Publicité
Trait d?union
L?initiative revient à l?ambassade de France. Elle propose, en effet, un ?cycle mensuel de conférences-débats dédié à la promotion et à la diffusion, sur la scène intellectuelle mauricienne, des grands courants de la pensée contemporaine?. Dans le désert culturel mauricien, ce programme sert de véritables bouffées d?air frais. Car en regardant de près, on se rend bien compte qu?il n?y a de débat que ce qui a été convenu.
On reste dans les limites des convenances avec la grosse frayeur de devoir ouvrir des portes où il n?existe pas de paillassons pour s?essuyer les pieds. Vous imaginez la tragédie burlesque qu?il faudra vivre !
Bref, pour revenir à l?illusion du sérieux, il faut rappeler qu?en des temps anciens à Maurice, il existait une quête de la connaissance qui s?appuyait sur des débats et des échanges de toutes sortes. Depuis, il y a eu une sorte d?uniformisation de la pensée sociale. Étrangement, on semble être d?accord sur tout et sur rien du tout. Tant l?activité cérébrale s?est desséchée. Tant une confrérie de la bêtise composée de bien-pensants culturels semble s?être installée partout.
Les inféodés de la culture officielle, soit l?absence à toute référence créative, s?alignent pour figurer en bonne place dans la hiérarchie des déficitaires intellectuels. Une denrée courante à Maurice ! Ni ?basmati? ni ?diri rasyon? mais du riz qui pousse dans les marécages de l?imbécillité. Parce que nos savants ont érigé en dogme le culte du crétinisme.
Il faut donc attendre que l?ambassade de France ou le British Council innovent pour bousculer la bastille de la médiocrité culturelle mauricienne. Sur place, nous avons notre bon ministère des Arts et de la Culture qui traite les affaires culturelles sur le ton du badinage religieux. N?allez surtout pas attendre le ministre de tutelle contester la décision de son collègue de l?Éducation sur la réintroduction de l?élitisme radical dans notre système éducatif ! N?attendez pas non plus pour qu?il convoque les acteurs culturels et artistiques à une grande convention devant procéder à une herméneutique de l?imaginaire social mauricien afin que nous puissions mieux saisir la tentation kafkaïenne qui habite le sujet mauricien.
À défaut de tel exercice d?introspection, nous avons des ministres qui veulent faire enlever la statue d?Epinay. Qui se décarcassent afin de séduire ces associations dites socio-culturelles, celles-là mêmes qui sont subventionnées par l?État mauricien. Ou encore ces idéologues qui sont figés à l?ère de l?idéologie de revendication identitaire des années 70. Voire cette pseudo intelligentsia qui est surtout obsédée par la question de savoir quels sont les meilleurs moyens pour s?enrichir rapidement lorsque ce n?est pas simplement pour débattre de l?avenir de tel ou tel parti politique.
Les débats, lorsqu?ils ont lieu, sont génériquement typés. C?est d?ailleurs le propre de tous ceux qui ont été nourris à la cuillère d?un savoir préfabriqué. Il y a véritablement peu de pays au monde où la culture est ainsi banalisée et stigmatisée. Il ne fait pas bon de savoir réfléchir et d?énoncer ses idées hors des cadres conventionnels dans ce pays. Les politiques, de quelque bord qu?ils soient, y voient une quantité négligeable dont on s?accommode que pour la forme.
C?est tout le drame d?un pays qui ne manque singulièrement pas de charme. Un pays où des cultures, des langues et des identités auraient dû être en dialogue permanent. Un pays où l?université serait un laboratoire de recherche qui tenterait de comprendre les forces souterraines qui déterminent le comportement social des individus. Un pays qui bref dirait une soif de connaissance et une curiosité insatiable. Un pays qui assumerait son destin de trait d?union? Heureusement qu?il y a des ?étrangers? qui sont plus à même de comprendre ce dont nous avons besoin pour être ce que nous voulons être, pour nous le rappeler.
Publicité
Publicité
Les plus récents