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Transparence
Les indicateurs sont alarmants. Les actes concrets s?ajoutent aux menaces. L?objectif inavoué du gouvernement semble, plus que jamais, de pouvoir filtrer l?information que le public doit consommer. Les journalistes craignent de ne pas pouvoir collecter, traiter et diffuser les informations sans entraves. Dans ce contexte, la décision du président du CEB, Patrick Assirvaden d?affronter la presse, hier, relève du courage. Mis en cause par Jack Bizlall dans un scandale allégué, il a spontanément accepté de répondre à toutes les questions de la presse sur ce sujet.
Entendons-nous bien. Il y a, pour l?heure, deux versions contradictoires dans cette affaire et nul ne peut préjuger de son issue. Il est encore trop tôt pour donner raison à telle ou telle partie. Mais il n?en reste pas moins que la personne incriminée a décidé de jouer la carte de la transparence, ce qui n?est pas un acte banal par les temps qui courent.
Deux questions distinctes se posent à propos de cette affaire. D?abord ? même s?il ne l?a finalement pas fait ? Patrick Assirvaden a-t-il tenté d?échanger le billet en classe affaires qui lui était offert contre deux billets en classe économie ? Puis, il s?agit de savoir dans quelle mesure les règles éthiques autorisent les responsables des organismes parapublics à accepter des voyages gratuits offerts par des entreprises avec lesquelles ils sont appelés à négocier des contrats. Pour répondre à ces interrogations, il faut échanger des informations, répondre aux questions, bref, accepter le dialogue. On peut estimer qu?il est entamé dans de bonnes conditions en ce qui concerne cette affaire.
Il est important de souligner l?importance de cette disposition à communiquer alors que l?espace de transparence se rétrécit dangereusement à Maurice. Les récentes tentatives de diaboliser la presse et d?associer les journalistes aux ?prostituées? ont réduit au silence de nombreuses sources d?informations. Elles refusent de communiquer avec les journalistes indépendants de peur d?être soupçonnées d?infidélité envers le parti au pouvoir. Beaucoup de ceux qui détiennent de l?information adoptent maintenant la prudence et deviennent sourds et muets face aux sollicitations de la presse. Ce n?est pas sûr que les parlementaires de l?opposition auront, eux, plus de chance lors des séances d?interpellations adressées aux ministres. Ils risquent de se retrouver, comme autrefois, devant des réponses du type : ?As far as I know, I don?t know?.
Cette surconfidentialité des informations est contraire aux pratiques de bonne gouvernance. Dans le monde occidental, la presse est souvent en mesure de dire que ?la loi d'accès à l'information nous a permis de confirmer notre information?. Une telle loi garantissant le droit du public à l?information est une des caractéristiques des démocraties modernes. Chez nous, la priorité du gouvernement est de durcir les lois qui sanctionnent les délits de presse et de créer une commission pour contrôler la presse.
Il est inutile de placer des espoirs dans les ONG qui ont pour vocation de défendre le droit des citoyens à l?information. Elles ont, pour la plupart, une culture bla-bla-bla et sont incapables de faire passer un message fort pour attirer l'attention sur les problèmes sérieux. Se souvient-on d?avoir entendu une seule de ces organisations spécialisées dans la transparence depuis qu?une atmosphère de danger pèse sur les médias indépendants?
Si la situation sociale se détériore, le pouvoir désignera la presse comme le bouc émissaire responsable de ses malheurs. Il n?hésitera pas alors à appliquer la loi que présentera bientôt le ministre qui vient tout juste d?être condamné pour ?fos nouvel?.
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