Publicité

Tous à l?assaut des moustiques

25 février 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Face au fumeux Chikungunya, le combat de Maurice n?est pas uniquement contre les moustiques et les flaques d?eau. Les autorités ont compris ? cette semaine ? qu?il ne suffit plus de quelques simples paroles et communiqués pour rassurer les différents publics (population locale, touristes, presse étrangère).

Le décès de Sangeet Emrith, atteint de Chikungunya, donne une autre ampleur à la maladie. Traité jusqu?ici comme un virus qui ne tue pas, le Chikungunya peut s?avérer mortel, reconnaît aujourd?hui ? certes de façon implicite ? le ministère de la Santé, à la recherche de l?expertise étrangère. En attendant les résultats d?analyse du cerveau de notre compatriote Emrith, nos autorités continuent à se baser sur des données désuètes de l?OMS (qui seront bientôt réactualisées) qualifiant le Chikungunya comme une maladie bénigne, c?est-à-dire sans conséquences graves?

A quelque 200 kilomètres de nos rives, à l?île s?ur, où un cinquième de la population est infectée, on parle ni plus ni moins d?« hécatombe ». Le journal de l?île, dans son édition d?hier (samedi), écrit en Une : « Avec 20 % de la population infectée, 77 morts au 19 février dernier et donc probablement pas loin d?une centaine aujourd?hui, chacun attend son tour avec inquiétude? »

Aujourd?hui, avec l?arrivée du Premier ministre français à La Réunion, venu mesurer l?ampleur de la maladie, les caméras du monde entier vont se braquer sur la région. En France, la polémique sur l?épidémie prend une tournure politique. Le Chikungunya sera dans l?actualité pour longtemps encore. Maurice aussi, qu?on le veuille ou non.

Au-delà de sa nébuleuse dimension médicale, le mal s?est déployé en une crise ? n?ayons pas peur du terme ? qu?un comité national tente de gérer. La crise va nous affecter à plusieurs niveaux, malgré toute notre bonne volonté. Peu importe la stratégie du comité présidé par Raj Mudhoo, les risques de conséquences néfastes sont réels. Le tourisme en souffre déjà. Et ce n?est certainement pas en répétant que « le Premier suit personnellement la situation » qu?on sortira indemne.

Le fait est que nous avons tardé pour reconnaître le mal auquel nous faisons face. L?objectif initial était d?éviter toute psychose, surtout à quelques jours des Assises du tourisme. Mais le virus s?est propagé, de Mahébourg à Triolet et progressivement un peu partout. Et aujourd?hui les produits anti-moustique sont pris d?assaut et la population est inquiète.

Dans cette situation de crise, il convient de jouer la carte de la transparence de manière complète. Au-delà des chiffres officiels ? 962 cas ?, des avis de presse sur les mesures de prévention et des images des hommes masqués avec leur arme de destruction massive de moustiques, il y a d?autres explications à fournir si on veut que la communication soit claire et ferme. On ne peut plus minimiser le Chikungunya.

Au lieu de nous en prendre à la « presse étrangère», il serait plus judicieux d?expliquer les raisons pour lesquelles la situation n?est pas similaire qu?à La Réunion. On doit mettre en avant le fait que nous avons une longue expérience ? réussie ? dans la lutte contre le paludisme et que nous avons un meilleur réseau de prévention.

La lutte doit aussi être solidaire. Il faut arriver à dissiper le doute d?une manipulation des chiffres et inclure, au sein d?un seul comité, ces médecins du privé qui parlent des cas non recensés.

Si on veut être crédible, il ne suffit pas d?affirmer que « tout est sous contrôle » mais il faut démontrer une volonté réelle d?arriver à cette situation. Cette stratégie d?avouer nos limites et notre incompréhension permet également d?éviter une remontée ultérieure d?informations contredisant les premières déclarations faites dans la précipitation, dans l?urgence des Assises du Tourisme. Sur ce plan, le choix du ministre Xavier Duval de faire appel à la boîte Euro RSCG, notoire pour ses méthodes lors des campagnes électorales, ici ou ailleurs, pour lancer une campagne « franche, sans propagande » sur Maurice est-il vraiment judicieux ?

A ce jour, on n?est sûr que d?une chose : pour arrêter l?épidémie, il faut éradiquer le moustique Aedes Albopictus. La suppression des eaux stagnantes ne peut pas être l?affaire des autorités seulement. Dans la rue, on voit encore trop de déchets.

Finalement les moustiques ont ceci de positif : ils servent de déclic à un éveil forcé sur le plan de la salubrité publique. A terme, cela sera un atout à cultiver. Pour nous-mêmes et pour notre industrie touristique.

Publicité