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Transformer les recalées en citoyennes de demain

27 avril 2006, 00:00

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Le 3 février, l?infatigable travailleuse sociale, Monique Leung, a concrétisé un projet qui lui tenait à c?ur : opérer un centre d?encadrement pour recalées et non scolarisées au CDMO, en face de l?église de l?Immaculée-Conception, à Port-Louis. Son pari est de les développer intégralement.

Elles sont actuellement 18 filles âgées de 10 à 16 ans à fréquenter le centre, qui cible des élèves de Port-Louis et de sa périphérie et qui dispense une formation gratuite. Elles viennent de Tranquebar, Cassis, Baie-du-Tombeau et Bambous. Monique Leung, responsable d?Oasis de Paix, et ses trois assistantes, Anne Goupille, Paule Narainsamy et Denise Lai Wing Sun ont une philosophie : ?Faire celles qui ont le niveau réussir le CPE, préparer les autres à le passer, s?occuper de leur développement intégral en leur révélant leurs talents et les orienter vers un travail. Il y a donc une discipline et une rigueur à observer, tout en les entourant d?amour et d?attention.?

Une de leurs petites protégées est Angéline Jackreelall, 15 ans. Le papillon à paillettes roses qu?elle porte dans les cheveux rappelle ses propres ambitions : déployer ses ailes, se développer et réussir, elle qui a échoué à trois reprises à l?examen du Certificate of Primary Education (CPE). Angéline, fille cadette de Steve, pêcheur de Cassis, et de Margaret, femme de ménage, fréquentait la Montagne-des-Signaux R.C.A. Elle a d?abord chuté sur l?anglais, qu?elle entrevoyait vraiment comme ?une langue étrangère?, et les mathématiques. Si elle a amélioré son niveau en calcul à sa deuxième tentative au CPE, elle a buté sur les sciences ?en raison des questions qui étaient en anglais?.

Ses trois années en filière pré-professionnelle lui ont fait découvrir ses aptitudes en dessin et ont renforcé ses connaissances. Mais elle a paniqué lors de son troisième essai à l?examen du CPE. ?Le premier papier était l?anglais et tous mes vieux blocages sont revenus. J?ai échoué dans cette matière.? C?est en assistant à une messe qu?elle et sa mère apprennent qu?Oasis de Paix va ouvrir ses portes en février. Angéline se fait inscrire.

Lundi, elle a repris les cours après un premier trimestre où elle dit avoir beaucoup gagné. ?J?ai appris des tas de choses et j?ai progressé dans toutes les matières étudiées au CPE. J?ai découvert d?autres sujets comme l?informatique. Autrefois je stagnais. Quand j?étais au primaire, l?instituteur ne traduisait jamais l?anglais en créole. Donc, j?étais perdue et je me trompais sur tout. Il me faisait répéter cinquante fois à haute voix mes erreurs et les enfants riaient. Ici, on m?explique mon erreur tout simplement. Pour moi, ici c?est vraiment l?école et je sens que je progresse.?

?J?ai envie d?apprendre et de réussir?

Angéline se prend aujourd?hui à rêver d?un avenir qu?elle n?avait jamais envisagé. ?J?ai envie d?apprendre la pâtisserie pour pouvoir exercer dans l?hôtellerie. Maintenant que j?ai compris que sans certificat, je n?arriverai à rien, je vais m?y mettre sérieusement et réussir mon CPE?.

En sus des matières à l?étude au CPE, Oasis de Paix offre des cours d?informatique, de couture, d?artisanat, de cuisine, de théâtre, de musique et bientôt une formation sur la sexualité. Ce centre travaille en collaboration avec Adolescent Non-Formal Education Network, qui lui délègue sa conseillère pédagogique et un soutien psychologique. Parmi le personnel d?Oasis de Paix, seule une enseignante et le gardien sont rétribués. Mais comme Monique Leung veut prendre 20 élèves supplémentaires l?an prochain et 20 autres d?ici 2008, elle devra trouver de quoi payer un nouvel enseignant.

Pour l?instant, elle a bénéficié du parrainage de la British High Commission pour le mobilier, d?une partie du CDMO appartenant au diocèse de Port-Louis grâce au père Henri Souchon, curé de l?Immaculée-Conception et d?un petit financement du Bregal Investment, compagnie britannique et de la Fondation Espoir et Développement.

Monique Leung ignore toutefois de quoi les lendemains d?Oasis de Paix seront faits. Elle rencontre actuellement d?autres sociétés sensibles à sa cause et est confiante que l?aide viendra. ?Si je pouvais avoir un parrain qui me fournirait des voiles et des partitions mobiles, vu que je ne peux modifier les structures du bâtiment qui appartient au diocèse, j?aménagerais des classes supplémentaires sous le préau.?

?Une enfance livrée à elle-même?

La responsable du centre explique qu?elle a côtoyé tant de marginalisés dans sa vie qu?elle pense que si rien n?est fait pour les recalées et les non scolarisées, celles-ci risquent de ne pouvoir échapper aux multiples problèmes sociaux de la vie. ?Les ministères de la Femme et de la Sécurité sociale devraient miser sur la prévention auprès des jeunes. C?est en aval qu?il faut s?occuper de cette enfance livrée à elle-même. Quand ces jeunes sont devenus des petits durs et des délinquants, c?est plus difficile de les redresser. C?est aussi pour ces élèves-là que le transport jusqu?à l?école doit être gratuit car elles viennent de milieux modestes et de cellules familiales souvent brisées. Ces filles sont des citoyennes en devenir. Il faut les encadrer convenablement pour qu?à l?avenir, elles voient ce qu?elles peuvent faire pour leur pays et pas l?inverse??

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