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Tout pour le décalage

3 octobre 2003, 20:00

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Le monde du rugby a changé d?époque. Le temps des essais incroyables à vous mettre ?cul par-dessus tête?, le temps où les équipes du Nord qui voyageaient dans le Sud avaient obligatoirement la tête à l?envers, le temps où la Coupe du monde n?appartenaient qu?aux membres du club Tri-Nations... Ce temps-là est révolu, ou presque.

L?Angleterre a battu la Nouvelle-Zélande et l?Australie sur leur terrain, l?Ecosse est venue chatouiller les Sud-Africains et la France a tenu tête aux All-Blacks. Le problème numéro un des équipes qui vont jouer aux Antipodes, ce n?est plus un certain complexe d?infériorité mais le décalage horaire. Le jetlag comme l?appelle les Anglais.

A ce niveau, les Français seront dans le rythme. Les conseils du docteur Thierry Hermerel ont été précis : lors des quinze jours précédents le départ, les joueurs ont dû déplacer progressivement leur plage de sommeil d?une demi-heure. Avec de bonnes rations de protéines dans l?avion, les Bleus devraient digérer le voyage de 28 heures (deux escales sont prévues avant Brisbane).

CREER LE DÉCALAGE

Derrière le rugby jet-set des Anglais, qui savent aujourd?hui tout faire si ce n?est avoir le grain de folie qui fait la différence dans les grands moments, les Français sont-ils capables d?inventer le rugby jetlag?

Le rugby qui créerait le décalage comme les adeptes du ?French flair savaient le faire, au large, loin des points de fixation, mais à la sauce moderne.

C?est pour l?instant beaucoup demander à un groupe concentré sur des objectifs extrêmement précis. Défendre, ne pas rendre de ballon, ne pas commettre de fautes et être régulier dans les performances.

Des mots d?ordre que Bernard Laporte a su imposer mais qui sont au coeur aujourd?hui d?un léger décalage avec l?opinion des supporters tricolores. Ceux que le Grand Chelem de 2002 n?a pas convaincu, ceux qui ont été déçus par le Tournoi 2003 et les défaites face à l?Argentine, ravivent la querelle des «Inventifs» et des ?Disciplinés?.

Pour éviter que cette guerre pichrocoline ne fasse trop de dégâts, il faut rappeler le fossé gigantesque qui divisait l?Ovalie franco-française en 1999, quelques jours seulement avant le sublime match conte les All-Blacks et la communion qui s?en suivit.

Entre les Gargantua de l?ambition qui estiment qu?il faut gagner à tout prix la Coupe du monde et la réalité d?une compétition plus resserrée que jamais au niveau de l?élite, le décalage est donc énorme. Mais la France est outsider, pas favorite, c?est une certitude qu?il est utile de prendre en compte.

Les grands épouvantails de ce Mondial sont les Néo-Zélandais et bien sûr les Anglais, qui n?ont perdu qu?un seul match depuis mars 2002 contre... la France, à Marseille. Cette petite victoire, contre un quinze de la Rose B, confirme les objectifs fixés.

Après les déceptions argentines, qui ont fait craindre un relâchement (2 défaites en juin), les Bleus ont gardé la tête haute en Nouvelle-Zélande (défaite 31-23). Le signe que l?ambition de ce XV de France n?est plus de se contenter d?un match, comme ce fut le cas en 1999, mais de se donner les moyens d?aller au bout. De réaliser l?exploit de la constance.

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