait dit le skipper de la plongée. On va faire semblant de le croire jusqu?à ce que?.
La caméra de Chris Kentis se promène entre ciel et mer, l?air semble s?alourdir. L?épouvante pure, qui n?utilise aucun des ingrédients habituels de la peur au cinéma. Perdus dans une étendue d?eau infinie, l?objectif filme de près. Pas de gros plans hollywoodiens mais un regard objectif sur la détresse des personnages principaux. On a parfois l?impression, comme les «héros», de ne plus sentir le sol sous nos pieds, de flotter, d?être sans défense, dans l?immensité, de paniquer pour un fond sonore qui semble soudain étrange..
Le film vous prend au ventre, à la gorge et ne lâche pas prise. L?élément liquide n?aura jamais été plus effrayant que dans ce film. L?homme y est faible, petit mais fait de son mieux pour tenir tête aux requins, dans ce face à face qu?aucun mot ne peut qualifier. C?est pire qu?effrayant, angoissant et terrifiant réunis. Même Les Dents de la Mer, de Steven Spielberg, ressemble à côté à une partie de bataille navale dans une piscine surchauffée. Il est terrifiant car réaliste. Un fait divers comme on peut en entendre souvent. Le spectateur a parfois l?impression d?être à leurs côtés, plongé dans l?eau, mais il n?est que l?observateur impuissant. Le turquoise de la plongée devient marée noire nuit à mesure que le film avance dans le temps et dans l?épuisement, et dans la peur jusqu?aux dernières secondes du film.
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