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Tout opérateur sérieux devra maîtriser toute la chaîne textile
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Tout opérateur sérieux devra maîtriser toute la chaîne textile
<B>Quelle est la mission attribuée à Kurt Salomon Associates à Maurice ?</B>
Notre société a été approchée par l?Export Processing Zones Development Authority (EPZDA) pour fournir un service-conseil d?appoint à l?industrie du textile et de la confection dans le cadre du programme de restructuration de ce secteur. L?EPZDA avait déjà identifié trois domaines prioritaires nécessitant une intervention. Il s?agit de la gestion financière, du marketing international et des procédés de production au niveau des entreprises.
L?EPZDA, avec l?aide d?autres institutions compétentes se charge déjà de l?aspect financier. Pour ce qui est du marketing international, des consultants seront recrutés. L?EPZDA nous a chargés d?aider les entreprises participant au programme à améliorer leurs procédés de production. En gros, notre tâche est d?aider ces entreprises à améliorer leur compétitivité et leur productivité au niveau de la main-d??uvre et des outils de production. Notre objectif prioritaire est d?aider les entreprises à mieux organiser leur production avec ce qu?elles possèdent déjà en termes d?équipement. Il ne s?agit pas d?investir. Nous les aiderons à mieux planifier et utiliser leurs ressources de manière optimale. Notre but est de les aider à améliorer leur productivité de 10 % ou davantage. La planification et le contrôle de la production, l?ingénierie et le design du factory floor peuvent aider à faire une différence.
<B>Après une semaine passée à Maurice quelle est votre analyse de la situation dans l?industrie du textile et de la confection ? </B>
Comme vous le savez sûrement, ce secteur est appelé à connaître de profonds bouleversements au niveau mondial avec l?élimination des quotas à la fin de cette année. On s?attend généralement à ce que ce changement majeur au niveau des règlements commerciaux accroisse la taille du marché mondial du textile-habillement tout en rendant cette industrie beaucoup plus compétitive. Bon nombre d?entreprises se sont concentrées sur la compétitivité des prix comme étant l?unique facteur déterminant pour la période post-2004. Je pense personnellement que la situation sera plus complexe et les enjeux iront au-delà des prix uniquement.
Tout opérateur sérieux devra s?intéresser à la maîtrise totale de toute la chaîne textile, depuis les matières premières jusqu?au produit fini. Il faudra aussi satisfaire les besoins des consommateurs pour réussir dans ce secteur après 2004.
Pour ce qui est de l?industrie du textile-habillement à Maurice, j?ai eu l?impression, durant mon séjour à Maurice, que le sentiment général par rapport à ce secteur est plutôt bas. Pourtant, dans le même temps, le gouvernement et le secteur privé font beaucoup d?efforts pour relever les défis. Le projet sur lequel je travaille fait partie des initiatives prises pour aider ce secteur.
<B> Pensez-vous que les industriels locaux sont tout à fait conscients de la nécessité de restructurer leurs entreprises ? </B>
Certainement. Les rencontres que j?ai eues avec ces derniers me laissent penser que la nécessité de rehausser leur niveau de productivité est très clairement présent dans leur esprit.
<B> Vous évoquez la nécessité de contrôler toute la chaîne. Maurice a le désavantage de ne pas disposer de matières premières?</B>
C?est effectivement un des problèmes auxquels vous êtes confrontés. Mais il n?y a pas que les matières premières. Vous pourriez produire vous même le tissu. Cela prend certes un peu de temps pour construire les capacités voulues mais en devenant autosuffisant dans la production de tissu, vous gagnerez beaucoup en termes de compétitivité.
Jusqu?ici votre industrie a pu prospérer et survivre en important du tissu de l?Inde ou du Pakistan pour le transformer en vêtements. Aujourd?hui cette formule ne peut plus marcher : en effet, qu?est-ce qui empêche l?Inde et le Pakistan d?utiliser leur propres tissus pour confectionner et exporter des vêtements ? C?est d?ailleurs ce qu?ils font.
<B>Quelles sont, selon vous, les principales contraintes de l?industrie de textile-habillement mauricien ? </B>
Nous parlions de l?accès aux matières premières? C?est effectivement un problème. L?absence de matières premières locales telles que le coton ou les fibres synthétiques et de tissu produit localement pose problème. A mesure que nous approchons de l?élimination des quotas, il deviendra de plus en plus important pour un pays producteur de maîtriser entièrement tout l?approvisionnement en intrants.
Le positionnement géographique de Maurice constitue un autre désavantage contre lequel nous ne pouvons absolument rien. Les délais de livraison deviendront un aspect de plus en plus crucial.
Par ailleurs, de ce que j?ai pu voir durant mon bref séjour, l?industrie est confrontée à un problème de perception qui ne lui permet pas d?attirer suffisamment de compétences au niveau de la gestion comme au niveau de la main-d??uvre.
<B> Quelles sont vos principales recommandations pour remédier aux problèmes de l?industrie et assurer sa survie ? </B>
Le travail que nous avons entrepris au nom de l?EPZDA pour améliorer la productivité des entreprises est primordial. D?autres organisations telles que le National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) abattent aussi un travail important dans ce domaine.
Parallèlement à ce type d?actions il faut immédiatement dégager un processus que permettrait à Maurice de se différencier, de se démarquer de ses concurrents.
<B> Comment peut-on arriver à se différencier ? </B>
C?est une question difficile. Je n?ai pas passé suffisamment de temps à Maurice pour faire des propositions. Comme je vous l?ai expliqué, ma mission était spécifiquement d?aider les entreprises à améliorer leur productivité. Mais je peux vous donner un exemple pour mieux expliquer ce que j?entends par différenciation. Le soutien-gorge est une catégorie de vêtements sur lequel les restrictions de quotas ont déjà été éliminées. On aurait pu s?attendre à ce que la Chine envahisse ce marché dans cette catégorie. Il l?a fait dans une certaine mesure. Néanmoins, le Sri Lanka s?est positionné comme un producteur très recherché de lingerie de qualité et a été capable d?accroître ses parts de marché. Les exportations de soutien-gorge du Sri Lanka ont contribué à hauteur de $ 400 millions aux exportations globales de vêtements de ce pays qui se sont élevées à $ 2,5 milliards.
<B>Préconisez vous donc une diversification des produits confectionnés par l?industrie locale ? </B>
Différenciation ne veut pas nécessairement dire diversification. Vous pouvez très bien vous différencier de vos concurrents dans la gamme que vous fabriquez déjà et pour lesquels vous avez développé une expertise. Ce sera sans doute plus facile.
<B>Vous avez travaillé sur plusieurs programmes de restructuration industrielle dans d?autres pays. Existe-t-il des similarités entre le cas mauricien et vos autres missions ? </B>
Nous avons effectivement travaillé au niveau de toute l?industrie et aussi au niveau des entreprises individuellement dans des pays comme l?Inde, le Sri Lanka, le Bangladesh, le Honduras, Porto Rico et un certain nombre d?autres pays encore.
Il y a un élément clé que l?industrie mauricienne de textile-habillement doit comprendre : c?est que ce programme de restructuration commandité par l?EPZDA n?est qu?un catalyseur. Les industriels doivent faire encore plus d?efforts et investir davantage de ressources, de temps et d?argent afin de faire de l?amélioration de leur productivité une partie intégrante de leur existence.
Dans les pays que je viens de citer, Kurt Salomon Associates a d?abord travaillé au niveau de l?industrie dans son ensemble et a ensuite aidé les entreprises individuellement à un niveau plus pointu et plus détaillé.
<B>A votre avis quels sont les ingrédients de base pour la réussite d?un programme de restructuration ?</B>
Avec mon expérience, je retiens deux éléments essentiels : le soutien et l?engagement du top management à entreprendre les changements requis et la capacité des consultants à travailler en équipe avec l?entreprise pour réaliser ensemble les changements. La volonté de le faire est importante.
Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN
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