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Transport public, transport galère

23 mars 2008, 00:00

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Gare de Rose-Hill, mercredi, 15 h 30. Un calme apparent règne alors que les autobus ont quitté la gare, chargés de leurs grappes d?étudiants. Seule sous la pluie, Taheba, qui a une soixantaine d?années, fulmine. « On veut humilier les passagers du troisième âge. On nous prend pour des moins que rien », peste-t-elle.

Et elle a de bonnes raisons d?être furieuse : voilà une bonne heure que deux autobus sont partis, sous son nez. Habitant la région de Verdun, le premier bus, elle l?a manqué parce que « les étudiants poussaient trop pour entrer ». Mais le deuxième l?a laissée sur le pavé bien qu?elle ait fait de grands gestes de la main. « Dès que les chauffeurs voient une personne âgée, ils rechignent à s?arrêter. Ils préfèrent prendre les passagers payants. Le transport gratuit, c?est finalement un cadeau empoissonné », s?insurge-t-elle.

Non loin de là, un groupe d?étudiants. Certains sont de l?école secondaire SSS d?Ébène. Ils expliquent qu?ils ont dû marcher d?Ébène jusqu?à Rose-Hill car les autobus ont refusé de les prendre. Étudiant à l?université, Brandon dit, quant à lui, être au courant de cette situation. « Depuis que le transport gratuit a été introduit en 2005, c?est un avantage, sauf que les autobus refusent souvent de prendre les étudiants aux arrêts de bus et dans les gares », remarque-t-il, ironique. Le système de transport gratuit pour les élèves, les retraités et les handicapés est entré en vigueur le 2 septembre 2005.

Cependant du côté des opérateurs, ces derniers rejettent les critiques des usagers et estiment être injustement accusés. « Il y a des risques de suspension de permis dans ces affaires-là. On respecte scrupuleusement les plages horaires de la National Transport Authority (NTA) », explique un chauffeur de la ligne 16, desservant la région de l?Est.

Même son de cloche du côté des opérateurs de la Compagnie nationale de transport (CNT) qui dénoncent les abus du système. « Il y a un retraité qui habite Quinze-Cantons à Vacoas. Il passe par La Louise, Quatre-Bornes, et descend vers Port-Louis pratiquement tous les jours. Vous savez pourquoi ? Pour manger un dholl puri ! Ce faisant, ce retraité occupe le siège d?une personne qui va travailler », raconte Kaviraj Mistar, contrôleur à la CNT.

« Il y a trop d?abus de la part des étudiants et des personnes âgées. Vous imaginez qu?il y a des vieux qui voyagent pour rien ! Ils ne regardent même pas les indicateurs. Ils ne font que montrer leur bus pass sans même dire où ils vont. Ils ne font que se promener toute une journée », poursuit-il.

Quant à Noorani Ausrafally, chauffeur à la CNT, il estime qu?avec le systè-me de transport gratuit, la méfiance s?est installée entre usagers et opérateurs. « Pour un rien, un passager peut porter plainte et nous sommes sanctionnés par le comité disciplinaire. Chaque jour, il y a dix à quinze plaintes qui sont rapportées, surtout pendant les heures de pointe. Les personnes âgées ne veulent même plus marcher d?un abribus à un autre », soutient-il.

Une atmosphère lugubre</B>

Gare du Nord (Port Louis), jeudi, 19 heures Un endroit désert. À la nuit tombante, il ne fait pas bon s?y trouver. L?air frais en provenance du port a fini par dissiper les relents d?urine qui empestent cette gare. Mais l?atmosphère n?est pas pour autant moins lugubre et sordide. Les quelques passagers qui sont encore à Port-Louis se hâtent de se barricader à l?intérieur des autobus. Seuls quelques téméraires, comme les amoureux qui bécotent à l?intérieur des abribus, osent encore s?afficher à l?extérieur, au risque d?être rackettés par les voleurs à la tire et autres maraudeurs.

Une bande de jeunes tapageurs et à bicyclette rôdent dans les environs. Entre jurons et provocations, ils se chamaillent. La proximité du poste de police de Trou-Fanfaron ne les inquiète guère. Une femme s?est réfugiée à l?intérieur d?un autobus. « C?est effrayant. La gare est dans l?obscurité. En plus, même l?intérieur du bus n?est pas éclairé. Je rentre d?un cours, et j?ai retiré ma chaîne pour la mettre dans mon sac afin de ne pas susciter de convoitises. Surtout que le mois dernier, en me dirigeant vers cette gare, un individu m?a giflée. Depuis cette mauvaise expérience, je suis doublement prudente », constate D. Marina, enseignante du préprimaire.

La peur est du voyage</B>

Si l?insécurité peut se manifester en dehors de la gare, il faut dire que la peur est souvent du voyage. Les chauffeurs d?autobus en témoignent volontiers. Et les incidents ne manquent pas.

« Il était 19 h 30. Dans mon bus, en quittant la gare, il y avait trois passagers, dont un jeune avec un portable. Au cours du trajet, deux des passagers devaient menacer le jeune avec un cutter pour lui voler son téléphone. Heureusement que le chauffeur avait tout vu et qu?il s?est dirigé vers un poste de police », déclare Neeraj, receveur dans une compagnie privée d?autobus. Il poursuit que devant le sentiment d?insécurité, nombreux sont les contrôleurs qui préfèrent ne pas garder d?argent sur eux. « Arrivé à cette heure, on a déjà sécurisé l?argent qu?on a pu collecter durant la journée », explique-t-il.

Et au-delà de ceux qui menacent les usagers, il y aussi ces « passagers indésirables » qui voyagent pendant la soirée. « Après 19 heures, nous avons parfois affaire à des passagers qui refusent de payer. Il y a aussi ceux qui utilisent des armes blanches pour nous menacer. Nous avons eu des problèmes plusieurs fois », explique ce chef de gare qui veut garder l?anonymat.

L?État souhaite que le public utilise le transport public pour endiguer les problèmes de congestion routière. Mais si le trafic a augmenté, les moyens sont restés les mêmes.

La vétusté règne aussi bien dans les gares que dans les autobus eux-mêmes. L?introduction du transport gratuit demande, quant à lui, à être révisé pour le rendre plus efficace et pour prévenir les abus de toutes parts. Sinon la galère continuera à voguer.

« Road movie »</B>

<B>Anne ma s?ur Anne, ne vois-tu rien venir ? Pas le bus en tout cas.</B>

<B>C?est la petite mêlée de rugby pour monter à bord.</B>

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