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Trois décennies à instruire

5 août 2008, 00:00

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Un bureau vétuste au premier étage d?un édifice curepipien. Froid et chaleureux à la fois. D?un côté parce que le temps n?est point clément en ce matin d?août. De l?autre, parce que Kamla Venkiah sait faire oublier le mauvais temps. Par son timbre de voix mélodieux.

La dame est manager et chargée des programmes depuis une quinzaine d?années au New Secretarial Institute (NSI). Elle y avait débuté il y a trente ans en tant que secrétaire et formatrice en dactylographie et sténographie, entre autres. Le centre de formation était alors connu comme le Curepipe Technical Centre (CTC), une école académique et technique pour ceux qui venaient de quitter l?école ou le collège.

Trois décennies plus tard, on y offre aussi des cours de marketing, de management, de gestion du stress et du temps, de développement de la personnalité, de premiers secours entre autres. Bref, des cours d?une durée de trois mois jusqu?à ceux d?une durée de deux ans, ce dernier sanctionné par un diploma. Son centre de formation est depuis certifié par la Mauritius Qualifications Authority. Depuis neuf ans, elle gère aussi un deuxième centre du même nom à la rue Brabant à Port-Louis.

Avant de se joindre au CTC, Kamla travaillait dans une usine de perruques et dans une autre de denrées alimentaires. Quelques cours après, elle débarque au CTC? pour ne plus en ressortir.

C?est comme cela qu?elle rencontre Bala Venkiah, celui qui deviendra son époux des années plus tard. Ce dernier avait en tête en ces temps- là de «faire un petit quelque chose pour résorber le chômage». En ces temps-là, nous étions en 1978. Trente ans après, le centre tient le coup. Certes avec moins d?élèves qu?au début. Car « la compétition est rude».

Et puis, il y a ces élèves pour qui l?autorité est un vain mot. «Quand je compare les élèves d?il y a deux ans à certains maintenant?C?est difficile.» soupire t-elle.

Mais à aucun moment, elle n?a voulu abandonner. Parce que «c?est mon école, c?est ma vie.» Et puis «j?ai toujours dit que je travaillerai jusqu?à la dernière minute».

En trente ans, elle en a vu défiler, des jeunes. A raison de quelques «800 à 1000 par an». Elle les a vu se débattre pour passer des examens, s?épanouir pour certains, évoluer «pas toujours positivement» pour d?autres.

C?est pour cela qu?elle enseigne autant que faire se peut des valeurs morales aux élèves du centre. A chaque fois que leurs plages horaires ou les siennes le lui permettent. Quid de passer pour un «vieux jeu» auprès des élèves.

«J?apprends que certaines sont harcelées sur leurs lieux de travail. Et à Maurice, nous les femmes, nous ne sommes pas protégées comme on le devrait».

Dans les étroits couloirs du NSI, elle les a entendu dire de temps à autre « Sa enn vié bonnfam sa. Li pa conpran nou ditou». raconte-t-elle avec un large sourire. Qu?elle aurait aimé gardé tout le temps malgré les problèmes. Mais impossible. Il y a des choses qui la révoltent. Comme ces femmes «mal considérées, qui sont traitées presque comme des esclaves». Chose qui aurait pu être tolérée auparavant «quand les femmes n?étaient pas éduquées, mais ça ne peut plus continuer? Une femme peut gérer une vie toute seule. Tandis que l?homme sans la femme, c?est zéro», s?esclaffe-t-elle. Féministe Kamla Venkiah ? En réponse, un grand oui. Suivi d?une invitation. «Toutes les femmes doivent être des féministes.»

Kamla a une excellente raison de l?être. 99 % de ceux qui fréquentant son institution sont des filles. Elle ouvre une parenthèse. «C?est malheureux, mais les garçons pensent que les cours de secrétariat sont destinés aux filles seulement.» Referme aussitôt la parenthèse pour faire part de ses inquiétudes. «J?apprends que certaines sont harcelées sur leurs lieux de travail. Et à Maurice, nous les femmes nous ne sommes pas protégées comme on le devrait. Ce qui fait que la solution, c?est de partir sans faire de scandale.» Pour espérer changer les choses, Kamla entend fermement se joindre à une organisation non gouvernementale en faveur des femmes, «dès que mon emploi du temps me le permettra».

Actuellement, son centre de formation compte quelque 225 élèves à mi-temps et cinquante à pleintemps Ils sont cinq dans le personnel, elle incluse. Les quatre employées étant issus d?un choix méticuleux. «Les quatre étaient des élèves d?ici.» Tout ce beau monde, elle préfère y faire allusion en utilisant le terme «Mes enfants». Comme pour compenser le fait qu?elle n?ait pas eu d?enfant. Celle qui aime choyer a bien besoin d?être choyée elle aussi, de temps à autre. La faute à son horoscope. Celui du cancer. «Je suis très sensible aussi. Comme le crabe, dès qu?on me touche, je me referme sur moi-même. Quand une personne me blesse, je suis très affectée.»

Une de ses blessures, c?est quand ceux qu?elle chérit ne lui sont pas reconnaissants. Mais qu?importe. Kamla est une battante. C?est, entre autres, ce qui lui a permis de tenir trente ans. Et puis, cette volonté de former les jeunes Les multiples concurrents ? Elle ne s?en fait pas outre mesure. «La compétition est là. Il faut savoir travailler avec».

Aujourd?hui, Kamla dit être fière du parcours accompli. «Parce qu?il y a eu des réussites». Elle cite plusieurs de ses élèves dont certains travaillent «dans de prestigieuses compagnies». Ce qui la pousse à dire qu?elle a «accompli tout ce que je désirais». Ah non, pas tout.

Elle laisse errer sa pensée. Loin. Puis y met des mots. Son rêve, c?est de faire du NSC un centre «beaucoup plus grand. Peut-être dans un autre emplacement.» dit-elle lentement. «Tout dépend des finances.» Qui lui permettront de tenir encore trente ans ? «Bien sûr. Au moins».

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