Publicité
Trente-huit ans de fidélité professionnelle
Par
Partager cet article
Trente-huit ans de fidélité professionnelle
«Je n?ai pas vu ces 38 années passer tant j?ai aimé mon travail», raconte Marie-Hélène How Sou Chong qui est très élégante. Comme à l?accoutumée, diraient ceux qui l?ont côtoyée régulièrement à la Commission électorale. Cette Beau-bassinoise, élevée par sa marraine, s?initie à la dactylographie sur la vieille Impériale que cette dernière ramène régulièrement à la maison. Marie-Hélène complète sa formation de secrétaire auprès de feu Arlette Orian.
En quête d?un emploi, elle fait une demande en ce sens auprès de la Public Service Commission et est recrutée. Envoyée au ministère des Télécommunications, elle y rencontre un certain Harry Tirvengadum, devenu bien plus tard sir Harry, qui est à l?époque Principal Assistant Secretary. «Il était très gentil et me complimentait sur ma façon de m?habiller.»
Marie-Hélène fait quelques mois à ce ministère avant d?être envoyée comme sténodactylo à la Commission électorale. On est alors en janvier 1969. Au début et pour la tester, on lui fait des petites misères. «Par exemple, je demandais une grande feuille de carbone. On m?en donnait deux petites que je devais ajuster. Quand on a vu que j?étais là pour travailler, tout est rentré dans l?ordre.» Marie-Hélène est directement affectée au service de feu sir Harold Glover, commissaire électoral, qui sait apprécier le travail bien fait. «Il était très gentil et m?appréciait beaucoup. En fait, il faisait confiance à deux personnes au bureau : un planton qu?on nommait petit Pillay et moi. Il m?appelait son bras droit. Il avait tellement confiance en moi que je sais que si je lui disais qu?untel ne travaillait pas comme il le faut, il l?aurait fait transférer sur le champ. Mais je n?ai jamais joué dessus. J?ai toujours été amicale avec tout le monde, depuis le commissaire électoral jusqu?au planton.»
Marie-Hélène n?a pas son pareil pour répondre au téléphone, accueillir les gens qui viennent à la Commission électorale et surtout garder un secret. Elle en parle en rigolant. «Dessus, je suis très chinoise. Tout ce qui est confidentiel reste enfoui au plus profond de moi. Je n?en parle à personne, pas même à mon compagnon.»
Le 12 septembre 1980, elle est nommée assistante confidentielle et doit être mutée au ministère du Plan. La Commission électorale ayant besoin d?une secrétaire confidentielle, un poste est créé à cet effet. Et feu Harold Glover insiste pour qu?elle reste. Marie-Hélène ne se fait pas prier.
Le deuxième commissaire électoral avec qui elle travaille est feu Sooroojnundun Moossun, qu?elle qualifie de «très gentil». C?est à l?époque du commissaire Moossun que certaines instances internationales font appel à la Commission électorale pour qu?elle agisse comme observateur lors des élections à l?étranger. Mais c?est sous l?actuel commissaire électoral, Mohamad Irfan Abdool Raman, que Marie-Hélène compare à un «gato tant il est gentil», que ces demandes se sont multipliées. «Avec tous ses contacts, des instituts renommés comme le Commonwealth, la Francophonie, l?IDEA et la SADC ont fait appel à lui pour qu?il partage ses connaissances et compétences.» Irfan Raman n?est d?ailleurs pas sans lui rappeler feu Harold Glover «sur le plan humain. M.Raman est très proche des gens et malgré ses multiples obligations, il est toujours prêt à aider une personne dans le besoin».
Marie-Hélène a aussi travaillé durant toutes les élections générales comme les partielles et ce, depuis 1969. Elle était affectée dans les centres non loin de son lieu de résidence et faisait le décompte des voix comme tous les fonctionnaires travaillant pour les élections. «J?aimais l?ambiance de fête, les pétarades durant la proclamation. Et puis, lorsqu?on savait que j?étais l?assistante du commissaire électoral, on avait des attentions pour moi.»
L?unique fois où elle a eu des appréhensions en période électorale, c?était durant la partielle de 1970 ayant vu la victoire de Dev Virahsawmy à Triolet. «L?ambiance était très tendue. Les éléments de la Riot Unit étaient partout. J?avais un peu peur, je dois dire.» Mais les élections qui l?ont le plus marquée étaient les générales de 1976. Du moins, les préparatifs avant le vote. «On n?avait pas eu d?élections générales pendant un bout de temps et à la Commission électorale nous étions petitement logés à La Chaussée. Les Returning Officers n?avaient pas de place pour vérifier les bulletins. C?était difficile de travailler tant nous étions à l?étroit.»
Marie-Hélène a eu la possibilité de quitter la Commission électorale. La vice-présidence de la République lui a proposé un poste et de meilleures conditions mais elle a refusé. «J?aimais trop la Commission électorale, l?ambiance, la gentillesse du patron et du personnel. Tout comme j?aimais travailler avec les présidents et membres de l?Electoral Supervisory Commission. Ils ont toujours agi comme des gentlemen à mon égard. Je ne me voyais pas recommencer ailleurs.»
Marie-Hélène a eu la possibilité de vivre à l?étranger car elle a obtenu son permis de résidence à Sydney en Australie où vivait son parrain. Elle y a même séjourné un mois. «Un matin, j?avais deux télégrammes, l?un d?une firme australienne m?offrant un emploi, l?autre de Mohamed Achmed Musbally, mon ami, qui était Higher Executive Officer à la Commission électorale et qui insistait pour que je revienne à Maurice. La décision a été difficile à prendre.»
Le c?ur l?a emporté sur toute autre raison. «C?est l?insistance d?Achmed qui m?a fait rentrer. De toutes les façons, je me suis dit que je pouvais toujours repartir si cela n?allait pas.» Elle ne le regrette pas car depuis, elle partage la vie de son ami. «Cela n?a pas été toujours facile car ce qui est acceptable aujourd?hui, ne l?était pas hier. Mais je n?ai pas de regrets. Je suis bien. Achmed fait tout pour moi et je ne suis pas trop exigeante non plus.»
Marie-Hélène rougit de plaisir quand elle repense au moment où l?actuel Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui était à l?époque leader de l?opposition, avait téléphoné à la Commission électorale et lui avait parlé. Il avait par la suite fait ses éloges auprès du commissaire Irfan Raman. «Un jour que le Dr Ramgoolam est venu à la Commission électorale, il a demandé à M. Raman si c?était bien moi qu?il avait eue au téléphone. Quand l?information a été confirmée, il a dit à M. Raman : Mo pou kokin li.» Tout comme elle n?oublie pas qu?un haut cadre de la francophonie qui a l?habitude de téléphoner à la Commission électorale, lui a un jour dit qu?elle avait «une voix unique au monde».
Cette adepte du yoga s?est retirée la semaine dernière. Une retraite qu?elle a préparée mentalement. «Pour que cela ne soit pas trop dur, je me suis faite à l?idée. Je me suis préparée à cela.» Marie-Hélène déclare qu?elle meublera son temps libre en s?occupant davantage de sa maison, de son compagnon et d?elle. C?est déjà tout un programme?
Publicité
Publicité
Les plus récents