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?Toutes les nouvelles mesures sociales du budget sont ciblées?
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?Toutes les nouvelles mesures sociales du budget sont ciblées?
Le défi du ministre des Finances concernant ce budget était comment poursuivre la réforme et la mise en place d?une nouvelle stratégie économique dans un environnement hostile. Il avait trois options: l?abandon partiel ou complet de la stratégie, garder l?essentiel de la réforme mais en faisant des concessions tactiques ; et poursuivre l?action engagée depuis l?année dernière avec d?autres mesures douloureuses en dépit de la résistance.
Le ministre a choisi la deuxième voie. Il essaye d?atténuer l?opposition à la nouvelle stratégie par des nouvelles mesures. Cela tout en assurant la cohérence de ce budget par rapport au projet de réforme.
Le message fort de cette deuxième voie est le suivant : la croissance et l?investissement vont générer les moyens pour combattre la pauvreté, créer de nouveaux emplois et rehausser le niveau de vie de la population. Le budget mise donc sur la croissance. Il y a plusieurs mesures qui vont dans cette direction.
Il y a d?abord la baisse accélérée du taux de la taxe sur les compagnies. Le ministre voit les résultats de sa politique de réduction des taxes sur la première année de réforme de l?impôt direct. L?investissement étranger est en hausse dans plusieurs secteurs d?activité. Il décide d?accélérer le processus en ramenant à un taux uniforme de 15 % l?impôt sur les sociétés mais aussi sur les particuliers. Cela va dans le sens de la philosophie centrale de la nouvelle stratégie: récompenser l?effort et l?initiative.
?Le gouvernement sollicite
l?aide des bailleurs de fonds
internationaux pour pouvoir
traverser cette phase transitoire
économique et sociale.
Les financements
doivent aussi servir
la transition sociale.?
Deuxièmement, cette politique ouvre davantage le pays aux capitaux et au savoir-faire étranger. Pour appuyer la croissance, il y a aussi plusieurs initiatives d?ouverture dont des nouvelles facilités destinées aux professionnels étrangers.
Pour pouvoir appuyer la croissance, il faut plus d?investissement. Il y a un gros accent sur le développement des infrastructures pour pouvoir soutenir les réformes.
● <B>Dans quelle mesure, Rama Sithanen parvient-il à atténuer l?opposition à son programme de réforme? </B>
On avait taxé le budget de 2006-07 de budget sans c?ur. Cela avait fait mouche. Le ministre présente cette fois-ci 23 mesures sociales en faveur des plus démunis et des plus vulnérables. Il essaye ainsi d?atténuer les critiques contre son action.
Deuxièmement, il allège aussi la National Residential and Property Tax (NRPT). L?opposition contre la NRPT a été terrible. Le ministre fait marche arrière sur la question, mais il n?abandonne pas.
Lorsque le budget 2006-07 avait enlevé les exemptions sur l?impôt sur les ménages, il y avait un groupe de contribuables appartenant à des classes moyennes qui avait été pénalisé. C?était une anomalie parce que l?objectif de ces changements était justement de récompenser l?effort. Avec la réduction du taux de l?impôt à 15 %, ce problème n?est plus d?actualité.
Enfin, le grand argentier ne parle pas des sujets qui fâchent, telles les subventions et les pensions. Les questions qui posent problème et pour lesquelles il n?a pas de solution pour le moment, il préfère ne pas en parler pour l?instant. Il désamorce pas mal de situations qui se prêtaient à des tensions.
● <B>En faisant ces gestes, le grand argentier n?est-il pas en train de revenir sur la restructuration économique ? </B>
On pourrait penser qu?en donnant du leste comme il le fait, il serait en train de diluer sa réforme. Je ne suis pas de cet avis. Le message central du budget est que c?est l?économie qui va tirer le social.
Deuxièmement, il prône une approche de ciblage par rapport au volet social. Toutes les nouvelles mesures sociales sont ciblées. Il n?y a aucune nouvelle initiative qui soit de couverture universelle. Les actions en faveur des femmes, des enfants, des handicapés et des victimes de sale by levy sont toutes ciblées. Le ministre est cohérent sur ce plan.
D?autre part, s?il laisse filer les dépenses publiques et n?augmente pas les taxes, c?est parce qu?il pense avoir assuré ses arrières. En effet, le gouvernement compte sur les dons de l?étranger. Il compte encaisser Rs 3 milliards sous cet item.
Ensuite, le ministre fait aussi un pari sur la croissance qui va remplir les caisses de l?état avec la taxe à valeur ajoutée (TVA), les droits sur les imports et les droits d?accise.
C?est pour cette raison qu?il est persuadé qu?il arrivera l?année prochaine à un déficit budgétaire inférieur au niveau actuel. Si tel n?est pas le cas à la fin de l?année, je pense qu?il va revoir ses plans. Il ne fait pas de marche arrière sur son objectif de consolider les finances. Il donne seulement du lest.
Le gouvernement sollicite l?aide des bailleurs de fonds internationaux pour pouvoir traverser cette phase transitoire économique et sociale. Les financements doivent aussi servir la transition sociale.
● <B> Le budget fait aussi mention de la privatisation de certaines sociétés étatiques?</B>
Il faut encore une fois lire entre les lignes. Le ministre des Finances laisse filer les dépenses mais garde quelques cartes en main. Il table sur une meilleure tax buoyancy. Toutefois, si cette stratégie ne donne pas de résultats, il a toujours la possibilité de vendre des actifs des compagnies d?état.
● <B>Le gouvernement est en train de s?endetter en devises lourdes pour financer son déficit. N?est-ce pas là une action dangereuse ? </B>
Dans une transition économique, l?on ne peut pratiquer une politique d?austérité. Si l?état limite ses dépenses en se disant qu?il n?a pas les moyens, l?économie ne va pas décoller. Le gouvernement doit continuer à dépenser pour appuyer la croissance. C?est vrai que cela augmente l?endettement. Toutefois, je suis d?avis que c?est un mal nécessaire. Il faut mobiliser plus de ressources de l?extérieur sous forme de dons ou de prêts bonifiés pour pouvoir éponger le déficit.
Si l?état choisit la voie de l?austérité, le pays risque de se retrouver dans une situation déflationniste. Il faut s?inquiéter des emprunts de l?étranger, mais je crois que le ministre n?a pas de choix. Comme le précédent gouvernement d?ailleurs qui avait beaucoup investi dans l?infrastructure. Malheureusement, la croissance n?a pas suivi.
● <B>Peut-on s?attendre à ce que la croissance prenne de la vitesse à partir de cette année pour générer une activité robuste plus durable? </B>
La croissance ne peut jamais être prédite de manière catégorique. Il y a un ensemble de facteurs à tenir compte qui rend les prévisions très complexes. Dans le cas du tourisme, on avait tablé sur un taux de croissance de 5 %. Nous voyons maintenant que le taux va dépasser la barre de 10 %. Parfois, on mise sur 5 %, et on termine l?année avec une croissance de zéro.
Je constate néanmoins qu?il y a un potentiel pour une forte croissance. Il y a trop de facteurs externes qui sont capables de venir jouer les trouble-fêtes.
L?ancien ministre des Finances, Sir Veerasamy Ringadoo, avait pris beaucoup de mesures pour redresser l?économie après la dévaluation de 1979. Cependant, il n?a eu d?autres choix que de procéder à une nouvelle dévaluation en 1981 en raison des conditions externes et exogènes, tels le deuxième choc pétrolier et les conditions climatiques terribles à la fin des années 70. Celles-ci ont anéanti tous les efforts de redressement.
L?année dernière, Maurice a dû faire face à la hausse des prix du pétrole et d?autres produits tels le blé et le lait, entre autres sans compter le fret qui devient plus cher. L?inflation importée a été un coup dûr dans la mise en place de la nouvelle stratégie économique. Les autorités ont eu tort de laisser la roupie se déprécier pendant trop longtemps.
Propos recueillis par <B>Akilesh ROOPUN</B>
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