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Trente-neuf ans de loyauté à Sa Majesté
Bien que Stella John Chuan, née Li Wan Po, soit à la retraite depuis une semaine, elle évoque les futures actions de la uHaut-commissariat en ces termes : «Nous allons aider?». Comme si elle y était toujours partie prenante.
Des regrets que l?aventure soit terminée ? Pas vraiment. Si Stella s?exprime ainsi, c?est parce qu?elle a pris part aux décisions qui seront mises en oeuvre après son départ. Autrement, elle est sereine et elle a déjà préparé sa retraite. «Je reprendrai possession de ma maison. Je ferai du jardinage. Je me tiendrai disponible au cas où ma petite-enfant, Sara Kate, née il y a quatre mois au Canada, aurait besoin de moi.»
Cette aînée de six enfants qui entame sa Form VI, filière classique, au collège Lorette de Port-Louis et qui la complète en Ecosse où vit un de ses oncles, envisage dans un premier temps de faire des études supérieures en cartographie. Revenue au pays en vacances, elle rencontre Marc John Chuan, étudiant au collège d?Agriculture de Réduit. Et c?est le coup de foudre. À tel point que Stella décide de changer son fusil d?épaule et de ne pas faire d?aussi longues études que prévues en Ecosse. Elle y retourne et suit un cours de secrétariat et opte pour deux langues étrangères, français et espagnol. Et profite de ses vacances pour voir le monde.
À son retour à Maurice, elle n?a aucun mal à trouver un emploi car les diplômés y sont rares. Son père étant pro-britannique, c?est vers les firmes anglaises qu?il l?encourage à postuler. Lorsqu?elle voit l?avis de recrutement du Haut-commissariat britannique qui recherche une dactylo, elle postule comme 599 autres candidats. Elle qui est choisie et son salaire est de Rs 433 par mois.
Ayant une mémoire phénoménale pour les dates, Stella se souvient de son premier jour d?emploi au bureau de Port-Louis au Cerné House. C?était un 26 mai 1969. Elle est attachée à la section d?assistance technique et travaille sur plusieurs projets bilatéraux. Le haut-commissaire de l?époque est Arthur Wooller. Le personnel britannique est alors de 14. Il a tendance à se montrer condescendant envers les employés mauriciens. «Cela a beaucoup changé après.»
Durant ses premières années de service, elle n?a pas beaucoup de contacts avec les hauts-commissaires. Lorsque la politique du Foreign Office change à Londres, cela a des répercussions sur le Haut-commissariat ici. Au fur et à mesure que le temps passe, les responsabilités s?accroissent pour Stella.
«Il faut rendre les Chagos à Maurice et laisser les Chagossiens y aller s?ils le veulent. Mais comment feront-ils pour y vivre, ça c?est une autre histoire?»
En 1981, le haut-commissaire James Allan la désigne comme son assistante personnelle. « Pour que le haut-commissaire ait une secrétaire mauricienne, il fallait un clearance à son propos à Londres. On a fait une enquête discrète sur moi et j?ai été la seule cleared pour manipuler des documents confidentiels et «sensibles» à l?époque.»
Elle sert aussi d?assistante personnelle à l?adjoint de ce dernier. Tout comme elle est souvent cooptée dans la section politique quand le responsable est souffrant. Stella s?exécute, tout en sachant qu?elle ne gagnera pas grand-chose au change. «Je suis restée l?assistante personnelle d?Allan pendant cinq ans.»
Les choses vont changer à son départ. Son remplaçant, Richard Crowson, choisit une assistante personnelle britannique et pour que Stella avale mieux la pilule, il lui propose d?être sa social secretary. «J?ai refusé car je ne voulais pas être reléguée à ce rôle après avoir été personal assistant pendant cinq ans.» De tous les hauts-commissaires qu?elle a côtoyés, elle a beaucoup apprécié David Snoxell et loue ses efforts pour faire rapatrier les prisonniers britanniques arrêtés à Maurice. Mais son préféré a été le haut-commissaire James Daly. «Il avait fait la marine et savait mener sa barque. Il était droit, net, généreux et compréhensible envers le personnel local.»
Quand le Haut-commissariat réemménage à Port-Louis, en sus de ses responsabilités dans la section d?assistance technique, Stella est chargée des relations avec la presse. Méticuleuse, elle suit l?évolution de la situation politique de près, ainsi que les nouvelles lois promulguées et constitue son agenda personnel. Informations qui seront d?une grande utilité au haut-commissaire en poste, surtout durant les périodes électorales. À un moment, elle s?est aussi occupée du Technical Assistance Training Scheme destiné aux fonctionnaires ayant besoin d?une formation technique en Grande-Bretagne. Dans son cas toutefois, elle n?a bénéficié que d?une formation de 15 jours en Press and Public Affairs en Grande-Bretagne qu?en 1997, soit après 30 ans de service.
Le seul mauvais moment qu?elle garde en mémoire est la visite des diplomates chargés de l?inspection. «Cette inspection avait lieu tous les quatre ans et là, on était sur les charbons ardents. Ils étaient tout puissants. Ils pouvaient décider de la fermeture d?une section et d?un seul coup, on pouvait se retrouver surnuméraire. Avec eux, toutes les surprises étaient possibles ». À chaque appréciation de performance, Stella s?entend dire qu?elle est «above requirements» mais ce n?est pas pour autant que ses conditions de service changent?
Un des invités au pot d?adieu de Stella était le Chagossien Olivier Bancoult. «Je suis le parcours d?Olivier depuis le début et je l?admire car malgré les hauts et les bas, il persévère.» Mais en tant que Mauricienne et jusqu?à tout récemment employée du Haut-commissariat britannique, elle est déchirée entre la souveraineté que réclame Maurice et la réclamation de Bancoult pour retourner dans son île natale.
Maintenant qu?elle peut s?exprimer plus librement, Stella est catégorique. La question de la souveraineté doit primer. «Il faut rendre les Chagos à Maurice et laisser les Chagossiens y aller s?ils le veulent. Mais comment feront-ils pour y vivre, ça c?est une autre histoire?»
Cette mère de deux fils, Clive, 33 ans et Barry, 29 ans, tous deux ingénieurs en informatique, qui ont étudié en France et aux États-Unis et vivent au Canada et aux États-Unis, a dû attendre 2003 pour être faite Member of the British Empire. Une décoration pour 34 ans de loyauté, cela peut paraître dérisoire. Pas pour la principale intéressée. Quand on vous disait qu?elle fait partie d?une race d?employés en voie d?extinction?
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