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Tolérer oui,mais jusqu?à quel point ?
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Tolérer oui,mais jusqu?à quel point ?
Submergé par le travail, vous acceptez un nouveau dossier, alors que le week-end arrive, rempli d?une paresse prometteuse. Coup de fil strident de belle-maman qui s?invite à dîner ou du copain, un peu désespéré, en quête de réconfort. Et ces petites manies du conjoint que vous ne supportez pas, mais dont vous n?osez piper mot ! Autant de situations qui ne vous sont pas inconnues !
Peur de Peur de blesser ou d?être rejetés, beaucoup d?entre nous évitent d?exprimer ouvertement leurs sentiments. On cède à tout alors que le non est sur le bout de la langue. On se confine dans une tolérance qui semble n?avoir aucun seuil.
Qu?est-ce qu?implique la notion de tolérance au juste ? Issu du latin tolerare, qui signifie soutenir ou supporter, la tolérance indique la capacité d?un individu à accepter une chose avec laquelle il n?est pas d?accord et par extension, l?attitude d?un individu face à ce qui est différent de ses valeurs.
Pourquoi nous montrons-nous si tolérants ? « Cette attitude masque souvent un grand besoin de ne pas modifier la relation avec l?autre. Oser parler ouvertement de ce que l?on pense peut amener des conflits, ce que l?individu peut vouloir éviter à tout prix. Face à une confrontation qui peut modifier grandement la relation, voire même amener une rupture, l?individu préfère acquiescer et tolérer du mieux qu?il peut », affirme Christiane Fok Tong, psychologue.
En deuxième lieu, cela découle de diverses peurs ? non seulement celle du conflit, mais celles liées à des situations précises. Par exemple, la peur de l?autorité qui se manifesterait face à une incapacité de dire non à son patron. Ou encore dans le cadre de la relation de couple où l?on a peur de déplaire ou de perdre son partenaire. On est soucieux de lui faire plaisir et on finit par donner priorité à ses seuls désirs, au point qu?ils deviennent un parasite nous empêchant d?écouter les nôtres.
« Les femmes se montrent en général plus tolérantes »
Autre explication : on se montre conciliant par manque d?affirmation de soi. Car en s?abstenant de dire ce qu?on pense, on ne se montre pas tel que l?on est et on n?affirme pas sa véritable identité. « Tout le problème est de savoir s?il y a un droit à l?erreur. Est-ce un devoir ou une vertu de s?abstenir, de convaincre autrui qu?il est dans l?erreur lorsqu?on est sûr soi-même de la vérité ? Ne conduit-elle pas au scepticisme, à la négation de la vérité, donc à l?indifférence qui est tout le contraire de la vertu ? N?y a-t-il pas des cas où la tolérance est la faiblesse, car à force de tout tolérer, on tolère l?intolérable, c?est-à-dire l?atteinte à la tolérance ? », se demande Christophe Vallée, professeur en philosophie.
À l?autre extrémité, certains refusent d?exprimer leur pensée car ils pensent que leur avis ne changera rien à la situation précise. Leur interlocuteur étant rigide ou alors estimant que leur opinion n?a pas de grande valeur. Cette attitude se rapporte-t-elle à une personnalité particulière ? Les femmes sont-elles plus tolérantes que les hommes ? « Il est vrai que l?on aurait plutôt tendance à croire que les femmes se montrent en général plus tolérantes. Or, cette tendance est très liée au contexte socioculturel d?un groupe donné », indique la psychologue.
Pourquoi ? Car traditionnellement, l?éducation des femmes se fonde sur un a priori : elles ne doivent pas se mettre en colère. Du coup, elles refoulent leur potentiel à exprimer leur agressivité, devenant plus conciliantes.
Elles essaient toujours de se mettre à la place de l?autre, sont compatissantes et donc tolérantes à l?excès.
Respecter l?opinion d?autrui sans se laisser écraser
Bien que cette attitude soit une manière fort diplomatique de préserver l?entente cordiale sans jamais se faire prendre en faute, a-t-elle des limites ? Car lorsque l?on n?exprime pas ce qu?on pense, on occulte ses propres désirs ; ce qui provoque au fil du temps une souffrance dont on voudrait bien se libérer. Jusqu?à quel point peut-on tolérer ?
« La tolérance est une attitude qui consiste à admettre qu?autrui puisse avoir ses opinions et proférer des croyances ? de tous ordres, mais particulièrement religieuses ? différentes des miennes.
Les catholiques et les protestants décident de se tolérer mutuellement, c?est-à-dire de ne plus attenter à la vie d?autrui pour ses convictions. C?est le respect de la différence qui suppose lui-même, le droit à l?erreur », soutient Christophe Vallée.
Il semble nécessaire d?admettre toutes les manières de penser et d?agir différentes des nôtres, sans pour cela aller jusqu?à les approuver. Toutefois, selon le philosophe Locke, il est difficile de mesurer sa puissance d?expansion. Tout tolérer convient à mettre toutes les idées sur le même pied d?égalité ; ce qui n?est pas faisable dans la réalité.
Pour Christiane Fok Tong, la tolérance est certes modulable, mais elle a ses limites. On ne peut donc pas accepter n?importe quoi. Il convient de respecter l?opinion d?autrui sans pour autant se laisser écraser par ses convictions et enfouir les siennes.
Il convient de mesurer les implications de ce qui est justement toléré avant que cela ne franchisse le seuil de l?intolérable. « Tout écart à ces limites va mettre l?individu qui le ?subit? dans des situations de malaise où il sent que le respect de sa personne, de ses droits et de ses libertés personnelles a été dénié », soutient la psychologue.
Certes à force de tolérer, l?individu fausse la relation et joue un rôle pour donner une image de lui qu?il croit positive, mais qui ouvre la porte à de nombreux malentendus (voir encadré). Ne croyez pas que le fait de respecter l?autre importe plus que votre propre respect. On peut tolérer oui, mais pas trop. Le mieux est de savoir dire les choses et surtout de savoir comment les dire.
ILS ONT DIT CE QU?ILS PENSENT
Au travail
Fou de joie à l?idée de travailler dans une entreprise renommée de la capitale, Shan, 32 ans, a vite déchanté au bout d?un mois et demi de service. Le patron de la boîte a une façon particulière de traiter ses employés? Il les insulte à tout bout de champ, grogne, est irritable et les humilie sans vergogne.
Cela déçoit le jeune homme, mais il se tait et n?ose pas exprimer son mécontentement face à ce traitement. Un jour il craque : « J?étais avec sa secrétaire et il nous donnait des instructions, tout en continuant à nous rabaisser, à passer des commentaires désagréables. Je lui ai dit : ? Excusez-moi mais pourriez-vous me parler poliment ? ? Il a été étonné et n?a rien dit. Quelques heures plus tard, je suis allé le voir pour lui dire que je démissionnais et ne supportais plus d?être humilié ainsi. Je m?attendais à ce qu?il explose de colère, mais sa réaction fut tout autre. Il était calme, un peu honteux et m?a dit qu?il subissait des pressions ; ce qui le poussait à se comporter de la sorte. Il m?a demandé de ne pas partir et finalement, je suis resté quelques mois de plus. » Après s?être exprimé, Shan n?a plus jamais eu de désagréments avec son supérieur.
Il était même soulagé. Toutefois, les autres collègues subissant toujours les remontrances du patron, il a préféré se retirer de l?entreprise au bout de six mois.
ILS ONT DIT CE QU?ILS PENSENT
En amitié
Qu?est-ce qu?ils nous sont chers nos amis ! Mais gare aux abus ! Élisabeth, 19 ans, en a fait la mauvaise expérience. En 2001, elle rencontre Sarah, une adolescente de 16 ans, par le biais d?une amie. Les deux se lient vite d?amitié. Coups de fils, sms et sorties régulières. Elles deviennent inséparables.
Mais voilà, Sarah commence à abuser de cette relation à des fins personnelles.
« Elle disait à ses parents qu?elle allait faire du shopping avec moi alors qu?elle allait traîner. Au départ, je ne disais rien, je la couvrais. Je me disais que c?était mon amie. Mais elle continuait. J?ai eu peur car tout aurait pu me retomber sur le dos. Alors j?ai fini par lui dire que je n?appréciais pas ses mensonges. Elle était fâchée. Aujourd?hui, nous ne sommes plus amies. Je pense que c?est mieux ainsi », raconte-t-elle.
ILS ONT DIT CE QU?ILS PENSENT
En amour
Elle qui croyait vivre la plus merveilleuse des relations amoureuses, quelle illusion ! À 21 ans, Sabine est sortie avec Franck, 22 ans.
Au départ, la relation est rose, mais après quelques mois, elle a du mal à supporter son comportement.
« J?avais à payer toutes nos dépenses lorsque nous sortions.
Il ne travaillait pas, mais j?essayais de tolérer cela. Je me disais que cela changerait après. Mais c?était pire », confie-t-elle.
Le jeune homme fabule sur ses origines, sur son parcours scolaire. Sabine le sent, mais elle l?aime et ne veut pas le perdre. « Je me disais que si j?osais lui parler de cela, ce serait de ma faute, que j?allais gâcher notre relation, je continuais à tolérer encore et encore », ajoute-t-elle. Mais les choses se dégradent. Finalement, elle prend son courage à deux mains, débarque chez lui un matin et lui dit ses quatre vérités :
« Je lui ai dit que je n?étais pas un paillasson et que je ne pouvais passer ma vie à dire Amen à tout ce qu?il disait. J?avais pitié de lui, mais je me suis résolue à le quitter. »
RELATION DE COUPLES : SAVOIR S?EXPLIQUER
En matière sexuelle, beaucoup de femmes préfèrent se forcer, accepter ce qu?elles n?aiment pas et simuler, plutôt que de l?exprimer à leur conjoint. Elles se justifient en évoquant leurs peurs : peur de vexer l?autre, de le décevoir et, au-delà, de le perdre.
Paradoxalement, ce risque est bien plus menaçant lorsqu?il y a simulation et mensonge que dans une relation fondée sur l?honnêteté.
Selon les thérapeutes, dire oui quand on pense non, c?est perdre la maîtrise de son propre corps, donc aussi l?accès au plaisir. La femme réduit ainsi ses chances de retrouver l?envie de dire oui. L?homme, lui, perd son désir, puisque son plaisir dépend avant tout de l?assurance qu?il a de procurer du plaisir. Quelle est la solution ? S?expliquer tout simplement. Comment ? En disant à l?autre ce que l?on veut, ce que l?on aime, ou pas, on lui donne les moyens de connaître notre corps et nos envies.
Le couple évolue ainsi vers une meilleure entente sexuelle, sans doute le remède le plus efficace contre l?envie de dire non.
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